VOUS NE POUVEZ SERVIR DIEU ET L'ARGENT
Ex 24, 3-8 ; Mt 6, 24-34
(2 juillet 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es paroles du Christ sont un peu dans la même ligne que celle de la parabole de l'homme qui, ne sachant plus où mettre sa récolte, veut agrandir ses greniers et à qui l'on disait : "Insensé, cette nuit, on te redemandera ton âme !" Le sens profond de ces paroles n'est pas qu'il faut mépriser les réalités, les soucis, les occupations de la terre, mais qu'il ne faut pas que ces soucis terrestres obscurcissent notre esprit et l'empêchent d'être sensible, accessible, ouvert à cette dimension infiniment plus importante qui est celle de la venue du Dieu, de la venue du royaume de Dieu dans notre cœur.
Ce que le Christ dit, ce n'est pas de rejeter l'argent, de ne pas nous en servir, mais c'est de ne pas nous en servir comme un maître. On ne peut pas avoir plusieurs maîtres. Si l'argent, et par l'argent c'est le symbole des réalités temporelles, matérielles, concrètes, de toutes les richesses, les possessions que nous pouvons avoir, toutes les idoles pour parler le langage biblique qui, au-delà des statues d'or et d'argent symbolisent tout ce qui peut accrocher notre cœur et remplacer dans notre cœur la présence de Dieu. Donc si Dieu nous dit de ne pas servir l'argent comme un maître, c'est parce que si nous le servons, si nous sommes ses esclaves, si nous sommes à son service, à ce moment-là il prend la direction de notre vie, il oriente toutes nos activités, tous nos soucis, toutes nos préoccupations et il est impossible, à ce moment-là, que nous mettions d'abord le Royaume de Dieu, l'amour de Dieu et l'amour de nos frères, que nous mettions d'abord le sens essentiel de notre vie. Car les choses matérielles ont ceci de particulier qu'elles sont envahissantes et que plus nous leur accordons d'intérêt, plus elles prennent de place. Et ceci de manière, non pas infinie, l'infini est propre à Dieu, mais de manière indéfinie et sans limite visible et approximative.
Ce qu'il faut, c'est non pas être les serviteurs de l'argent, être les serviteurs des réalités de ce monde, mais nous servir de l'argent, nous servir des réalités de ce monde, de les mettre à notre service. Et si notre cœur est lui-même au service de l'unique maître, de Dieu, ces réalités terrestres, y compris les richesses, y compris l'argent, à travers nous, seront ainsi au service de Dieu. A ce moment-là, la hiérarchie des valeurs est respectée et au lieu de tout faire pour accroître nos biens, de tout faire pour augmenter notre confort et notre plaisir nous saurons subordonner raisonnablement ou plus exactement, évangéliquement, nous saurons subordonner toutes ces richesses et les capacités réelles qu'elles mettent entre nos mains à la seule loi de l'amour. A ce moment-là, au lieu d'amasser de l'argent, nous saurons le dépenser pour ceux qui en ont besoin, pour nos frères qui sont dans la nécessité et pour ceux que nous aimons et ceux que nous devons apprendre à aimer et au service desquels toutes ces réalités terrestres doivent être mises.
Ceci n'est pas une facilité, c'est un examen de conscience quotidien car, à la limite il pourrait être facile de supprimer l'argent, il serait facile d'inventer un système où cela n'aurait pas lieu, cela fonctionnerait peut-être bien, mais ce serait peut-être aussi une simplification, et j'ai connu des religieux pour qui c'était une véritable simplification de n'avoir jamais d'argent dans la poche et de demander toujours à leur supérieur ce dont ils avaient besoin, cela leur évitait toute comptabilité et tout souci. Ce n'est donc pas de cela qu'il est question, mais, jour après jour, de savoir juger les valeurs de ce monde et de savoir les mettre au service de l'essentiel et au service de l'amour de nos frères.
AMEN