POURQUOI AVEZ-VOUS PEUR ?
Ex 2, 1-15 ; Mt 8, 23-2
(14 juillet 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Lac de Tibériade
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ne des critiques les plus fréquentes de notre époque moderne, à la religion et plus particulièrement au christianisme, est de dire que la foi chrétienne est une sorte d'école de la peur, que la foi se situe comme un refuge, face à tous les difficultés et les adversités qui peuvent nous tomber dessus. Que la foi ou la religion apparaissent trop souvent comme une consolation au milieu de tous les déboires que nous devons essuyer.
En réalité, si l'on relit attentivement les deux textes que propose la liturgie de ce jour, on peut s'apercevoir qu'il n'en est rien. En effet, la foi que demande Dieu, que ce soit à son peuple dans l'ancienne alliance ou que ce soit au petit troupeau des disciples qui marche avec son Seigneur, la foi qu'il demande est une foi trempée à l'épreuve du feu, à l'épreuve du danger, à l'épreuve du risque et même à l'épreuve de la mort.
En effet, pour les disciples, ce qui importe, c'est qu'à un moment ils se tournent vers le Seigneur en disant : "Au secours, Seigneur, nous périssons !" Ce qui est important, à ce moment-là, c'est qu'ils se trouvent face à la mort. Et ce qu'ils n'ont pas encore compris, la grande grâce que Dieu venait leur apporter, c'était de ne plus se trouver seuls face à la mort, mais que le Christ lui-même était engagé dans le même bateau, dans la même barque, que le chrétien ne se trouvait plus seul face au danger, mais que c'était le Seigneur lui-même qui apparemment endormi, en réalité était là pour veiller sur l'homme et lui apprendre à faire face au danger.
Et c'est pourquoi, malgré leur crainte et leur peur, les disciples sont d'un grand enseignement pour nous, parce que lorsqu'ils sont dans la barque, ils ont ce réflexe profond qui est à la fois profondément humain et surtout profondément chrétien, ils ont le courage d'avoir peur et de le dire à leur Seigneur.
C'est la même chose pour Moïse. Moïse est un homme sauvé des eaux, mais des eaux qui ne sont pas seulement les eaux placides du Nil. C'est un homme qui est sauvé des eaux de la mort, parce que, normalement il est l'image de notre humanité qui est vouée à la mort. Ce peuple est esclave en Égypte et l'on ne veut plus que les enfants mâles vivent. Normalement Moïse doit mourir. Mais parce que la main du Seigneur est sur lui, même ceux qui devaient le faire mourir seront, en réalité, les instruments de l'exécution du dessein divin qui veut que Moïse soit vivant pour le service de son peuple.
C'est jusque-là que va la foi. Si nous croyons vraiment que Dieu est le Dieu de son peuple, le Dieu qui veille avec tendresse sur chacun d'entre nous, alors, même ce qui normalement devrait être pour nous, source et occasion de mort, devient source, occasion et instrument du don de la vie. Car ce qui a permis que le peuple d'Israël se constitue sous la houlette de Moïse, c'est précisément qu'il a été sauvé par une païenne, par la fille du Pharaon.
C'est pour nous riche d'enseignement. Ce que nous savons de notre condition humaine et que nous en éprouvons tous les jours, c'est que nous sommes confrontés sans cesse à ce mystère de la mort, à ce mystère d'une certaine destruction en nous-mêmes ou hors de nous, à ce mystère du mal, de la souffrance, tout ce qui tue, tout ce qui défigure dans l'homme le reflet profond de l'image de Dieu. Et pourtant, ce que nous devons savoir c'est que, désormais, parce que Dieu a voulu être le Dieu de son peuple, parce que le Christ a voulu s'embarquer sur la même barque que nous, au milieu des tempêtes, tout ce qui, en apparence est occasion de mort, sera un jour transfiguré par la résurrection du Christ, l'occasion pour nous de reconnaître et de découvrir le visage et l'amour de notre Seigneur.
AMEN