TU NE COMMETTRAS PAS L'ADULTÈRE
Mi 4, 6-10 ; Mt 5, 27-32
(3 juin 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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oilà quelques-uns de ces versets d'évangile qui pourraient accréditer cette opinion si répandue dans notre société actuelle que le judéo-christianisme a une horreur de tout ce qui touche à la vie sexuelle et une sorte de hantise de la chair. Si vous lisez les journaux, vous verrez qu'après chaque intervention du Pape sur ces questions revient le même refrain : "L'Église Catholique ne veut rien comprendre à l'amour. Elle est contre et elle s'opposera par tous les moyens à ce que les hommes puissent trouver leur épanouissement et leur joie dans ce domaine."
Pourtant le Christ ne dit pas que l'amour humain est une chose mauvaise, bien au contraire, Il veut défendre cet amour contre les malfaçons que l'homme y introduit si facilement. "Tu ne commettras pas l'adultère !" ce commandement de la loi ancienne était un commandement à structure assez juridique et légale. Mais, à vrai dire, l'adultère n'était pas d'abord un péché de la chair, c'était d'abord une injustice qui consistait à prendre un corps qui ne vous appartient plus, puisqu'on l'a donné à son conjoint sans esprit de retour, pour le reprendre à son propre compte et s'en servir pour son propre plaisir. Cette notion de l'adultère qui était celle de la loi ancienne, le Christ va l'approfondir, va l'humaniser, précisément, au nom des exigences de l'amour.
Que nous dit le Christ ? Ce n'est pas seulement l'acte de l'adultère qui est mauvais, nous dit-Il, mais c'est le fait d'avoir dans son cœur, déjà, désiré pour son propre plaisir une femme ou un homme, c'est-à-dire faire de l'autre non pas un compagnon de joie, mais un moyen de plaisir, réduire l'autre à n'être que le moyen de l'épanouissement de notre propre plaisir, de notre propre désir. C'est cela que le texte biblique et que Jésus appellent la convoitise. Ce n'est pas un mot qui nous est très familier et nous le traduisons facilement par le mot désir qui est un mot ambivalent car il y a des désirs nobles. Jésus a voulu réveiller dans le cœur de la Samaritaine le désir de quelque chose de plus profond, la soif d'une autre vie, et l'Apocalypse nous dira : "Que l'homme de désir s'approche et qu'il boive l'eau de la vie, gratuitement !" Ce mot de désir traduit fort mal ce que la Bible veut appeler la convoitise.
La convoitise, c'est une manière de mettre la main sur quelque chose pour le faire sien, c'est un accaparement, c'est un geste de possession et de possessivité. Et quand nous ne cherchons pas à posséder seulement les choses mais les êtres, alors c'est la négation même de l'amour. Car nous faisons des êtres que nous prétendons aimer, des objets, des réalités que nous traitons comme si elles étaient inanimées, dont nous nous servons, que nous utilisons à notre propre usage, pour notre propre fin.
Ce que le Christ nous dit c'est non pas comme on l’interprète trop souvent et trop facilement, un refus de l'amour humain, une négation de l'épanouissement de l'être humain dans l'amour, mais au contraire la revendication la plus fondamentale de l'amour humain, c'est-à-dire un amour qui est, comme l'amour de Dieu, une relation de personne à personne et non pas la possession d'un autre comme un objet pour soi. L'amour a sa source en Dieu. L'amour du Père, du Fils et de l'Esprit est une relation de don sans limite, sans réserve de chacune des personnes divines aux autres personnes divines. Dans cet échange de communion, s'épanouit en plénitude et l'unité de ces trois personnes divines et la spécificité unique de chacune d'entre elles. Le Père n'est jamais plus père que quand Il donne tout ce qu'Il est au Fils, et le Fils est Fils parce qu'Il reçoit du Père tout ce qu'Il est.
L'amour humain est une image, bien sûr diminuée mais réelle de l'amour divin. Et nous ne sommes jamais plus nous-mêmes que quand nous nous donnons sans réserve à l'autre, avec ce respect infini de l'autre pour qu'il soit, lui aussi, pleinement lui-même en se recevant de nous. Une relation entre personnes, c'est-à-dire non pas entre choses, non pas une relation que l'on marque de son empreinte, mais une relation qui est faite d'admiration, de respect, d'émerveillement devant l'autre. Une relation dans laquelle tout le désir est de rendre l'autre heureux, de faire la joie de l'autre, et que la joie de celui ou de celle qu'on aime devienne notre propre joie.
Tel est ce dont le Christ nous parle, et le Christ met le doigt sur cette tentation permanente dans notre cœur de réduire cet amour à un simple commerce dans lequel chacun cherche son intérêt, car le plaisir n'est finalement qu'une forme d'intérêt. C'est dans la mesure où nous réduisons, précisément, cette donation de personne à personne à un simple accord pour l'intérêt des deux parties, que nous détruisons l'amour et que nous commettons l'adultère, un adultère qui n'est pas simplement un péché de la chair mais qui est un péché du cœur, qui est un péché contre l'amour que Dieu veut mettre dans notre cœur.
Frères et sœurs, soyons fiers d'être chrétiens. Quand on compare la doctrine du Christ avec les caricatures que l'on veut nous en présenter, il est clair que la doctrine du Christ est la doctrine de l'amour, la revendication la plus profonde la plus parfaite de la totale pureté, de la totale transparence de l'amour et de la totale générosité de cet amour.
AMEN