JÉSUS MARCHE SUR LES EAUX

2 Th 3, 6-12 ; Mt 14, 22-36

(17 septembre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Lac de Tibériade : l'autre rive …

C

 

e passage de l'évangile de saint Matthieu est plus important par ce qu'il signifie ce qu'il annonce, que par ce qui se réalise. Le plus important ce n'est pas que Jésus marche sur les eaux, c'est qu'il soit ressuscité et ce passage de l'évangile est une annonce de la Résurrection. Voici comment.

D'abord, il se situe juste après la multiplication des pains qui est ce miracle annonçant l'eucharistie, annonçant le don du corps et du sang du Christ pour la vie du monde, un don abondant, un don plein de réserves qu'on ne saurait épuiser, bien plus de douze paniers pour que tous les hommes puissent venir et se nourrir de sa vie.

Vous avez remarqué que le Christ se trouve seul. Au début de cet évangile, il a renvoyé les disciples d'une part et la foule d'autre part, invitant d'ailleurs les disciples à "passer sur l'autre rive". Il est seul, le soir est venu, et il prie sur la montagne. Or vous savez que, dans l'Écriture, la montagne est ce lieu symbolique de la rencontre intime avec Dieu, de la révélation et de l'accomplissement du dessein de Dieu. Et ces quelques mots annoncent ce moment où le Christ se retrouvera, seul, loin des apôtres, loin de la foule, d'un éloignement intérieur même si celle-ci est à côté de lui en train de crier, seul dans le mystère de Dieu qu'il accomplit sur la montagne du Golgotha.

Pendant ce temps-là, les disciples sont dans leur barque personnelle, cette barque secouée par les événements qu'ils sont en train de vivre car, comme le vent ce jour-là, les événements de la Passion leur sont vraiment contraires. Puis, au milieu de la nuit, ou plus exactement lorsque le jour commence à poindre, la quatrième veille, c'est-à-dire vers quatre ou cinq heures du matin, quand les premières lueurs de l'aurore apparaissent, le Christ s'avance vers eux en marchant sur la mer. C'est la nuit. Les disciples sont dans la panique et dans la peur, et lorsqu'ils voient Jésus, ils le prennent pour un fantôme. C'est exactement la même réflexion qu'ils feront lorsqu'ils apercevront le Christ ressuscité au matin de Pâques, dans les premières lumières de la Résurrection.

Le Christ marche sur les eaux en avançant vers eux, c'est-à-dire qu'il vient vers eux à un moment où ils le croient complètement absent, où ils le croient autre part, où ils n'attendent pas du tout ni sa venue, ni sa présence. Marcher sur les eaux, c'est dominer et apaiser les flots. Pour les juifs, pour les sémites, les flots c'est le lieu des puissances infernales qui se déchaînent contre l'homme et qui envahissent la terre. Le Christ, au matin, marche sur les eaux, c'est l'annonce de sa Résurrection le Christ vivant étant victorieux de tous les tourments du mal et de la mort.

Les disciples ont peur parce qu'ils ne comprennent pas cette présence inattendue du Christ selon cette manière de venir vers eux sur la mer. Les apôtres ont peur et ils crient comme ils auront peur en voyant le Christ ressuscité. Et le Christ leur dit exactement la même chose que lorsqu'il les verra au matin de sa Résurrection : "N'ayez pas peur ! Ne craignez pas ! Soyez sans crainte ! Je vous donne ma paix !" C'est la paix du Christ ressuscité.

Et c'est ce Christ ressuscité qui nous donne sa paix qui provoque, dans le cœur de Pierre, cet extraordinaire mouvement : "Seigneur, si c'est Toi, donne-moi l'ordre de venir à Toi sur les eaux !" c'est-à-dire : fais que moi aussi je puisse Te rejoindre en étant vainqueur, avec Toi, dans ta résurrection, du mal, de la mort et de toute peur., Et le Christ lui dit : "Viens !" A ce moment-là, Pierre s'engage vers le Christ et il commence à accomplir lui-même son chemin de Pâque, son chemin de résurrection qui l'amènera vers le Christ au-delà de ses propres doutes.

Puis les apôtres, malgré leur peu de foi, auront à confesser le Christ vivant et à se prosterner devant Lui, comme au matin de Pâques : "Vraiment, tu es le Christ, le Christ, le Fils de Dieu".

Si dans ce passage le Christ annonce sa résurrection cela veut dire que, dans tous les moments de notre vie qui ressemblent à ce passage de l'évangile, le Christ ressuscité est présent, qu'il nous donne sa paix et qu'il nous invite à venir vers Lui, à nous prosterner devant Lui en le reconnaissant comme étant vraiment le Fils de Dieu. Et c'est vrai, frères et sœurs, que bien souvent, le Christ nous semble complètement absent. Nous avons l'impression de passer seul sur l'autre rive, que le monde n'est pas là, qu'il a abandonné lui-même la foi, la recherche du Christ et que l'Église est comme cette barque, harcelée par les évènements du monde et par le mal. C'est à ce moment-là qu'il faut reconnaître le Christ ressuscité, là même où nous ne l'attendons pas, c'est-à-dire au moment où nous croyons qu'Il n'est pas là. Et c'est à ce moment-là qu'il faut mettre en Lui notre confiance, qu'il nous donne sa paix et que nous ferons, comme les apôtres et avec Lui, notre marche sur l'autre rive, à travers la mort vers sa Pâque.

 

AMEN