LE PARADIS N'EST PAS UN DORTOIR !

Am 8, 1-8 ; Mt 12, 9-21

(7 juillet 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

 

ous nous trouvons encore aujourd'hui dans une scène de polémique entre Jésus et les pharisiens, et le sujet est toujours le même, c'est celui du sabbat. Hier, je vous disais que toute l'histoire du salut était faite pour le repos, que nous ne sommes pas faits pour le travail, mais que nous sommes d'abord faits pour le repos. Aujourd'hui, le Christ nous explique quelle est la source de ce repos et d'où il vient.

En effet, nous-mêmes, nous avons souvent une conception du repos fondés essentiellement sur le fait qu'on trouve un certain délassement, un certain prélassement et au-delà de cette satisfaction personnelle, nous ne voyons rien à ajouter. Pourtant, c'est une erreur, concernant la manière dont Dieu veut accomplir notre propre repos. Le paradis n'est pas un cimetière, ce n'est pas non plus un dortoir. Le paradis, le repos de Dieu, c'est le lieu même où Dieu est le plus actif qu'Il soit, c'est-à-dire qu'Il sauve.

Le sabbat, le repos de Dieu, le repos que Dieu propose Lui-même à ses enfants, c'est la participation à son salut. C'est pour cela que Jésus profite presque du jour du sabbat, pour sauver cet homme. Vous avez remarqué, cet homme a la main desséchée. Cette main qui est l'image de la main de Dieu qui agit, qui sauve. La main, c'est fait pour sauver, pour tenir l'autre, pour lui proposer l'amitié, la confiance. Et c'est parce que cet homme avait la main desséchée, qu'il ne pouvait plus tendre la main vers Dieu pour être sauvé, qu'à ce moment-là le Christ veut guérir sa main. Le salut, c'est ce geste par lequel Dieu tend la main vers notre main, pour que, nous saisissant, nous empoignant, Il nous attire auprès de Lui. C'est très exactement cela le salut. C'est très exactement cela le repos que Dieu nous propose. C'est le moment où Dieu tend la main pour nous empoigner et pour nous tenir très fort près de Lui, pour nous tenir dans cet émerveillement, parce que nous qui étions comme la brebis, au fond du puits, Il nous a retirés du gouffre et Il nous a rapprochés de Lui.

Le véritable sens du sabbat, c'est le fait de participer activement à l'œuvre de salut de Dieu. Et cette oeuvre de salut, n'est pas exactement un travail, c'est un geste d'amour, c'est tout autre chose. C'est le fait que Dieu veut faire partager la plénitude de sa tendresse et de sa douceur au cœur de l'homme, à l'intérieur même de son agir, à l'intérieur même de sa détresse et de sa misère.

Frères et sœurs, il faut que nous comprenions de plus en plus à quel point nous sommes faits pour ce repos de Dieu. Un repos qui n'est pas l'inactivité, qui n'est pas de se prélasser, mais un repos qui est vraiment la participation à la suprême activité que Dieu peut vouloir pour nous, c'est-à-dire partager la joie de donner, partager la joie de sauver. Toute notre vie de chrétien repose là. La foi chrétienne n'est pas une religion du bonheur au sens d'une sorte de pur et simple épanouissement personnel, elle est une religion du salut, c'est-à-dire qu'il y a toujours, de la part de Dieu, ce geste de tendre la main pour arracher au puits, au gouffre, à la détresse, à la misère du péché.

Nous-mêmes, il faut que, recherchant le véritable repos de Dieu, nous acceptions d'être saisis par la main, même si notre main est desséchée par le péché, pour que Dieu, agissant par nos propres mains, nous fasse goûter la joie de travailler au salut de nous-mêmes et de nos frères.

 

AMEN