Baruch 3, 29-38 ; Matthieu 33-48

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

M

on cher Mathieu, j'ai cru comprendre que tu étais très doué en mathématiques, en physique, dans toutes les sciences, et je vais t'expliquer comme cela l'évangile d'aujourd'hui. 

Tu as entendu, Jésus dit : "Avant moi (c'est-à-dire dans la Loi ancienne, la Loi écrite par Moïse sur le mont Sinaï), c'était œil pour œil, dent pour dent". Cela veut dire que si l'on avait fait du tort à quelqu'un, on  devait lui restituer la même qualité que ce qui avait été détruit. Si on avait arraché l'œil de quelqu'un, celui qui avait arraché l'œil se faisait arracher l'œil et ainsi, cela faisait l'égalité, le calcul. Tu me diras que c'était un peu sauvage comme méthode, je suis bien d'accord avec toi. Mais il faut se dire qu'auparavant, c'était bien pire, puisque lorsqu'on avait arraché un œil, il fallait se faire arracher les deux yeux ! Déjà là, on a introduit ce qu'on appelle la mesure, on ne va pas au-delà du mal qu'on a fait. 

       Pour beaucoup d'hommes encore aujourd'hui, quand on leur fait du mal, on appelle cela la vengeance, j'ai reçu un coup de poing, donc je te donne un coup de poing. Dans les cours de récréation, tu connais, c'est un procédé absolument classique, c'est ainsi qu'on apprend à vivre, ce n'est pas toujours très pédagogique, mais c'est ainsi que l'on fait, ce qui ne veut dire que ce soit recommandable. 

       La plupart du temps, nous les êtres humains, on calcule : si tu m'as donné un coup, je te donne un coup, si tu t'es moqué de moi, je me moque de toi, si tu m'as fait du tort, je te fais du tort. Quand on y réfléchit, c'est la même chose dans beaucoup d'autres domaines de la vie : si j'achète quelque chose, je donne la monnaie qui est l'équivalent de ce que je veux acheter. Tout se mesure, tout se calcule. C'est comme cela pour le commerce et pour d'autres domaines. On calcule sa vitesse sur l'autoroute, on mesure, on ne doit pas dépasser cent trente, donc, on surveille le compteur pour ne pas dépasser la limite de vitesse. Tu verras, à mesure que tu grandiras, ta vie se passera très souvent à calculer. Pour peu que par la suite, tu fasses des travaux qui nécessitent des calculs, tu verras, toute la journée tu seras devant l'ordinateur, tu feras des calculs, des équations, des opérations très compliquées que tu apprendras petit à petit, mais c'est toujours le calcul. C'est très important, car il faut bien calculer la solidité des voitures, des avions, tout cela se fait par des calculs. 

       Mais ce que Jésus nous dit aujourd'hui, c'est qu'il y a une seule chose au monde qui ne calcule pas. Une seule chose, et je crois que tu as compris : la seule chose qui ne se calcule pas, c'est quand on aime. Quand on aime vraiment, on ne dit pas : aujourd'hui, maman, je t'ai aimé une demi-heure, ça suffit ! Ce n'est pas pensable. Ou tu ne peux pas admettre que papa dise : écoute, mon cher Mathieu, aujourd'hui, je t'ai aimé cinq minutes, ça suffit ! Tu serais furieux. C'est précisément parce que quand on aime, cela ne se mesure pas, cela ne se calcule pas. Quand tes parents t'ont donné la vie, ils ont dit : on aimera Mathieu toute sa vie, tant qu'on le pourra, quoi qu'il arrive. Même si un jour tu fais des bêtises (mais tu ne feras pas de bêtises!) je suis sûr qu'ils t'aimeront toujours. 

       On ne se rend pas compte qu'on a toute une manière d'être et de vivre qui, heureusement, ne calcule pas, parce que dès que l'on commence à calculer comment on aime les autres cela n'et plus de l'amour. Par exemple, si tu as vraiment de bons amis à l'école, et que tu leur dit : j'ai passé cinq minutes de récréation avec toi, maintenant, je vais passer cinq minutes avec un autre copain, je partage tout et je calcule tout au chronomètre, tu deviendrais insupportable. 

       C'est exactement cela que Jésus veut dire ici. Il veut dire que habituellement les hommes sont obligés de vivre avec ce qu'on appelle la justice, cela consiste à mesurer. Dans bien des cas, c'est très nécessaire, si quelqu'un ouvrait un commerce en disant : je donne tout ce qu'il y a dans ma vitrine, cela n'a pas d'importance, tant pis si je me ruine, son commerce ne durerait pas longtemps. Il y a des quantités de choses dans la vie où l'on est obligé de calculer. Mais il y a une chose qu'il faut vraiment préserver dans son cœur et dans sa vie, c'est l'amour. Quand on aime, ce n'est plus de l'ordre du calcul. 

       Aujourd'hui quand tu vas faire ta première communion, c'est cela que le Christ veut t'apprendre. Il veut t'apprendre que aujourd'hui, quand tu le reçois, le Christ te donne un amour avec lequel tu peux compter tout le temps et toujours. Ce corps du Christ, le pain que tu vas recevoir, et ce sang du Christ, le vin que tu vas goûter, c'est l'amour dont Jésus nous a aimés. Il nous a tellement aimés qu'il nous a donné tout son amour, toute sa vie, tout ce qu'il était pour nous. Quand on se rassemble pour l'eucharistie, pour la messe, c'est exactement cela qu'on veut dire. On se rassemble à la source où l'amour de Dieu qui est très grand ne se compte pas, ne se calcule pas, ne se mesure pas. Maintenant, il faut que tu prennes cette habitude de venir demander à Dieu un amour sans mesure. Tu peux lui dire : Seigneur, j'ai besoin que tu m'aimes toujours, que tu m'aimes très fort, et que tu m'apprennes à aimer comme toi tu as aimé. 

       Je te garantis, si tu fais cela, si tu essaies petit à petit d'aimer comme je te l'ai dit, sans mesurer, sans calculer, sans dire : oui, mais Sophie elle a eu ça et moi  je n'ai eu ça, si tu essaies de vivre de cette manière-là, tu apprendras vraiment à aimer et tu découvriras ce que c'est que la joie et le bonheur de vivre avec le Christ. C'est ce qu'on te souhaite tous aujourd'hui. 

 

       AMEN