IL Y AURA DES GUERRES
Ap 14, 1-7 ; Mt 24, 1-14
(20 novembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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uand le Seigneur nous parle de son retour, Il nous décrit en fait tout le déroulement de l'histoire du monde. Il nous montre comment il y aura des calamités naturelles (tremblements de terre, famines), comment il y aura des guerres, les nations se dressant les unes contre les autres, comment il y aura des persécutions "On vous livrera aux tourments, on vous tuera, vous serez haïs." Comment il y aura aussi, à l'intérieur même de la communauté chrétienne, des hérésies, des trahisons, des luttes intestines, des faux-prophètes, comment il y aura aussi ce refroidissement de l'amour, cette sorte d'indifférence, d'apostasie générale. Tout cela, que nous connaissons en partie, qui a déjà existé dans l'histoire du monde avant notre époque présente et durera sans doute encore après nous, tout cela c'est donc cette dure histoire de l'Église, cette dure période de luttes, de violences, de haines, de persécutions.
Et curieusement, après avoir annoncé tout cela, le Christ dit : "Cette bonne nouvelle sera proclamée au monde entier !" Voilà donc que l'ensemble de ces calamités, de ces guerres, de ce refroidissement de l'amour, tout cela c'est une bonne nouvelle. Bonne Nouvelle du Royaume proclamée au monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Comment toutes ces épreuves pourraient-elles être une bonne nouvelle ? Au milieu de ces différentes épreuves, le Christ nous dit : "Tout cela ne fera que commencer les douleurs de l'enfantement." C'est que toutes ces épreuves, qu'elles soient naturelles ou le résultat du péché de l'homme, sont comme un enfantement du Royaume. Le Royaume, c'est-à-dire l'éternité, c'est-à-dire l'Église parvenue à sa maturité, doit être enfanté. Enfanté dans la douleur, non pas parce que Dieu l'aurait arbitrairement décidé ainsi, mais parce que ce Royaume, dont nous dirons dimanche dans la Préface du Christ-Roi qu'il est "un Royaume de justice et de paix, un Royaume de lumière et d'amour", ce Royaume ne peut naître, ne peut se fonder que dans la lutte, car l'amour est le fruit d'une victoire. L'amour ne nous est pas naturel. Ce n'est pas le mouvement spontané de notre être que d'aller vers le don de soi et vers la communion. Il y a en notre être cette racine de péché qui remonte à l'origine même de l'humanité et qui nous divise, nous sépare, nous oppose, nous disperse, qui nous dégrade intérieurement, qui nous pousse à la destruction et au mal. Cela fait partie de cette humanité et c'est pour cela que le Christ est venu nous sauver, parce que nous étions dans cet état de péché, de division et de rupture intérieure, spirituelle autant que corporelle.
Et puisque nous avons besoin d'être sauvé de ce péché, il n'est pas possible que l'amour naisse en notre cœur sinon par un enfantement douloureux, en chacun de nous et dans l'humanité C'est pourquoi toutes ces épreuves doivent être pour nous signes d'espérance. C'est le commencement des douleurs, les douleurs de l'enfantement. A travers, tout cela s'enfante douloureusement, laborieusement mais réellement un royaume qui sera le royaume de paix et d'amour. Cette bonne nouvelle du Royaume sera proclamée à toutes les nations, précisément par le témoignage de ceux qui, malgré le refroidissement de 1'amour, malgré les persécutions, malgré les guerres, resteront fidèles. "Celui qui aura tenu bon jusqu'au bout, celui-là sera sauvé." Tenir bon, le regard fixé sur ce but, sur ce Royaume, sur cet appel. Je crois que c'est ainsi que nous devrions vivre notre vie présente. Nous ne sommes peut-être pas encore persécutés, nous ne sommes pas soumis à des épreuves terribles, mais le monde est persécuté. Dans le monde, il y a des chrétiens qui souffrent et il y a des peuples entiers qui vivent dans la guerre et cela nous menace. Alors nous devons vivre comme ceux qui portent ce Royaume qui est en train d'être enfanté. Pour cela il nous faut apprendre à tenir dans l'amour jusqu'au bout, malgré les épreuves, ou même à cause de ces épreuves, pour que l'amour soit plus fort et qu'il puisse, à travers nous, si pauvrement que ce soit, petit à petit, se réaliser et transformer l'humanité.
AMEN