LA MAISON SUR LE ROC

1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27

(24 novembre 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

e chapitre septième de saint Matthieu c'est la finale du discours sur la montagne qui a commencé par le texte des Béatitudes et qui a été suivi de tout un enseignement de Jésus sur le comportement de ceux qui seraient ses disciples. C'est à ces paroles que le Christ fait appel lorsqu'Il dit : "Quiconque écoute ces paroles", il s'agit du sermon sur la montagne. Les gens qui entendaient ces paroles du Christ ont été étonnés et il nous arrive souvent à nous aussi d'être étonnés, d'être choqués ou heurtés par tel ou tel texte de l'évangile. Cet évangile peut nous heurter parce que le Christ se révèle là d'une certaine dureté, qu'Il a un ton menaçant. "Jamais je ne vous ai connus" dit-Il à des gens qui ont cru pourtant vivre selon Dieu, des gens qui avaient chassé des démons qui avaient appelé au Seigneur, qui avaient prophétisé, qui avaient fait des miracles. Des gens donc qui ne s'étaient pas contentés de paroles mais qui avaient essayé de vivre concrètement. Or le Christ tout de go et en face leur dit : "Je ne vous ai jamais connu. Ecartez-vous de moi fils d'iniquité." Ces paroles sont donc extrêmement dures. Vous savez que l'évangile de saint Mathieu et le discours sur la montagne en est un exemple, aime ainsi à manier l'antithèse, non pas comme figure de style, mais pour souligner l'extraordinaire importance des paroles du Seigneur. Et c'est peut-être dans la parabole de ces deux maisons que nous pouvons aujourd'hui essayer de comprendre cette parole de Dieu.

Les deux maisons sont identiques à elles-mêmes, ce qui les différencie ce n'est pas la façon dont elles ont été construites, ce n'est même pas d'abord celui qui les a construites, c'est le lieu où elles ont été construites. Ce sont les fondations de la maison qui les distingue l'une de l'autre. Et vous avez bien compris que la description de ces deux maisons révèle deux attitudes dans la foi. Celui qui construit sa vie avec sa pensée, avec sa religion, avec ses désirs et qui peut d'ailleurs faire quelque chose de tout à fait bien, et de tout à fait convenable. Il pourra vivre heureux lui et tant d'autres personnes. Il y a l'autre attitude qui révèle que l'on construit la maison de la même façon, avec peut-être les mêmes matériaux, avec le même plan, avec le même désir. Mais cette fois-ci non pas sur nous-mêmes, mais sur le roc. Or ce roc, c'est la Parole de Dieu, c'est la présence du Christ dans notre monde, c'est l'espérance qu'il met en nous. C'est vrai que nous autres chrétiens, nous habitons et nous construisons des maisons identiques à ceux qui ne croient pas, nous avons le même métier, les mêmes voitures, les mêmes habits, les mêmes joies, les mêmes souffrances, la même mort. Et ce qui distingue les croyants des autres ce ne sont pas ces choses visibles, mais c'est la façon sur laquelle nous fondons cette maison. C'est le terrain sur lequel nous nous appuyons, nous appuyons ce que nous allons construire. Ou bien cela partira à la première difficulté, à la première tempête, ou cette maison restera, non pas parce qu'elle même est solide mais parce qu'elle est bâtie sur un roc qui tient fortement.

Déjà saint Thomas d'Aquin, reprenant une formule de saint Jérôme, disait : "C'est la charité qui distingue le Fils de Dieu et le fils du démon." C'est cette charité qui est la fondation de toute notre vie, c'est sur elle-même que nous devons fonder cette maison et la charité n'est rien d'autre que l'amour de Dieu pour nous. Cette charité que saint Paul reprendra en son fameux texte de la première épître au Corinthiens, chapitre treize : "Vous avez beau parler toutes les langues, connaître la science, avoir toutes les richesses, tout le pouvoir" et même les utiliser de façon honnête et bonne, "si vous n'avez pas la charité, tout cela est creux, tout cela est un airain qui résonne", mais il n'y a rien de plus.

Ainsi dans cette parabole des deux maisons il nous est redit encore aujourd'hui que c'est sur la parole du Seigneur et sur elle seule que nous devons construire notre vie même si apparemment notre vie ne se distingue pas de celle des autres. Cela n'est pas l'essentiel. L'important c'est qu'elle soit fondée sur cette parole du Seigneur qui est un roc inébranlable, qui est notre propre espérance et notre certitude dans toutes les tempêtes ou dans toutes les difficultés. Alors nous n'entendrons pas cette parole du Seigneur : "Je ne vous ai jamais connu, fils d'iniquité". Car l'iniquité, dans la bouche du Seigneur, c'est simplement d'être hors de la loi de l'évangile. La loi de l'évangile c'est la charité. Sans cette charité, nous demeurons dans le péché, nous construisons sur les sables mouvants. Que cet évangile nous aide aujourd'hui à devenir fils de la Parole de Dieu, à construire notre vie et notre Église uniquement sur la Parole de Dieu et sur rien d'autre.

 

AMEN