LE FILS DE L'HOMME EST MAÎTRE DU SABBAT
Jl 1, 13-15+19-20 ; Mt 12, 1-8
(19 juillet 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e qu'il faut retenir de ce bref évangile, ce n'est pas tellement que les apôtres, ayant eu faim, aient pris des épis un jour de sabbat, mais c'est surtout la dernière parole du Christ : "Je suis le Maître du Sabbat !"
Ainsi Il règle, il conclut, de façon définitive, la façon dont chacun de ses disciples doit se situer par rapport à la Loi. La Loi ancienne, la loi de la première alliance est une loi noble qui a comme auteur Dieu. Cette Loi a été donnée à Moïse comme guide, comme chemin, comme signalisation pour rechercher le véritable visage de Dieu, pour vivre de la véritable justice, pour creuser dans son cœur la source de la véritable sagesse. Et grâce à cette loi, une multitude d'hommes et de femmes de l'ancienne alliance ont vécu dans la fidélité, dans l'amitié avec Dieu et dans l'attente de son Jour.
Maintenant, avec la venue du Christ, c'est l'auteur même de la Loi qui est là C'est Celui qui, comme dit le prophète "l'a inscrite sur le front des justes", c'est Celui qui l'a inscrite dans leur cœur afin qu'ils puissent en vivre. Maintenant, cette Loi devient caduque, puisque l'auteur de la Loi est plus grand que la Loi. Maintenant les disciples ne sont plus astreints à pratiquer, de façon précise, toutes les menues propositions de cette Loi. Jésus dit d'ailleurs aux pharisiens : "Laissez ces gens tranquilles, ils sont sans faute !" Or, de fait, ils ont violé le sabbat puisqu'ils ont pratiqué un acte qu'ils ne devaient pas faire. Désormais, toute valeur humaine, toute valeur morale, toute valeur de nos actes est à mesurer, non pas en fonction d'une loi, fusse-t-elle la loi de l'Ancien Testament, fusse-t-elle la loi de l'Église d'aujourd'hui, mais tout la valeur de ce que nous vivons est à mesurer selon la personne même de Jésus-Christ, selon sa présence : "Il y a ici bien plus que le sabbat, Il y a ici bien plus que le Temple !" Et à un autre moment Il dira : "Il y a bien plus que la Sagesse de Salomon qui faisait courir à Jérusalem la reine de Saba." Dieu Lui-même, au milieu de nous, nous appelle à le reconnaître comme un Dieu qui se donne comme un Dieu qui ne demande pas d'abord de sacrifices, mais la miséricorde. Or, la miséricorde c'est justement de mettre toute notre vie, tout notre cœur, toutes nos énergies à la recherche de l'amour de Dieu, pour en vivre et pour le partager avec les autres. C'est notre attention tout entière qui doit être portée sur la présence de Jésus-Christ, comme seul maître de la vie.
C'est d'ailleurs cela que Jésus reproche aux pharisiens. Au lieu de vous occuper de ce que font les autres, vis-à-vis de la loi, vous feriez bien mieux de mettre tout votre cœur, tout votre désir à chercher l'auteur de la Loi qui est au milieu de vous et qui se révèle à vous, comme étant le maître du Sabbat, comme étant le maître de la Loi.
Mais, est-ce que cela veut dire qu'il n'y a plus de Loi ? qu'il n'y a plus rien à pratiquer ? qu'il n'y a plus de commandements ou d'obligation ? Non, certes, Jésus-Christ, d'ailleurs l'a dit Lui-même : "Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir.'' Je suis venu, par ma présence, par mon amour, par mon propre sacrifice, qui désormais est unique, définitif et suffisant, je suis venu accomplir, pour vous, ce dessein du Père de vous réintégrer dans son amour, dans son amitié, de vous manifester son cœur, ce cœur qui se penche vers votre misère, pour que vous puissiez vivre de mon salut.
C'est cela le cœur même de notre attitude chrétienne Le Christ n'est pas venu abolir toute loi, Il est venu donner à toute loi son véritable sens, sa véritable destinée qui est de reconnaître son visage, d'en vivre et de partager avec les autres, cet amour. Lorsqu'on aime quelqu'un, il n'y a pas d'autres lois que celle qui nous sont dictées par l'amour que l'on a pour l'autre. Or si l'on aime vraiment quelqu'un, dans un amour donné, dans un amour oblatif, dans un amour qui va chercher la rencontre avec l'autre dans toute la profondeur de son être et du sien, on ne peut pas faire n'importe quoi, on ne peut pas aimer n'importe comment, on ne peut pas dire n'importe quoi. Et c'est à ce niveau-là que la loi intervient comme une morale, comme un guide qui nous aide à diriger tout notre cœur, toute notre affection, tout notre désir, non pas pour appliquer des commandements ou des prescriptions, mais pour aimer l'autre et être aimé de l'autre, dans un amour total, dans un amour le plus profond, le plus spirituel possible.
C'est ainsi que, aujourd'hui, fonctionnent pour nous la Loi, la morale, les prescriptions. Nous avons un Dieu à aimer, un Dieu qui nous aime. Mais pour aimer ce Dieu, c'est notre première vocation, c'est notre premier appel, nous ne pouvons pas vivre notre vie n'importe comment. Alors il y a un certain nombre de chemins, un certain nombre de directions, un certain nombre de voies qui doivent nous conduire, le plus immédiatement possible, le plus profondément possible, vers cet amour de Dieu à reconnaître, à recevoir et à vivre.
Que cet évangile du Christ nous rappelle à ce sens profond, à ce sens très haut de notre liberté qui s'épanouit non pas dans l'application des prescriptions d'une législation ou de lois, mais qui s'accomplit dans une vie totalement donnée à Celui qui nous a tout donné, pas simplement une Loi mais son cœur, son amour et, aujourd'hui encore, son eucharistie, dans la Pâque de son corps et de son sang versé pour nous. Que ce corps et ce sang du Christ ouvrent en nous toute la dimension, toute la profondeur, toute la largeur de notre véritable liberté, pour que nous soyons, dans sa liberté, dans son sacrifice, dans sa miséricorde, des enfants de Dieu vraiment libres.
AMEN