JE NE SUIS PAS VENU ABOLIR MAIS ACCOMPLIR

2 Tm 1, 13-14+2,1-7 ; Mt 5, 17-26

(4 juin 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La Tourette : Ouvrir l'Écriture

D

 

ans cet évangile, Jésus nous dit d'abord qu'Il n'est pas venu "pour abolir" pour supprimer la loi de Moïse, mais pour l'accomplir, donc pour la mener à sa perfection. Ceci est très important, cela veut dire que l'évangile, le nouveau Testament, ne supprime pas la religion de l'ancien Testament. Nous nous imaginons quelquefois que Jésus est venu remplacer ce qui l'avait précédé et qu'après une première alliance, avec Abraham, Moïse et tous ces personnages de la Bible que nous connaissons, Jésus est venu supprimer cette alliance pour en mettre une autre à la place. Jésus nous dit le contraire. Jésus ne vient pas pour changer, mais au contraire, pour accomplir, c'est-à-dire que tout ce qui était encore une promesse faite à Abraham, tout ce qui était seulement une ébauche de l'amitié de Dieu avec les hommes, tout cela va trouver son achèvement, sa vérité profonde, sa plénitude dans l'évangile de Jésus. Jésus inscrit son évangile, et donc l'Église, dans la continuité du peuple d'Israël, que Dieu avait choisi pour porter son nom. Nous sommes les héritiers d'Abraham, de Moïse, de David, à travers Jésus. La Loi dont parle ce texte, ce n'est pas une loi au sens juridique du terme, comme une loi civile ou une loi criminelle. Il s'agit de ce que les juifs appellent la Torah, c'est-à-dire la révélation de Dieu, les cinq premiers livres de la Bible. Cette Loi de Dieu, cette Parole de Dieu, que Dieu avait adressée à ces hommes de l'ancien Testament, Jésus ne vient pas l'annuler. Il vient, au contraire, lui donner toute sa profondeur.

Jésus donne ensuite des exemples. Il dit : "Je suis venu accomplir", c'est-à-dire mener les choses à leur perfection. En effet, Moïse vous avait dit : "Il ne faut pas tuer". Nous devons bien nous rendre compte que Moïse s'adressait à un peuple encore primitif. Le peuple juif que Moïse avait fait sortir d'Égypte était, la Bible elle-même nous le dit, un ramassis de gens de toutes sortes. Ce n'étaient pas des gens extrêmement raffinés ni civilisés encore. Il fallait donc aller aux choses essentielles. C'est pourquoi Moïse, inspiré par Dieu, apprend à ces hommes encore très primitifs et un peu sauvages, à ne pas tuer, à ne pas voler, à ne pas commettre d'adultère, etc … Mais Jésus vient pour prolonger cette Loi. Moi, je ne vous demande pas seulement de ne pas tuer, mais de ne pas faire de tort à votre prochain, de ne même pas dire d'injure à votre frère, de ne pas maudire votre frère, de ne pas vous mettre en colère contre celui qui est votre prochain. Car il ne suffit pas d'épargner la vie des autres, Il faut aussi être vivre avec eux dans la douceur, dans l'amitié, dans l'affection. Il faut s'interdire la moindre manifestation de haine, de violence, de brutalité ou même simplement de colère ou de mauvaise humeur. Jésus va à l'extrême dans son exigence Il nous demande tout. Jésus ne nous demande pas seulement quelques petits efforts superficiels, mais Il nous demande d'aller jusqu'au bout de l'exigence de son cœur qu'Il communique à notre cœur. Et c'est pour cela que Jésus a l'air si exigeant quand Il dit :"celui qui s'est mis en colère contre son frère en répondra devant le tribunal de Dieu".

Nous serons jugés sur les moindres défauts, sur les choses les plus imperceptibles. Ceci ce n'est pas pour faire du christianisme une religion lourde, pesante et insupportable. C'est pour nous montrer que l'exigence de Dieu va très loin. Dieu demande tout notre cœur. Il ne faut pas nous imaginer que nous sommes en règle parce que nous n'avons ni tué ni volé. Ceci est nettement insuffisant. Jésus nous demande d'aller infiniment plus loin, et de savoir regarder dans notre cœur non seulement le mal que nous avons fait, mais aussi tout le bien que nous n'avons pas fait, toutes ces innombrables occasions d'aimer les autres, de regarder les autres avec affection, avec tendresse, de leur tendre la main pour partager avec eux cette amitié venue de Dieu. Toutes les fois que nous n'avons pas fait cela par indifférence ou par inattention, nous sommes déjà en faute contre l'amour. Car l'amour que Jésus veut nous donner comme but de la Loi, comme accomplissement de toute la Loi, comme unique règle de vie, cet amour, il demande tout. C'est une exigence absolue. Jésus demande notre cœur jusqu'au plus profond de notre cœur, non pas pour rendre cette religion impossible à vivre, non pas pour nous condamner à tous les détours de notre vie, mais parce que c'est seulement si nous laissons cet amour envahir notre cœur que nous pourrons être heureux. Hier Jésus nous proposait les béatitudes, c'est-à-dire les moyens d'être bienheureux. C'est dans le prolongement que s'inscrit la page d'aujourd'hui. Jésus sait que l'on ne peut pas être heureux à moitié, en donnant seulement une partie de soi-même. Il n'y a qu'une seule manière d'être heureux, c'est de donner son cœur, tout entier, jusqu'au bout, totalement.

 

AMEN