DANS LE SECRET
2 Tm 4, 1-8 ; Mt 6, 16-23
(12 juin 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Contemplation et silence
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rier dans le secret. Jeûner dans le secret". Connaître ce trésor qui est le secret de notre cœur, voilà un thème qui revient à travers tout ce discours de Jésus, le sermon sur la montagne. Je dirais que par un certain côté ces textes ont eu parfois une postérité spirituelle un peu fâcheuse dans certains comportements chrétiens. A force de vouloir vivre dans le secret, un peu camouflés, une sorte de religion complètement étouffée, dans laquelle on n'ose plus dire ce que l'on pense, on n'ose plus aimer ce que l'on aime, on n'ose plus vivre comme on le croit. Cela évidemment, c'est une fausse interprétation de ce passage de l'évangile.
Car lorsqu'il s'agit du jeûne, Jésus dit bien que, en même temps, il y a la partie secrète de notre cœur qui connaît notre don à Dieu, cet effort que nous faisons pour Dieu, mais il y a, en même temps et paradoxalement, une surabondance de joie, une plénitude qui se traduit par le parfum sur la tête, et le chant, la joie et la gaieté du cœur. C'est exactement cela que nous, chrétiens, nous devons vivre.
Nous devons vivre d'abord au régime du secret du cœur et du secret de Dieu, et cela est admirable. Car cela veut dire que le secret ultime de notre vie, il n'y a que Dieu qui le connaît. Et lorsque Jésus parle du secret du cœur, il veut dire que le plus profond de nous-même est obscur à nous-mêmes. Lorsque nous faisons le bien, la main gauche doit ignorer ce que fait la main droite. C'est-à-dire que l'œuvre secrète de Dieu, au fond de notre cœur, nul ne la connaît. Et ce qui est merveilleux, c'est que toute œuvre bonne, pour le Seigneur est en même temps ce moment où Dieu scelle du sceau de son amour son intimité avec lui. Et c'est de l'ordre de la foi. Le secret de l'action de Dieu dans notre cœur, le plus intime de nous-même, ce jardin secret et inviolé, splendide que Dieu ressuscite chaque jour, cela fait partie d'un secret que seul Dieu connaît au fond de notre cœur. C'est pourquoi ni les mites, ni les voleurs ne peuvent y avoir accès, ni même ces mites que sont le péché dans notre cœur et ces voleurs que sont cette tendance que nous avons sans cesse à nous emparer de nous-même pour gérer notre vie comme nous le voudrions.
Mais, en même temps que cela, à cause de ce secret, de l'intimité débordante de Dieu dans notre cœur, à ce moment-là, nous pouvons manifester une véritable joie et un véritable bonheur. La vie chrétienne n'est pas l'expression de cette espèce de joie superficielle, d'un optimisme naïf qui consiste à croire que tout ira bien ou que tout ira mieux. Cela n'est pas vrai, c'est faux. C'est un faux secret. C'est une sorte de trahison du secret. La vie chrétienne consiste à être heureux envers et contre tout, à cause d'une réalité qui se déploie dans le secret de notre cœur et que nous ne connaissons même pas. La joie de notre cœur est déjà une expression de notre foi. Nous sommes heureux parce que nous croyons que Dieu est la richesse de notre cœur. Mais c'est un acte de foi que notre joie et notre bonheur de chrétien.
Aujourd'hui, nous qui nous sommes tellement habitués à vivre dans un monde triste que toute une sensibilité chrétienne s'est illustrée par la mauvaise conscience et l'ennui, essayons de demander à Dieu, non pas d'être les témoins d'une fausse joie chrétienne sans intérêt, qui ne peut que décevoir et nous-mêmes et le monde, demandons à Dieu qu'Il nous donne la véritable joie, c'est-à-dire la joie qui est un acte de foi dans le secret que Dieu nous prépare, dans ce trésor qu'Il a semé dans nos cœurs et qu'Il fera resplendir de sa lumière éternellement dans le Royaume des cieux.
AMEN