SIÈGE À MA DROITE
Ps 109
(2 septembre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Monthermé : Arbre de Jessé
Le roi David
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V |
ous connaissez ce psaume que nous chantons tous les dimanches à vêpres, ce psaume 109 qui a une telle importance dans la tradition chrétienne depuis ses origines. "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite !"
Aussi haut que l'on puisse remonter dans l'étude des textes de la primitive Église, ce texte a toujours été une sorte de point d'assurance, un roc de fondation pour la confession de Jésus-Christ, comme Seigneur. Vous savez à quoi il fait allusion. Quand un candidat à la royauté devait être sacré roi, il y avait plusieurs rites et l'un des rites fondamentaux était de l'asseoir sur le trône royal. A ce moment-là, au nom du Seigneur, le prophète : disait : "Le Seigneur (Dieu) a dit à mon Seigneur (le candidat à la royauté) : "Assieds-toi sur le trône, à ma droite !" S'asseoir à la droite de Dieu, c'est précisément entrer dans la familiarité avec Dieu et de venir son lieutenant sur la terre, pour gouverner le peuple et assurer sa prospérité.
Ici, dans l'interprétation qu'en donne Jésus, il y a un léger décalage : "Le Seigneur dit à mon Seigneur !" le premier seigneur c'est David ou en tout cas celui qui est supposé être tel qui dit : "Siège à ma droite !" Puisque vous dites que le Christ est fils de David c'est donc le Seigneur David qui l'invite à s'asseoir sur le trône. Et alors Jésus révèle une possibilité inattendue à ce texte. C'est que le seigneur David dit au Seigneur Dieu : "Siège à ma droite !" Comme vous le voyez l'exégèse est tout à fait audacieuse. C'est que le Christ dit : Dans le cas du Messie, comment se fait-il que David puisse dire au Seigneur compris comme Dieu : "Siège à ma droite !" siège comme successeur sur mon trône ?
C'est précisément tout le paradoxe de l'Incarnation qui est exprimé de façon très énigmatique à travers un texte de psaume qui nous paraît obscur. C'est effectivement que, sur le trône royal de David, dans la lignée charnelle de David, ce soit le Seigneur Lui-même qui ne dédaigne pas de venir prendre en main son héritage. Au fond, tout se passe comme si Jésus manifestait à la fois sa divinité, mais sa divinité sous un jour extrêmement beau : Dieu qui ne dédaigne pas de venir s'asseoir sur le trône royal de David. Et que, d'une certaine manière, ici il y aurait comme l'émerveillement, la surprise de David qui, sans trop le savoir, demande à Dieu de venir siéger sur ce trône royal.
Cela rejoint une intuition extrêmement forte en Israël, une intuition qui a traversé tout le système politique de la royauté. Les rois avaient conscience qu'ils ne pouvaient pas exercer leur rôle véritable de rois s'ils n'étaient pas assistés, s'ils n'étaient pas soutenus dans leur souci de gérer les affaires du royaume, soit par la sagesse, soit par Dieu Lui-même. Et ici, on dirait que Jésus retourne magistralement le sens du texte pour dire : Voyez, la prière et l'attente de David est comblée au-delà même de ce qu'il pouvait attendre. David, celui qui est considéré comme un seigneur parce qu'il a été effectivement le plus grand des rois de toute la lignée des rois de Juda et d'Israël réunis, ce David, aujourd'hui, commence à entrevoir que son Seigneur vient s'asseoir sur son trône. Et la merveille de l'Incarnation c'est précisément que le Christ ne dédaigne pas ce trône royal d'Israël, mais qu'Il accepte d'y prendre place pour régner en Messie qui conduira son peuple vers le royaume.
Vous savez quel a été ce trône royal de Jésus-Christ, c'est la croix. Ce trône royal n'a pas été un siège honorifique dans le palais du grand-prêtre ou du gouverneur, ce fut la dérision au moment des outrages. Et ce trône royal c'est précisément la croix dans laquelle, sur laquelle nous avons vu le Seigneur siéger pour le jugement, pour ouvrir les bras et pour rassembler en Lui, en son corps et en sa chair tout son peuple.
Aujourd'hui encore, nous qui sommes l'Église, nous qui sommes, d'une certaine manière le trône de la sagesse de Dieu, nous pouvons redire avec David et avec tous ceux qui ont espéré le Messie : "Siège à notre droite !" Fais que notre cœur soit le trône royal de ta présence et de ta sagesse.
AMEN