LE GLAIVE DE LA PAROLE DE DIEU
Qo 4, 1-4 ; Mt 10, 23-33
(9 juillet 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive". Il est vrai frères et soeurs, que le contexte général de ces différents morceaux qui sont un peu décousus, le contexte général laisse à penser que Jésus s'adresse déjà aux futurs chrétiens, à ceux qui devront témoigner de leur foi, à ceux qui seront persécutés dans les arènes, à ceux que nous appelons les martyrs.
Je crois que le contexte de ce petit passage n'est pas seulement le contexte de persécution et du martyre, il aborde une autre question qui est ce que nous entendons par la paix la violence, et en définitive la place que l'Écriture prend dans notre vie. Je m'explique.
Le Christ ne dit pas : paix et guerre, il parle de la paix et du glaive. Vous allez me dire que je chipote, puisque le glaive nous ne le comprenons qu'en mettant une image qui bien sûr, mène à la guerre. Mais le glaive, c'est à proprement parler l'outil grâce auquel nous séparons les choses. Si nous en revenons au motif même de la guerre, nous disons souvent que la guerre est déclenchée pour cause de divisions, pour cause de dissensions, pour cause de différends. Le problème numéro un de la guerre et de la violence, c'est en fait parce que l'autre est insupportable parce qu'il pense autrement que moi, et comme il ne veut pas penser comme moi, le plus simple est de le supprimer. La violence c'est le dernier langage qui me reste quand je ne supporte pas que l'autre soit différent de moi. Ce que le Christ nous dit, c'est quelque chose d'important. Cela peut nous sembler paradoxal que le Christ, celui que nous voyons comme le facteur de paix, celui qui nous voyons comme étant justement à l'origine de la paix, soit le premier à nous dire qu'il va être cause de dissensions, cause de différends, cause de guerres. Je crois qu'il faut comprendre que le Christ dans ce cas-là n'est pas cause de guerre en tant que telle, mais cause, comme le glaive, cause de séparation. Il y a un jésuite, trop tôt disparu, Paul Beauchamp, qui a travaillé en son temps sur les premiers chapitres de la Genèse traitant de la création, et il considérait ces chapitres de la création en tant que séparation. C'est très important de rappeler que dans l'Ancien Testament, mais aussi dans le Nouveau Testament, la création est séparation puisque au départ, tout est confusion. Dieu est celui qui vient mettre de l'ordre dans la création.
Le judaïsme en tant que tel dans son rapport avec l'alimentation, à ce que nous appelons la nourriture kasher, etc … le judaïsme veut montrer à travers la séparation des aliments, qu'il appelle à être fidèle à cette création, et donc à être aussi à l'image de cette création parfaite. Et puis, bien sûr la Parole de Dieu qui est aussi comme un glaive, qui vient au cœur même de notre chair, séparer ce que nous sommes. Autrement dit, quand le Christ dit : "Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive", il ne faut pas le lire uniquement au niveau du martyre, de la guerre, de la souffrance, il faut le lire à un autre niveau. Il faut le lire au niveau de la séparation. Vous le savez probablement le mot "cosmos", si aujourd'hui est un mot qui est plutôt restreint à l'univers, il faut rappeler que le cosmos en grec, veut dire l'ordre en général. Mesdames, le mot cosmos, en grec, veut dire la parure, l'ornement. On est un peu en confusion le matin quand nous nous levons, nous mettons de l'ordre dans notre chevelure, puisque maintenant les hommes aussi aiment à se parer de produits de cosmétique, nous mettons de l'ordre dans notre chevelure, nous mettons de l'ordre dans notre corps.
Je crois que c'est cela que le Christ dit quand il fait référence à la parole de Dieu. La parole de Dieu est là comme un glaive pour remettre de l'ordre dans la confusion qui est la nôtre, notre confusion spirituelle, notre confusion personnelle. Si j'ose pousser l'image jusqu'au bout, sans vouloir vous faire sursauter sur votre chaise, j'aime à croire que la liturgie de la parole a quelque chose de comparable avec le salon de beauté. Le salon de beauté, c'est le lieu où nous venons justement pour passer de la confusion à la séparation, à une remise en ordre de ce que nous sommes, à une recréation de ce que nous sommes.
Je crois que quand humblement, nous nous mettons face à l'Écriture, face à la parole de Dieu, que ce soit chez nous ou dans la liturgie de la parole, en fait, nous revivons le même processus. Nous repassons de la confusion spirituelle dans laquelle nous sommes parce que nous arrivons dans cette église avec beaucoup de soucis, et beaucoup de problèmes, et la liturgie de la parole est ce moment où avec le glaive qui fait mal, parce que c'est vrai que cela fait mal de remettre les choses en ordre, avec le glaive du Christ, nous remettons ce que nous sommes, en ordre pour nous préparer à recevoir le corps et le sang du Christ.
Frères et sœurs, que nous n'ayons jamais peur de ce glaive qui est la parole de Dieu, mais au contraire, que nous sachions accueillir avec beaucoup de joie le Christ qui est ce glaive, cette parole qui vient remettre dans l'ordre notre vie pour faire de nous des créatures nouvelles. C'est saint Paul qui le dit dans l'épître aux Éphésiens, quand il parle du Christ qui vient donner sa vie pour que son épouse soit parée et belle, cette épouse, c'est le corps du Christ, c'est nous-mêmes. Que cette liturgie de la parole soit pour nous le moment de nous faire beaux et belles afin d'accueillir le sacrifice du Christ.
AMEN