VIOLENCE ET CHARITÉ

2 Th 3, 6-12 ; Mt 23, 13-22

(2 septembre 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

V

 

ous le voyez, par cette page d'évangile, le Christ savait être violent, fort dans ses paroles, comme d'ailleurs dans ses actes. Nous le voyons se faire des fouets avec des cordes pour chasser les vendeurs qui occupaient le Temple de Dieu.

De nos jours, nous avons tendance à confondre charité avec mollesse et laisser aller et à penser que, sous prétexte de tolérance, d'ouverture au monde, de compréhension, de charité, il faut rester dans une attitude de non-engagement, de non-compromission, même devant ce qui appelle la force et la dénonciation du mal. Je crois que c'est une erreur que les chrétiens commettent de nos jours, une erreur que l'on pourrait peut-être qualifier de pacifisme qui consiste à croire qu'une certaine douceur de fait, est la valeur suprême et que l'on doit tout lui sacrifier.

Le Christ nous montre que la charité, c'est-à-dire un amour vrai des autres, ne va pas sans l'amour de la vérité, parce que la vérité est le bien le plus grand que nous devons désirer, le bien fondamental que nous devons désirer aux autres. Quand les autres sont soit opprimés par le mal, le mensonge, la tyrannie, soit eux-mêmes complices de ce mal, il faut dénoncer le mal. Ce n'est pas manque d'amour pour le prochain que de dire fortement et de savoir combattre le mal sous toutes ses formes, parce que ce mal gangrène le cœur de ceux qui en sont complices ou bien peut détruire la vie ou la dignité de ceux qui en sont victimes.

Il faut donc, quand on est chrétien savoir, à temps et à contre-temps, proclamer la vérité, condamner ce qui lui est contraire, ce qui est contraire à la justice, ce qui est contraire à la dignité de l'homme. Il n'est pas nécessaire pour cela de faire du mal aux autres et de prendre des moyens violents, au sens humain du terme, mais il faut savoir fortement, hautement, peut-être à nos dépens, dire ce qui est vrai et dénoncer ce qui est faux, dire ce qui est juste, dénoncer ce qui est oppression de l'homme. Je crois que c'est spécialement important à une époque comme la nôtre, où certaines puissances du mal comptent précisément sur, je ne dirais pas cette complicité, mais sur cet abstentionnisme des hommes et en particulier des chrétiens, pour pouvoir, petit à petit, avancer, pénétrer dans les structures sociales, pénétrer dans la vie des peuples et des individus. Il est certain que, si sous ce faux prétexte, mais qui est sincère chez beaucoup d'entre nous, si sous ce faux prétexte de douceur, nous laissons faire, nous nous mettons, en fait au service du mal et par conséquent, nous péchons gravement contre la charité. La charité doit être défense du faible, défense de celui qui est opprimé et donc lutte implacable contre le prince de ce monde et contre toutes les manifestations, quelles qu'elles soient, de l'empire du prince de ce monde.

Que le Christ nous conseille, que le Christ nous donne son Esprit Saint pour qu'Il illumine notre cœur, et que nous sachions trouver les circonstances, les mots, les gestes qui sont nécessaires pour ainsi aimer, en vérité, nos frères, et aimer nos frères pour la vérité. Que le Christ, dont saint Paul nous dit qu'Il a toujours été le "Oui" de Dieu, et qu'Il n'y a jamais eu en Lui de mélange entre le oui et le nom, que le Christ nous donne cette rigueur de l'esprit, cette fermeté du cœur et ce courage de l'action.

 

AMEN