LE REPOS
Am 7, 10-17 ; Mt 11, 25-30
(6 juillet 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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'en déplaise aux patrons, aux syndicats et à toute notre société industrielle moderne, la Bible n'est pas une pédagogie du travail, elle est une pédagogie du repos. Entrer dans le mystère du salut, c'est entrer dans le mystère du repos de la paix de Dieu. En effet, vous avez déjà remarqué que la création, c'est normal se termine par un jour de repos et c'est très important. Parce que, quand Dieu a créé, la plus grande joie qu'Il puisse avoir, c'est de trouver son repos de sa création. Toute la création a été réalisée non pas pour les six jours de travail, mais précisément pour le shabbat, pour le jour du repos.
Ensuite, lorsque Dieu a voulu rééduquer l'humanité à travers Israël, Il l'a, là aussi, éduquée au repos, c'est-à-dire au sabbat. C'est pour cela que, dans le Décalogue, il y a ce passage si important : "Tu respecteras le jour du sabbat !" Tu ne feras ni travail servile et tu ne feras pas travailler ni tes serviteurs, ni tes esclaves, ni ton bœuf, ni ton âne. Ceci est très important pour Dieu, car Dieu a besoin que l'homme redécouvre le sens du repos et de la paix intérieure.
Ce n'est pas exactement ce que nous appelons les loisirs. C'est le repos pour Dieu, c'est la paix en Dieu et avec Dieu, le sabbat. Seulement voilà, comment, à cette époque-là, Dieu entreprenait une très longue phase de rééducation, d'abord en la personne de son peuple Israël, pour qu'un jour cela parvienne à toutes les nations, Il était obligé de prendre les grands moyens, Il était obligé de contraindre Israël au repos. C'est pour cela que le sabbat a été l'objet d'une loi, ce qui est tout à fait paradoxal, car il ne semble pas que les gens aient tellement envie de travailler qu'ils travaillent même les jours de repos. Et pourtant, Dieu a dû s'y prendre comme cela.
Mais, le péché d'Israël a été de croire, finalement, que le repos de Dieu c'était une sorte de loi et de prescriptions, de donner un côté disciplinaire et quasi militaire au repos en Dieu. C'est pourquoi, à partir de l'époque des pharisiens, c'est-à-dire environ soixante-dix ans avant l'arrivée du Christ, ont commencé à se multiplier des interdits, des prescriptions ou des lois concernant le repos du sabbat. Il ne fallait pas faire plus de sept ou huit cents mètres en dehors des murs de Jérusalem, il ne fallait plus allumer un feu, etc ... C'étaient des règles ou des prescriptions extrêmement strictes.
A partir du moment où le Fils de l'Homme, la Sagesse éternelle, est venu prendre son repos parmi les hommes, Il a voulu, précisément, redonner à ce repos de Dieu, toute sa plénitude, toute sa beauté et toute sa joie. C'est pour cela que le Christ crie un peu plus fort que d'habitude contre ces pharisiens qui s'indignent de ce que les disciples sont en train de froisser quelques épis, quelques glanures au bord des champs parce que c'est un travail. Vous avez remarqué en passant, que ce n'est pas un problème de propriété privée apparemment. Les pharisiens ne s'indignent pas de ce que les apôtres ont pris des épis de blé dans un champ qui ne leur appartenait pas. Ce n'est pas cela l'objet du débat. L'objet du débat, c'est le respect du sabbat. Je trouve cela très intéressant parce que ces glanures, ces quelques épis que les apôtres avaient froissés dans leurs mains, c'était précisément prévu par la Loi que, quand un homme moissonne son champ, il doit toujours laisser quelques épis pour les pauvres, ce qui est un geste, un signe un symbole de la surabondance de Dieu qui a trop donné au propriétaire de telle sorte qu'il doit nécessairement donner à ceux qui seront les passants et les plus pauvres, les plus démunis.
C'est précisément là-dessus que le Christ veut manifester sa propre position. Si les disciples bénéficient de cette surabondance de la générosité de Dieu, telle qu'elle s'est manifestée en faisant pousser les épis, il est légitime aussi que l'on bénéficie de la surabondance de Dieu en ce qui concerne le repos. Il faut que le repos ne soit plus une obligation, une prescription. Il faut que ce soit vraiment la joie du cœur de l'homme de trouver sa paix en son Dieu.
Tout le secret de la vie de prière et de toutes les exigences chrétiennes, c'est uniquement cela. C'est un désir immense d'un véritable repos, mais de savoir où nous le trouvons, là où il a ses racines, et c'est le cœur de Dieu. C'est pourquoi Jésus peut dire : "Le Fils de l'Homme est le maître du sabbat", c'est-à-dire que si nous pouvons nous reposer, c'est à cause de Jésus-Christ et non pas, d'abord de faire une sorte d'encadrement spécifique du problème du repos pour, ensuite, avoir du temps pour Jésus-Christ. C'est l'inverse. C'est ce désir profond d'être au Christ qui doit susciter, en nous, ce sens du véritable repos en Lui seul.
A travers cette eucharistie qui est ce temps de repos pour Dieu lorsque nous nous rassasions au banquet du Royaume, de son corps et de son sang, d'une nourriture d'éternité, demandons au Seigneur de développer en nous ce sens du véritable repos comme plein épanouissement de notre cœur et de notre vie, dans la joie que nous puisons aux sources du salut, dans le Christ, le maître du sabbat.
AMEN