LA BREBIS PERDUE
Ex 34, 29-35 ; Mt 18, 12-14
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Brebis solitaire
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ous sommes ici au cœur même de la révélation chrétienne, car la révélation chrétienne, c'est la révélation de l'amour même de Dieu. Il faut remarquer d'abord que cette parabole de la brebis perdue n'est pas tout à fait dans notre logique humaine. En effet je crois que nous avons un proverbe qui s'applique d'ailleurs plus aux brebis qu'aux béliers: "une de perdue, dix de retrouvées". Ce qui semble dire que dans notre logique à nous, pour l'amour humain, nous faisons facilement passer les personnes par profits et pertes.
Dans le cœur même de Dieu, dans la logique de son amour, c'est tout différent. C'est un amour unique et c'est un amour entier. En effet c'est un amour unique pour chacune des personnes. Déjà plusieurs fois j'ai entendu des gens me faire cette réflexion : quand on voit les milliards d'hommes qui existent aujourd'hui, et quand on pense aux milliards qui ont existé et qui existeront après, comment Dieu peut-il s'intéresser et s'occuper d'eux personnellement ? Autrement dit, on voudrait que l'amour de Dieu soit une espèce de grand déchaînement d'amour universel un peu indistinct, un peu confus, une sorte d'amour "en général" de l'humanité "en général".
Et bien, il n'en est rien et le cœur de notre foi c'est de croire que la relation de Dieu avec les hommes est chaque fois une relation unique et personnelle. Nous ne pouvons pas le comprendre nous-mêmes, ou plus exactement nous avons un moyen de le comprendre. C'est que nous qui sommes si limités dans notre faculté d'aimer, nous aussi nous savons que le seul véritable amour, la seule réalité qui compte lorsque nous voulons aimer c'est que nous ne pouvons vraiment aimer que quelqu'un. Que notre amour n'a de prix et de valeur que dans la mesure où il est vraiment unique, pour une personne unique. Et déjà cela est l'indice que ce qui est le plus précieux en nous doit bien être le reflet du mystère même de Dieu.
Ainsi parce que Dieu est créateur et parce qu'Il veut nous aimer vraiment Il établit avec nous une relation unique. Et cette relation unique engage Dieu tout entier. Ceci est encore plus mystérieux. En effet, le Christ et l'évangéliste prennent bien soin de nous indiquer que c'est le berger lui-même qui part. Il n'envoie pas un quelconque de ces mercenaires pour aller rechercher la brebis perdue. Dans la parabole, il prend même le risque d'abandonner le troupeau pour se consacrer Lui-même tout entier à retrouver et à combler de sa consolation la brebis perdue. Ainsi cette relation entre Dieu et nous ne concerne pas un aspect de Dieu, ne concerne pas une partie de Dieu, mais c'est Dieu tout entier qui nous aime tout entier.
Le mystère de l'amour, quel qu'il soit, humain ou divin est tout entier dans cette révélation. Effectivement nous ne pouvons pas penser qu'un amour soit autre chose qu'une personne humaine totalement, entièrement saisie par le désir d'aimer quelqu'un comme personne tout entière. C'est le côté totalitaire de cette relation qui est fascinant C'est le côté absolu de la relation d'amour qui compte. Tout le reste c'est qu'on aime les personnes pour ce qu'elles ont ou pour les qualités qu'elles peuvent avoir ou pour les avantages qu'on peut en tirer, mais tout cela ce n'est pas l'amour, c'est une caricature de l'amour.
A travers cette eucharistie, mystère de son amour livré jusqu'au sang, demandons au Seigneur, qu'Il nous donne ce sens de la globalité, de la totalité, de l'entièreté de l'amour pour que nous sachions vraiment l'aimer Lui tout entier parce que c'est Lui tout entier qui nous a aimés de son amour unique, chacun d'entre nous.
AMEN