LA SAGESSE A ÉTÉ JUSTIFIÉE PAR SES ŒUVRES

Jl 1, 2-4+8-12 ; Mt 11, 16-24

(18 juillet 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

orsque le Christ était sur les chemins de Galilée, qu'Il prêchait la Bonne Nouvelle du Royaume, Il était venu pour que tout soit rétabli dans l'unité d'une seule sagesse, d'une unique Sagesse qui est Lui. La plupart du temps, nous imaginons que le Christ devait remettre l'ordre dans la création blessée, abîmée par le péché et qu'ensuite il n'y avait qu'à suivre.

En réalité le salut s'accomplit entre deux partenaires : il y a Celui qui donne le salut et il y a ceux qui l'accueillent. Et précisément ce que le Christ est venu faire, c'est offrir le salut, mais pour qu'on l'accueille, pour que, le recevant, nous nous laissions façonner, pardonner totalement au Père, par le Christ.

Et c'est cette œuvre-là que le Christ a voulu accomplir, et c'est cette oeuvre-là dans laquelle Il voulait engager ceux qui étaient autour de Lui. C'est pourquoi, lorsqu'Il parle de la prédication de Jean-Baptiste, il dit : "Jusqu'à Jean-Baptiste quand on voulait entrer dans le Royaume de Dieu, c'était comme par violence." C'était de manière anarchique, presque désorganisée. C'était une sorte de sauve-qui-peut. Chacun essayait d'entrer s'il en avait vraiment le désir. On comprend pourquoi le "Royaume souffrait violence" et que c'étaient "des violents qui s'en emparent", car il n'y avait pas encore cette harmonie profonde que devait introduire la Sagesse de Dieu en personne le Christ, le Sauveur. L'économie ancienne est une économie de violence. C'est pourquoi d'ailleurs, peut-être, lorsque nous lisons l'Ancien Testament, nous sommes mal à l'aise en y trouvant trop de violence et de sang, mais cela n'a pas découragé Dieu. Dieu accepte que son Royaume soit offert à la violence des hommes s'ils veulent s'en emparer. Simplement, il y a un jour où le Christ est venu donner ce salut et l'offrir pour qu'il soit en harmonie plénière avec l'homme. Et le seul moyen de l'offrir pour qu'il soit en harmonie avec l'homme, c'était effectivement que Dieu se fasse homme parmi les hommes.

A ce moment-là, le Christ devenait ce merveilleux joueur de flûte qui dansait qui chantait des airs pour faire danser les hommes. A ce moment-là, le salut commence à retrouver sa véritable organisation profonde, son sens le plus vrai : c'est Dieu qui devient le chorège, le meneur de danse de l'humanité tout entière. Et bien entendu, le drame de la génération que Jésus condamne par ces paroles, surtout dans les villes de Corozaïn ou de Bethsaïde, c'est précisément qu'ils n'ont pas dansé. C'est précisément que leur cœur ne s'est pas laissé séduire, ne s'est pas laissé mettre en harmonie et au rythme même de la pulsation, du chant de Dieu au milieu des hommes.

Mais le Christ ajoute : "La Sagesse a été justifiée par ses œuvres." A défaut d'être justifiée par le fait que, visiblement, les hommes autour du Christ acceptaient son témoignage, au moins le Christ a accompli son oeuvre, c'est-à-dire Il a joué de la flûte sur la place, Il a proclamé le salut, Il l'a offert. Ainsi sommes-nous encore aujourd'hui. Il y a en nous, à la fois, l'homme nouveau que le Christ a ressuscité d'entre les morts et qui commence déjà, dans tout lui-même, à bénéficier de cette œuvre de sagesse, à vivre en harmonie avec le Christ. C'est cela un des sens les plus profonds de notre existence, aujourd'hui, en ce monde. Nous vivons comme les témoins de l'œuvre de la Sagesse et de l'harmonie de la sagesse de Dieu, au milieu de son Église. Mais, en même temps, il y a encore toute une part de nous-même qui est ce vieil homme et qui souffre violence et qui, à certains moments cherche le Royaume de façon tout à fait désorganisée, et même, à certains moments, cherche carrément à s'en détourner.

Ce que nous demanderons au Seigneur, c'est que son corps et son sang qui nous sont donnés, soient véritablement en nous, source de cette Sagesse, répercussion de cette œuvre de sagesse qui a été accomplie dans le Christ "aux jours de sa chair ", pour que tout nous-même, nous soyons de plus en plus harmonisés à ce chant de joie et de danse qu'Il est venu introduire au cœur de ce monde, et que nous-mêmes, nous en soyons les témoins, non seulement par nos paroles, mais surtout par notre manière de vivre, par notre manière d'exister.

 

AMEN