LA CONNAISSANCE NOUS EST DONNÉE
Qo 7, 13-16 + 23-24 ; Mt 11, 25-30
(13 juillet 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, l'évangile d'aujourd'hui peut sembler un peu décousu puisque nous y trouvons à la fois cette fameuse référence concernant les petits enfants et ensuite ce passage où Jésus nous invite à décharger notre fardeau sur lui. L'évangile pourrait en même temps nous faire croire à travers un certain fil directeur que le Christ nous invite véritablement à une confiance aveugle vis-à-vis de lui, tellement aveugle qu'il ne nous demanderait rien en retour et par conséquent, nous devrions rester des petits enfants ne cherchant même pas à connaître qui est notre Père, c'est-à-dire Dieu.
Ce matin en relisant cet évangile et en parcourant à côté un autre livre, je vous en donne le titre qui est assez intéressant surtout en cette année de crise : "Quelles ressources spirituelles pour faire face à l'épuisement des ressources naturelles". Vous verrez là un clin d'œil assez intéressant puisque le livre a pour but de relier deux domaines qui nous semblent généralement à l'opposé : la vie spirituelle et les ressources naturelles de notre planète. Comme si en étant chrétien, nous n'étions pas intéressés par les ressources naturelles de la planète, et comme si ceux qui sont intéressés par les ressources naturelles de la planète ne devaient en rien s'intéresser à la vie divine et à la vie spirituelle.
Dans ce petit livre qui a été l'objet d'un colloque inauguré par le cardinal Barbarin en janvier 2009, il est mentionné une phrase que tout le monde connaît, une phrase grecque qui est : "Connais-toi toi-même". Quoi de plus classique, même pour ceux qui n'ont jamais fait de grec, de recueillir cette petite pépite sapientielle des grecs : "connais-toi toi-même". En lisant un des passages qui fait allusion à cette phrase, c'est un philosophe qui parle : "Le connais-toi toi-même", inscrit au fronton du temple de Delphes, n'était nullement comme on le croit souvent aujourd'hui, un encouragement à l'introspection". En lisant l'évangile, je trouvais assez intéressant qu'il ne nous est pas dit que le Père se connaît par lui-même, et de même que le Fils se connaît par lui-même. Il est dit plus exactement que le Père se connaît par le Fils et le Fils se connaît par le Père. Très souvent, nous faisons l'apologie de l'introspection et de la connaissance par soi-même. Nous sommes dans le siècle de cette introspection et nous aimons élaborer des théories et des pratiques pour mieux comprendre par nous-mêmes qui nous sommes. C'est une première chose. Si nous cherchons à connaître qui nous sommes par nous-mêmes, c'est que nous faisons l'expérience que les autres ne nous connaissent pas bien et nous jugent très mal. Il y a une méfiance vis-à-vis du jugement que les autres exercent vis-à-vis de nous-mêmes et bien souvent, nous disons que le meilleur juge, celui qui peut nous connaître ce n'est certainement pas ni mon frère ni ma sœur, mais c'est moi-même.
Comme le dit l'auteur de cet article, nous pourrions être tentés de penser que celui qui nos connaît le mieux, c'est moi et certainement pas les autres. Ce que je trouve intéressant, c'est que justement, il n'y ait pas d'introspection dans la Trinité. Comme je le faisais remarquer tout à l'heure, entre cette mauvaise lecture contemporaine de cette phrase grecque et ce que nous révèle l'évangile, le Père se connaît par le Fils et le Fils se connaît par le Père, on découvre que Dieu, alors que nous pourrions penser que Dieu est celui qui se connaît lui-même, Dieu se connaît par son Fils et le Fils se connaît par son Père.
Ce ne sont pas quelques vagues considérations théologiques uniquement réservées à des intellectuels qui ne savent pas quoi faire pendant le mois de juillet, mais cela révèle deux choses: à la fois l'origine de notre connaissance, et le chemin de notre vie spirituelle. Cela révèle le processus de connaissance dans le sens où dans l'évangile, Jésus dit que c'est réservé aux petits et aux humbles et pas aux sages et aux savants. Non pas que nous n'ayons pas à chercher la connaissance, mais les personnes qui sont attaquées par le Christ, ce sont ceux qui effectivement croient que la connaissance est comme en dormance en nous, et que nous aurions juste besoin de quelqu'un qui viendrait réveiller toute la connaissance qui dort en nous et qu'il ne nous reste plus après à élaborer notre propre connaissance.
Frères et sœurs, ce n'est pas vrai ! quand nous cherchons à connaître, nous n'essayons pas de faire ressurgir quelque chose qui dormirait au fond de nous, comme une étincelle, et comme si nous avions seulement à élaborer la connaissance pas nous-mêmes. En fait, la connaissance nous est donnée par quelqu'un qui est extérieur à nous-mêmes. Dieu lui-même le vit puisqu'il ne se connaît que par son Fils et que son Fils se connaît par son Père. Ce petit passage d'évangile et ce renvoi au sein même de la vie trinitaire nous invite maintenant à franchir le pas et à mieux réfléchir sur notre propre vie spirituelle. La spiritualité n'est pas une sorte d'élaboration par nos propres forces d'un cheminement que nous prenons pour arriver à Dieu, mais au contraire, la connaissance nous est donnée par Dieu et humblement, nous avons à écouter ce que dit le Christ pour nous mettre à sa suite.
Il n'est en aucune manière question ici de dénigrer la connaissance, mais il n'est en aucune manière question de croire que nous sommes capables par nos propres forces d'accéder à cette connaissance. Ce que le Christ veut dire, c'est qu'en tant qu'humain, exactement comme ce qui se passe dans la vie trinitaire, nous sommes invités à délaisser la méfiance pour nous atteler à la confiance et découvrir que c'est le Christ en tant que pédagogue qui nous invite à nous mettre à sa suite pour découvrir qui nous sommes.
Que ce temps d'été soit pour nous l'occasion de découvrir ce que nous sommes véritablement, non pas par nos propres forces, mais en nous laissant guider par le Christ le Fils de Dieu qui est venu révéler ce que nous sommes et notre filiation divine.
AMEN