CE PÉCHÉ NE PEUT ETRE PARDONNÉ
1 Th 4, 13-18 ; Mt 12, 22-32
(1er septembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
C |
ette controverse avec les pharisiens sur l'origine de la puissance libératrice et guérissante de Jésus se termine par ces paroles très mystérieuses sur ce péché, ce blasphème contre l'Esprit Saint qui, nous dit Jésus "ne sera pas pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre." On s'est beaucoup interrogé sur la nature de ce péché contre l'Esprit Saint, sur la signification de ces paroles de Jésus. En raison du contexte, puisque Jésus vient de guérir un homme et que c'est à partir de cette guérison que s'insurgent les pharisiens, on a dit la plupart du temps que le péché contre l'Esprit Saint c'était de ne pas reconnaître l'œuvre de l'Esprit Saint ses disciples, accomplit. On pourrait remettre le péché contre le Fils de l'homme, c'est-à-dire, en méconnaissant Jésus comme Dieu qui se présente à nous sous ces dehors faibles et humains qui peuvent effectivement tromper notre regard. Tandis que refuser de reconnaître la présence et l'action divine quand elle se manifeste par des merveilles opérées par l'Esprit Saint, cela serait impardonnable.
Cette interprétation, qui est la plus classique, nous laisse quand même dans un certain malaise car comment peut-il y avoir devant la miséricorde infinie de Dieu, un péché qui ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre ? Est-ce que Dieu a le bras trop court pour pardonner toutes les fautes ? Est-ce qu'il y a une faute qui résiste au pardon de Dieu ? Quand nous posons le problème à cette profondeur, nous comprenons que la seule chose qui puisse être impardonnable, c'est le refus d'être pardonné. Quelle que soit la faute commise, si nous acceptons que la miséricorde de Dieu vienne jusqu'à nous, cette miséricorde est irrésistible et infinie et Dieu ne pourrait pas nous répondre : "Non ! Je refuse mon pardon, je refuse ma miséricorde parce que le péché que vous avez commis est trop grand pour que ma miséricorde puisse le recouvrir." La seule chose que Dieu ne puisse pas pardonner, c'est le refus de son pardon, non pas parce que Dieu ne voudrait pas le pardonner mais parce que, par définition, refuser d'être pardonné c'est empêcher la miséricorde de Dieu de venir jusqu'à nous, car Dieu ne peut pas nous imposer son pardon. Il ne peut que nous le donner si nous voulons bien le recevoir.
Il est probable que ce péché contre l'Esprit Saint, c'est précisément le refus de la miséricorde de Dieu, le refus de reconnaître que Dieu est amour, que Dieu est tendresse, que Dieu est bonté, que Dieu est pardon sans limite. Précisément ce que les pharisiens ont refusé de reconnaître ce n'est pas seulement les merveilles que Jésus accomplit, ils n'ont pas seulement fermé leurs yeux à ces prodiges qui viennent des mains de Jésus, mais plus profondément, ce qu'ils n'ont pas voulu comprendre c'est la source réelle de ces prodiges. Le Christ n'accomplit pas ces miracles comme un prestidigitateur, comme un homme de puissance. Si Jésus a guéri cet infirme au milieu de la foule, si Jésus a guéri tant et tant de malades, c'est parce que cette guérison est la manifestation, l'éclatement aux yeux de tous de cette tendresse de Dieu, de ce désir de Dieu que nous soyons vivants dans notre cœur, dans notre corps, dans notre esprit.
Oui, Dieu est amour, Dieu est miséricorde. Il ne peut qu'ouvrir les entrailles de sa miséricorde devant nos pauvretés, nos souffrances et même notre péché. Et alors, si devant cette tendresse de Dieu, devant cette bonté qui se déploie sur nous, nous fermons notre cœur, nous ne voulons pas reconnaître cette bonté, nous ne voulons pas croire à la bonté de Dieu, nous ne voulons pas croire que cette bonté puisse aller jusqu'au fond de notre être, jusqu'au fond de notre corps comme jusqu'au fond de notre cœur, si nous ne voulons pas croire que cette bonté puisse recouvrir tous les péchés du monde et en particulier ce péché que nous portons en nous, si nous nous fermons à la possibilité d'être pardonné, si nous n'admettons pas cet infini pouvoir de Dieu d'aller jusqu'au fond de notre cœur pour le guérir, alors Dieu ne pourra pas nous guérir contre notre volonté. C'est cette fermeture du cœur à l'amour de Dieu, non pas à l'amour que nous devrions, nous, exercer, car nous savons bien que notre cœur limité, fragile et débile et que nous avons bien du mal à aimer, c'est cette fermeture du cœur à l'amour que Dieu a pour nous, ce refus d'être pardonné, d'être guéri par amour, alors Dieu ne pourra pas aller contre notre volonté et contre cet endurcissement de notre cœur qui nous ferme à son amour. Je crois que c'est cela le péché des pharisiens, le péché que Dieu ne peut pas pardonner. parce qu'il est le refus du pardon.
Frères et sœurs, nous sommes tous pécheurs et nos péchés sont bien plus grands que nous ne l'imaginons car nos péchés sont non seulement indifférence et médiocrité, mais ils sont méconnaissance de l'amour et incapacité d'aimer. Nous sommes pétris de cet égoïsme, de tous ces refus, de toutes ces faiblesses. Mais croyons que l'amour de Dieu est plus fort que notre manque d'amour et nous serons pardonnés. Venons humblement nous mettre à ses pieds et sa miséricorde viendra jusqu'à nous.
AMEN