L'IMPÔT DU DIDRACHME

Jl 4, 12-14 ; Mt 17, 24-27

(1er août 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

e bref passage de l'évangile de saint Matthieu peut, à première lecture, paraître un peu obscur et abscons. Pour le comprendre, il faut se détacher un petit peu de nos propres lois, puisque dans notre pays comme dans beaucoup de pays modernes, les impôts sont payés non pas par les étrangers, mais par les citoyens mêmes du pays, ce qui n'était pas le cas en règle générale et pour le peuple juif, comme le suggère ce texte. Cependant les juifs avaient inventé cette loi que les fils mêmes du peuple devaient payer annuellement une taxe pour l'entretien du Temple et des grands prêtres. C'est ce didrachme qui est cette taxe annuelle pour le Temple de Jérusalem. C'est pour cela que les pharisiens s'approchent de Pierre et lui demandent : "Est-ce que ton Maître paie Lui aussi cet impôt ?" qui, en soi n'est pas obligatoire. Et Pierre, sachant ce que fait Jésus répond : "Oui, Il paie cet impôt."

Jésus va profiter de cette question et de cette réponse pour révéler à Pierre quelque chose de beaucoup plus profond. Il devance toutes ses réflexions en lui demandant : "Qui est-ce qui paie les impôts et les textes, les fils ou les étrangers ?" Et comme je viens de vous l'expliquer, dans la logique de la législation de ce pays et de ce temps, Pierre répond : "Ce sont les étrangers." Et Jésus lui dit : "Par conséquent, les fils sont exempts." Par conséquent, même si moi je paie l'impôt au Temple, ce n'est pas nécessaire. En disant cela, le Christ veut manifester deux choses.

D'abord qu'Il ne se considère pas comme un étranger par rapport au peuple d'Israël, ce que ses frères juifs faisaient en payant un impôt auxquels ils n'étaient pas tenus. Jésus se manifeste comme étant vraiment fils d'Israël, pas simplement pour ce qui est obligatoire, pour ce qu'Il est tenu de faire, mais aussi pour ces coutumes pour ces lois qui ont été inscrites ensuite par les pharisiens et les grands-prêtres.

Mais, plus profondément encore, Jésus ajoute à cette histoire. Il renvoie Pierre à son filet et lui dit : "Va prendre un poisson, tu lui ouvriras la bouche et tu trouveras un statère." Le statère est une pièce de monnaie dont la somme équivaut à payer l'impôt pour deux personnes. C'est pour cela que Jésus dit : "Donne cette pièce, ce sera l'impôt pour toi et pour Moi." C'est cette dernière réflexion qui est la plus importante de ce court passage. C'est que, désormais, en posant ce geste, en obéissant à cet ordre du Seigneur, Pierre se lie, de façon totale, de façon définitive, à la personne même de Jésus. L'important n'est pas de retenir qu'il a payé l'impôt avec une pièce trouvée dans la bouche d'un poisson, mais qu'à travers cet épisode, Jésus veut manifester à Pierre que lui, Pierre, et Jésus ne sont plus qu'un, Ils ne sont plus qu'un parce que, désormais, Pierre, même s'il continuera à payer l'impôt, devra surtout payer de sa propre vie non plus pour le temple fait de main d'homme, la construction de Jérusalem, mais pour ce temple nouveau qui n'a pas été façonné par la main des hommes et qui est le corps, qui est la présence que Jésus-Christ Lui-même, le véritable temple que Dieu nous envoie pour que nous puissions, au-delà de toutes les lois de la terre, même s'il est nécessaire de les accomplir, mettre toute notre vie, toutes nos exigences, toutes nos raisons de croire, toutes nos raisons de vivre ou de mourir dans la présence même de Jésus.

Désormais, Pierre a partie liée de façon profonde, de façon totale, de façon définitive, avec la personne même du Christ. Et ce court évènement se situe après la deuxième annonce de la Passion, au moment où Jésus annonce qu'Il va être livré aux mains des hommes, qu'Il va être tué mais qu'Il ressuscitera. Cette annonce avait consterné les disciples, et Pierre en premier. Cependant, sans que Pierre s'en doute, ce que Jésus annonçait, c'était sa propre passion à Lui, mais c'était aussi beaucoup plus tard la passion de Pierre qui devait donner sa vie comme son maître pour le Royaume nouveau, pour la construction du Temple dont Lui-même serait, sur la terre, la première pierre, enfouie dans l'humanité.

Que cette eucharistie, dans laquelle nous célébrons toujours l'annonce et l'accomplissement de la Pâque du Christ, nous lie, de façon plus profonde, de façon plus vraie, de façon plus nécessaire à chaque instant de notre vie, à cette personne de Jésus-Christ, puisque par le baptême nous avons été liés à Lui, puisqu'Il a donné sa vie pour nous, puisque nous devons donner notre vie pour Lui.

 

AMEN