L'ANCIEN TESTAMENT PRÉPARE LA RÉVÉLATION
2 Th 1, 3-5+11-12 ; Mt 22, 34-46
(30 août 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e passage de l'évangile réunit deux rencontres de difficulté entre Jésus et les pharisiens. Dans la première rencontre, ce sont les pharisiens qui attaquent Jésus et qui essaient de le mettre en difficulté en lui posant une question classique parmi les rabbins à savoir quel était le plus grand des commandements de la Loi. Dans la deuxième rencontre, c'est Jésus qui prend l'offensive en essayant de manifester à ses interlocuteurs le mystère qui est en Lui, puisque le Christ est tout à la fois, le descendant de David et son Seigneur. C'est déjà tout le mystère de l'Incarnation, Dieu fait homme, qui se trouve ainsi contenu dans cette interrogation du Christ.
Ce que je voudrais vous faire remarquer, c'est que, dans ces deux altercations de Jésus avec les pharisiens, Jésus utilise toujours dans ses réponses comme dans ses questions des textes de l'ancien Testament. En effet, à la question : "Quel est le plus grand commandement de la Loi ?" Jésus va d'abord répondre à côté, parce qu'on lui demande quel est le plus grand et Il en donne deux. Mais les deux commandements que Jésus cite sont l'un et l'autre présentés, le premier dans le Deutéronome et le second dans le Lévitique comme étant, déjà, le résumé de toute la volonté de Dieu. Contrairement à ce que nous pourrions penser : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" n'est pas une innovation de Jésus, c'est écrit en toutes lettres dans le Lévitique.
De la même manière quand Jésus essaie d'amener ses interlocuteurs à s'interroger sur sa personne, c'est encore à un texte de l'ancien Testament, le psaume 109, que nous chantons tous les dimanches à vêpres, c'est à ce psaume que Jésus fait appel. Ceci pour nous inviter à prendre conscience de la continuité qu'il y a dans la révélation de Dieu. Jésus l'a dit Lui-même : "Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ". Et le cœur même de l'évangile se trouve déjà, en quelque sorte dans l'Ancien Testament, non pas peut-être de manière évidente ni complètement à découvert, parce que ces préceptes comme celui de l'amour du prochain se trouvent enfouis au milieu d'innombrables autres observances et les lois de l'Ancien Testament sont en grand nombre, pourtant déjà le secret s'y trouve. Car ce lien entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain, déjà, à qui savait lire, nous était révélé dans la Loi de Moïse.
Et de la même manière, mystérieusement et de façon cachée mais déjà réelle, ce psaume de David annonçait, à propos du Messie, un mystère qui dépassait tout ce que ceux qui l'attendaient avaient pu concevoir, puisque ce Messie, dont tout le monde attendait qu'il soit le nouveau David, le descendant de David, David l'appelait son Seigneur et par conséquent se reconnaissait déjà inférieur à Lui et pressentait donc qu'Il était d'une autre essence, d'une autre nature. Et s'il ne disait pas encore de façon absolument claire qu'il était de nature divine cela pouvait, en quelque sorte, se lire en filigrane dans les paroles du psaume.
Ceci doit nous inviter une fois encore à creuser les racines de notre foi. Nous nous croyons quelquefois quittes quand nous avons lu l'évangile et à la longue nous finissons ou nous croyons connaître l'évangile mais, pour bien le comprendre et en tout cas pour bien en saisir toute la genèse, il faut s'attacher à connaître tout le terreau dans lequel cet évangile a pu naître, et ceci est capital pour connaître une personne de connaître son histoire, sa vie, ses origines. De même pour comprendre l'évangile, il faut connaître le pré-évangile les racines de l'évangile et nous ne saurions trop nous pencher sur cet Ancien Testament dans lequel Dieu, patiemment, lentement, progressivement a préparé cette révélation plénière apportée par son Fils Jésus. Vous savez que lorsque Jésus a lutté contre le diable au désert, Il n'a pas utilisé d'autres armes que les citations de l'Ancien Testament par lesquelles Il a pu confondre l'ennemi du genre humain.
Frères et sœurs, ne méprisons pas trop l'Ancien Testament, n'estimons pas que c'est une révélation dépassée, que c'est une étape transitoire et provisoire ou bien encore que c'est un livre trop difficile et trop scellé pour nous. Il faut que nous ayons le courage de scruter les Écritures comme l'a fait Marie, comme l'ont fait Joseph et tous les pauvres qui attendaient le Seigneur. Quand Marie chante la gloire de Dieu au moment de sa visite à Elisabeth, son chant d'action de grâces, le Magnificat, est tissé, littéralement tissé de réminiscences et de citations de l'Ancien Testament. Ce qui prouve que même une pauvre jeune fille de Nazareth connaissait cette Bible et en puisait le suc pour préparer son cœur à la venue du Messie. C'est ainsi que Marie s'est préparée. Préparons-nous à mieux connaître ce mystère du Christ en nous plongeant dans cet Ancien Testament indispensable à une foi éclairée, capable de se répandre et de se manifester.
AMEN