LE CHRIST PROPOSE LA TOTALITÉ DE L'AMOUR

Lm 2, 16-19 ; Mt 22, 34-46

(18 septembre 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

croix 5

Les deux dimensions de l'amour

T

u aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée, de toutes tes forces". Ce commandement est tiré du livre du Deutéronome. Le deuxième commandement que le Christ donne est tiré du livre du Lévitique au chapitre dix-neuvième : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le cœur même de l'évangile est déjà comme enraciné dans l'Ancien Testament. Je vais passer trop rapidement, mais ce sont des phrases tellement importantes qu'on ne peut pas faire autrement.

"Tu aimeras". En fait, Dieu rappelle à l'homme sa condition. Pourquoi l'homme a-t-il été créé ? il a été créé pour exister et qu'est-ce donc qu'exister si ce n'est aimer. Il ne faut pas y voir avant tout un commandement qu'on donnerait pour que quelqu'un fasse telle ou telle chose. Dans cette phrase "tu aimeras", il est rappelé ce pourquoi nous sommes faits. Nous pouvons être pris dans un vertige, ce qui est normal, car quand on entend ce genre de parole, on a plutôt envie de s'asseoir dans le fauteuil de présidence et ne rien dire. Tu aimeras, c'est être mis en face à la fois dans notre condition d'homme créés, et c'est Dieu qui nous rappelle que nous ne sommes pas seuls et que Dieu est là pour nous aider à devenir ce que nous sommes. Cela s'appelle la grâce, nous ne sommes pas abandonnés.

"De tout ton cœur, de toute ton âme", le texte parle après "de toute ta puissance, de toute ta force". De tout ton cœur, parce que le cœur c'est le désir et nous ne devons jamais oublier le désir dans notre vie chrétienne. La vie chrétienne ce n'est pas obéir à des ordres, mais la vie chrétienne qui délaisserait le désir, oublierait ce qui est à l'origine de tout, car le désir c'est le moteur. Si on n'a pas de moteur, on ne peut pas avancer. Il est donc important comme le rappelait Benoît XVI dans sa première encyclique, de remettre au cœur même de notre vie chrétienne, le désir. "Aimer de toute son âme". L'âme ici en hébreu c'est la néfesch, ce principe qui fait que l'on est en vie, que nous sommes capables de nous mouvoir, de bouger.

Et le troisième terme, c'est "de toutes tes forces, ta puissance", la version grecque a utilisé un autre terme qui est "de toute ta pensée". Je crois que ce qui est important dans ces trois termes c'est que le Christ, avec cet extrait du Deutéronome, nous rappelle la totalité. Les pharisiens ont voulu jouer un mauvais tour à Jésus en lui disant : donne-nous le commandement le plus important, autrement dit, il va bien falloir que tu fasses le tri et que tu en prennes un aux dépens des autres. Le Christ prend un seul commandement dans lequel il reprend absolument tout : "de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces". Nous n'avons pas à choisir, comme dit la petite Thérèse : "Je veux tout !" La vie chrétienne ne consiste pas à faire une croix sur certaines choses ou "à faire des sacrifices" en espérant qu'à notre arrivé au paradis, on pourra remuer la feuille en disant à Dieu : tu vois, j'ai beaucoup sacrifié de moi-même, maintenant tu me donnes la chambre quatre étoiles avec une belle vue. Non, c'est : je veux tout. Et c'est la totalité de ce que nous sommes qui est appelée à nous tourner à la fois vers Dieu et à la fois vers les autres.

Le deuxième commandement est semblable au premier, il n'est pas tourné vers Dieu, il est tourné vers notre frère et notre sœur. Pour vous laisser une petite image mnémotechnique, je dirais que ces deux commandements forment véritablement la croix. Il y a la partie verticale : Dieu et l'homme, tu aimeras ton créateur de toutes tes forces, etc … et puis, tu aimeras ton frère comme toi-même, c'est la ligne horizontale. Et nous ne pouvons pas privilégier l'une par rapport à l'autre. Privilégier la ligne verticale c'est (excusez-moi le terme), c'est faire une croix sur nos frères et sœurs et c'est aboutir à une certaine idéologie dans laquelle la religion est utilisée à des fins politiques ou personnelles. En revanche, dans l'autre sens, privilégier uniquement la ligne horizontale, nous aimer les uns les autres, c'est aussi oublier d'où nous venons. Si nous désirons nous aimer, si nous avons envie d'aimer les autres, et si quelquefois nous réussissons à peu près à aimer, c'est parce que nous avons reçu cette grâce et cet amour de Dieu. Nous ne pouvons donc pas oublier cet amour que nous avons reçu de notre Père.

Je finirai par l'oraison du début de cette eucharistie. Nous avons toujours la tête un peu ailleurs, nous n'écoutons pas toujours les oraisons. "Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous et pour que nous ressentions l'effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage". Ce que Dieu nous propose de vivre dès maintenant sur cette terre, c'est de vivre exactement comme lui, aimer de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. C'est le programme que Dieu s'est donné vis-à-vis d'Israël, son peuple élu et chéri, et c'est ce qu'il s'est donné comme programme pour toute l'humanité : être en totalité et entièrement aimant avec chacun d'entre nous.

Frères et sœurs, c'est ce que nous dit cette oraison : "pour que nous ressentions l'effet de ton amour". Dieu nous donne en partage ce qu'il a de plus précieux, cet amour total et plénier. Et nous découvrons que même si nous ne sommes pas parfaits de temps en temps, nous y touchons, quand nous vivons un moment intense d'amour, où nous donnons tout notre cœur, toute notre âme, toutes nos forces, c'est Dieu qui nous accueille déjà par anticipation au cœur même de sa vie trinitaire.

 

AMEN