CHERCHER LE VRAI TRÉSOR
Gn 41, 55-57+ Gn 42, 5 -7 a+17-24 a ; Mt 7, 6-12
(8 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN
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'est une des paroles les plus difficiles à comprendre pour nous aujourd'hui que celle-ci : " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs".
Dans l'ordre de la nature, cette parole est réaliste, très forte voire même un peu choquante, pour nos oreilles sensibles. Cependant, c'est une parole du Seigneur Jésus lui-même. Dans le monde sémite, les chiens, les porcs étaient des animaux détestés, détestables parce qu'irritables. Rappelez-vous cet épisode où le Christ envoie dans un troupeau de porcs tous les démons qui habitent le cœur d'un pauvre homme, et ce troupeau va se jeter d'un seul mouvement dans la mer, marquant ainsi l'anéantissement, sur la parole de Dieu, des forces du mal. Les chiens également étaient souvent errants et s'ils demandaient toujours à manger, lorsqu'ils n'avaient pas ce qu'ils désiraient, ils se rebiffaient. Et c'est pourquoi, pour les sémites, ils étaient cette forme de réaction négative contre la Parole de Dieu.
Ce qui est sacré et qui est comparé aux perles, c'est-à-dire a quelque chose de précieux, d'extrêmement précieux qu'il faut garder jalousement, à laquelle il faut faire soigneusement attention, comme un bijou, comme ces bijoux que vous portez, c'est la Parole de Dieu, c'est la révélation que le Christ est venu annoncer aux hommes. Mais voilà qu'il y a un antagonisme entre le trésor de cette parole de Dieu et ce que nous-mêmes nous en faisons souvent à cause de ce mal qui nous habite, à cause des forces de ce mal qui nous tiraillent de tous côtés.
Nous savons très bien que, dans notre propre cœur, parfois ce trésor que nous avons reçu de Dieu, nous le laissons dilapider, nous le laissons se déchirer, nous le laissons s'abîmer par ces forces de mal qui sont dans notre cœur. Et nous n'avons pas très bien saisi, nous ne vivons pas toujours cette réalité que le Christ est venu nous annoncer que ce qui doit être le plus fort de notre cœur désormais, ce n'est pas ce que nous sommes car, il le dit lui-même, souvent il ne sort de nous-mêmes que du mauvais. Ce que nous devons être, ce sur quoi notre vie doit être basée, c'est sur le trésor, c'est sur cette valeur inestimable de la Parole de Dieu et de la révélation de Dieu. Ces porcs et ces chiens, dont il parle, c'est une partie de nous-mêmes, ce n'est pas forcément et d'abord les autres. Et c'est pour cela que notre foi chrétienne doit être extrêmement vigilante en nous pour faire en sorte que ce trésor que Dieu nous a donné retourne à Dieu sans qu'il soit détérioré, sans qu'il soit mélangé par ce qu'il y a de mal en nous, mais en évangélisant ce qu'il y a de mal, en transformant, en se laissant purifier par cet or, cette lumière, ce feu de la Parole de Dieu.
Cela a deux conséquences, c'est que nous devons toujours rechercher à mieux connaître, à approfondir, pour mieux en vivre, cette révélation de Dieu. Quand le Christ Jésus répète : "Demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez", Il ne parle pas d'abord des choses matérielles, Il ne parle pas d'abord de ce qui nous manque, Il ne nous parle pas d'abord des examens à réussir, des succès sociaux à obtenir, cela, j'allais dire, lui importe peu. C'est notre affaire à nous. Mais ce qui lui importe, c'est que nous lui demandions, c'est que nous frappions a la porte à la porte de son mystère, c'est que nous cherchions, c'est que nous allions puiser sans cesse dans le mystère du trésor de sa parole et de sa vie. Et c'est cela que Dieu nous demande d'abord de chercher.
C'est à la porte de son cœur qu'il nous demande d'abord de frapper, et non pas aux autres portes, aux autres boutiques de notre monde où nous ne cessons jamais de nous enrichir. Cette parole de Dieu qui jaillit de son cœur, c'est un devoir pour nous de la demander, car cette parole de Dieu ne monte pas de la chair et du sang, comme Jésus le dira à saint Pierre, mais elle ne peut nous être donnée que par la volonté de Dieu et Jésus nous dit : "Il faut que vous la demandiez".
Ainsi, ce que nous allons recevoir aujourd'hui, ce mystère caché du corps et du sang du Christ, nous a été révélé. Cette perle précieuse de sa vie que nous allons recevoir dans son eucharistie parce que nous sommes venus ici la chercher, il faut maintenant la traiter comme quelque chose d'extrêmement précieux, comme quelque chose d'extrêmement fragile dans notre vie malmenée par le mal, et cela de façon quotidienne. Nous allons donc demander ensemble, au Seigneur, qui nous offre ce que nous venons lui demander, son corps et son sang. Nous allons lui demander que nous ne mélangions pas cela à tout ce que nous avons de moins bon dans notre vie, que nous ne laissions pas ce corps et ce sang se perdre et se dilapider dans notre péché, en l'oubliant ou en le mangeant, ou le recevant indignement comme dit saint Paul. Mais nous lui demanderons, au contraire, que ce qu'il va nous donner, parce que nous sommes venus frapper a la porte de son amour, nous puissions vraiment le recevoir dans un cœur pur et dans un cœur qui se laissera purifier, comme cet or au creuset par le feu de sa Parole, par le feu de sa présence, par le feu de sa tendresse pour nous. Et ainsi, de purification en purification, par son corps et son sang, nous parviendrons à entrer un jour pleinement dans le mystère de son amour, dans le mystère de sa mort et de sa résurrection par cette porte de la miséricorde où nous ne cessons de frapper et que Lui-même ne cesse d'ouvrir pour nous.
AMEN