PRENEZ GARDE À LA MANIÈRE DONT VOUS ÉCOUTEZ

Ps 28

(23 septembre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN 

 

Scruter la Parole

D

ans le psaume 28, le prophète inspiré célèbre cette voix du Seigneur d'où jaillissent des éclairs de feu. Et, en ce milieu du jour, au moment de la pleine lumière, Jésus, s'appuyant sur le bon sens humain, nous interpelle en nous disant : "Prenez garde à la manière dont vous écoutez !" et s'appuyant sur le bon sens humain en nous disant : "On ne met pas une lampe sous son lit, mais bien sur le lampadaire." Et je pense que tout le monde le ferait spontanément.

       "Prenez garde à la manière dont vous écoutez !" Cela veut dire que vous n'y prenez garde. Vous écoutez sans attention, sans un souci profond d'entendre vraiment. Vous écoutez la Parole de Dieu comme toutes ces autres paroles qui fourmillent dans nos oreilles, à longueur du jour, ou dans notre imagination. Prenez garde à la Parole de Dieu car vous l'écoutez mais vous ne la gardez pas. Votre oreille l'entend, mais votre cœur ne la reçoit pas. Vos yeux connaissent la lumière mais en même temps, ils ont peur de la lumière éblouissante. Vos yeux qui sont faits pour voir n'osent pas épouser la totalité de cette lumière qui est pourtant la seule signification de leur existence et la seule possibilité de leur exercice. 

       Nous sommes parfois comme ces enfants qui ont peur du tonnerre, qui entendent le bruit et qui se cachent au fond de leur lit pour ne pas voir l'éclair. Nous sommes souvent des chrétiens qui avons peur du tonnerre et de l'éclair de la Parole de Dieu. Nous entendons son roulement chaque jour, mais nous nous mettons sous notre lit, pour ne pas voir cet éclair de feu. Nous nous cachons sous nos tiédeurs, sous nos frayeurs, sous nos peurs ou nos craintes, derrière nos soucis, derrière tous ces alibis qui nous empêchent de bien voir. Nous mettons cette lumière sous notre lit, préférant, et c'est la mode, une lumière diffuse plutôt qu'une grande clarté, une lumière d'ambiance comme on dit, qui nous empêche de nous heurter aux meubles mais qui nous empêche de voir clair en nous et autour de nous.

       Souvenez-vous cet épisode de l'Exode où Moïse sur la montagne rencontre Dieu de façon totale et bouleversante et définitive, dans l'orage, dans le grondement de sa Parole et dans ces éclairs de feu qui jaillissent de sa Parole. Et Moise dialogue dans un face à face intérieur avec son Dieu. C'est à cela que nous sommes invités, chaque jour, quand nous entendons la Parole de Dieu, quand nous chantons cette Parole de Dieu qui est splendeur, quand nous célébrons cette Parole de Dieu qui est lumière sur notre route, cette Parole de Dieu d'où jaillissent des éclairs de feu.

       Nous n'ouvrons pas assez nos yeux parce que nous avons peur de la lumière. Nous savons qu'un excès de lumière brûle nos yeux. Mais ne faut-il pas que nos yeux se laissent brûler par l'excès de cette lumière de Dieu pour qu'ils soient purifiés et qu'un jour, nous puissions voir le visage de Dieu ? Car on ne peut pas voir Dieu sans mourir Il faudra même perdre son regard.

       AMEN