LES VRAIES VALEURS

2 Th 2, 1-4+7-12 ; Mt 23, 1-12

(31 août 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

V

 

oici donc ces pharisiens et ces scribes, maîtres et interprètes de la Loi qui se sont laissé enfermer dans la lettre de cette Loi, qui se sont laissé lier dans des histoires d'impôts, trop chers à payer pour les autres mais qu'eux-mêmes ne cotisent pas. Voici qu'ils se sont laissé submerger par un tas de vanités et de mondanités. Ils sont les premiers. Ils parlent le plus fort. Ils parlent le plus souvent. Et ils veulent imposer ce qu'ils font et ce qu'ils vivent à tout le peuple. Ceux qui devaient manifester, expliquer cette Loi, comme des serviteurs, se sont faits les maîtres de cette Loi. Et en se faisant les maîtres de cette Loi, ils l'ont dénaturée et ils sont en train de se perdre eux-mêmes.

Alors que le Christ nous rappelle aussi dans cet évangile que nous n'avons pas d'autre maître ni docteur que ce qui vient du ciel, c'est-à-dire Dieu Lui-même. Cela veut nous rappeler que nos coutumes, nos usages, ce que nous avons dans ce monde, l'œuvre créée et, parmi cette œuvre créée, les meilleures choses, ce que nous avons reçu, les uns et les autres, ce que nous essayons de faire ensemble, ce par quoi nous essayons de vivre un peu mieux sur la terre, l'ensemble de nos règles morales ou de notre agir, tout cela ne nous sauvera pas. Tout cela peut être bon, mais cela ne sert à rien quand il s'agit de rejoindre et de vivre l'essentiel.

Et même, au contraire, si l'on s'en tient à cela, ces choses qui sont humaines deviennent notre Maître, leur valeur est renversée, et nous, nous perdons notre véritable valeur. "Vous n'avez pas d'autre maître, vous n'avez pas d'autre docteur que Dieu et que l'Envoyé de Dieu, sa Parole. Il n'y a que cela qui puisse vous sauver !" Tout le reste peut vous aider à vivre dans le monde parce que c'est du monde. Mais, justement, parce que c'est du monde et que du monde, cela ne vous sortira pas du monde, cela ne vous sauvera pas du monde, de toute l'impiété que ce monde véhicule et qui est déjà, en grande partie bien près de notre cœur.

Frères et sœurs, le plus grand parmi nous, c'est le serviteur. Le plus petit parmi nous, c'est aussi le serviteur, c'est le Christ. Lui qui ne s'appuie sur aucune tradition humaine, sur aucune loi écrite de la main des hommes, celui qui ne s'appuie, bien sûr, sur aucune vanité, qui ne cherche pas à s'imposer, qui ne prend pas la première place, c'est Lui et Lui seul qui est le plus grand, parce que c'est Lui qui nous tire de toutes les petitesses de ce monde, dans lesquelles nous nous enfermons, qui nous servent comme d'un corset pour rétrécir notre cœur. Et lorsque notre cœur est rétréci, il perd ce qui est le cœur même de sa vie, c'est-à-dire la Parole qui vient du Père et qui nous est transmise par le docteur qu'Il a envoyé Jésus-Christ son Fils.

 

AMEN