DIEU VEUT MARCHER AVEC NOUS
Ep 5, 8-14 ; Mt 16, 21-28
(31 août 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, dans l'évangile que nous avons entendu, il est question de la position de l'homme vis-à-vis de Dieu. On se remémore ce que saint Pierre répond à Jésus une fois qu'il annonce sa Passion : "Non, quand même Seigneur, cela ne va pas t'arriver parce que toi tu es le fils du Dieu vivant, et qu'il ne peut pas t'arriver ce genre de chose". Et Jésus le repousse : "Passe derrière moi Satan". L'instant d'après dans l'autre petit paragraphe, on nous explique que pour être un bon chrétien, il faut passer derrière Jésus ! Si vous me permettez de souligner le problème, celui qui est derrière Jésus, c'est Satan. Est-ce à dire que Dieu en nous demandant de se mettre à sa suite nous demande de devenir Satan ? Je ne le crois pas bien sûr.
J'aurais cependant voulu m'arrêter sur ce petit point original, à travers une histoire qui est tirée d'un midrash (c'est une sorte de commentaire juif) et que je trouve assez intéressant. Deux rabbis commentent Genèse 6, 9 : "Avec Dieu, marchait Noé". Ici, on nous dépeint Noé marchant avec Dieu. Discussion entre les deux rabbis : parabole de ce roi qui avait deux fils, l'un grand et l'autre petit. Il dit au petit, marche avec moi et au grand, marche devant moi. De même à propos d'Abraham dont la force était grande il est dit : marche devant moi. Tandis qu'à propos de Noé qui manquait de force, il est dit : Avec Elohim, marchait Noé. L'autre rabbi dit : parabole du roi qui s'embourbait dans une épaisse gadoue : le roi jetant un regard l'aperçut et dit : au lieu de t'embourber dans la gadoue, parce que tu marches devant moi, marche plutôt à mes côtés.
Cette petite histoire peut prêter à sourire, mais à la fois l'évangile et ce petit texte nous invitent à réfléchir sur la relation de liberté et d'obéissance de Dieu avec l'homme. Ce que dit Jésus et ce que dit ce midrash, c'est que l'homme n'a pas à marcher derrière Dieu. C'est souvent ce que nous croyons : être avec Dieu, c'est marcher derrière lui, obéir en lui disant Amen à tout parce que notre vie est déjà prédéterminée.
Mais notre condition n'est pas non plus de marcher devant Dieu comme ce fils de roi, qui marchant devant Elohim finit par marcher dans la gadoue et s'y embourber. C'est dit sous une autre manière, c'est le péché originel de l'homme qui croit qu'il n'a absolument pas besoin ni de suivre Dieu ni de marcher avec lui, et qu'il est tout à fait capable de gambader devant Dieu sans se préoccuper de ce créateur qui limite sa liberté.
En fait, à quoi sommes-nous appelés ? Nous sommes appelés à marcher, à vivre avec Dieu. Quand on parle de la "sequentia", de suivre Jésus, on pourrait tomber dans une espèce d'humilité trop exagérée dans laquelle nous ne sommes plus libres de rien, et où notre condition de chrétien consisterait à suivre à la lettre tout ce que dit Dieu, et tout ce que dit l'Église. Mai ce n'est pas ce que veut Dieu. Il veut instaurer un véritable compagnonnage de liberté : la liberté de Dieu et du projet qu'il a pour nous, et aussi notre propre liberté par rapport à notre personnalité.
Frères et sœurs, quand Jésus dit : "Si quelqu'un veut venir à ma suite qu'il se renonce lui-même", ce qu'il veut nous dire c'est que le reniement dont il est question, passez-moi l'expression : arrête de croire que tu seras toi-même en marchant devant moi. Mets-toi derrière moi pour marcher avec moi.
C'est sans doute cela le grand drame de l'humanité, et l'on en revient encore une fois au péché originel. L'homme croit que sa liberté consiste à prendre la place de Dieu alors que le grand projet de Dieu, et aussi simple que ce compagnonnage qu'il a pu avoir avec Noé, avec Abraham et d'autres grands patriarches. Le seul désir de Dieu, c'est de marcher avec nous, à nos côtés.
AMEN