EN RETRAITE AVEC LES ANGES
Tb 2, 6-21
(29 septembre 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Montceaux : l'ange à l'étoile
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aphaël est un des "sept anges toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur" selon le texte que nous venons de lire dans le livre de Tobie. Et en même temps, il est "envoyé pour révéler dignement les œuvres de Dieu" nous dit encore ce texte. Plutôt que de parler ce soir sur les Archanges je vais vous proposer de nous mettre en leur présence et d'essayer, si ce n'est pas trop audacieux, de leur ressembler. Après tout, nous sommes destinés à cela et on peut bien commencer dès cette vie.
Les anges nous accueillent ce soir au seuil de cette retraite et nous savons qu'ils se tiennent eux-mêmes au seuil de la Gloire du Seigneur. Il convient donc, qui que nous soyons, de répondre à leur double appel. Raphaël disait : "Célébrez Dieu, bénissez-Le devant tous les hommes pour tout le bien qu'Il vous fait," et puis "ne craignez point car la paix repose sur vous."
A la question : pourquoi les anges volent-ils ?, l'écrivain anglais Chesterton aimait répondre avec cette finesse d'humour qui dévoile un coin de vérité : "Les anges volent parce qu'ils se prennent à la légère !" Et Shakespeare ne s'étonnait pas si "l'homme agité fait s'esclaffer les anges". La conclusion est celle-ci : celui qui se prend au sérieux reste au sol, et se perd dans la poussière asphyxiante de ses humeurs ou de ses occupations. "Cela fait un million six cent ving-deux mille sept cent trente et un, comptait l'homme d'affaires. Sept cents millions de quoi ? demanda le Petit Prince. Hein, tu es toujours là, cinq cents millions de … je ne sais plus … J'ai tellement de travail, je suis sérieux, moi … je ne m'amuse pas à des balivernes."
Les anges nous invitent ce soir à ne pas nous prendre au sérieux, mais comme eux, à nous prendre à la légère et à laisser, un instant, la scène habituelle de notre vie pour connaître, avec eux, au-delà de notre agitation permanente, parfois légitime, la paix qu'ils affirment reposer sur nous : "La paix soit avec vous !" disait Raphaël.
La nuit dans laquelle nous entrons, c'est le symbole, nous le savons, de la paix et du repos après l'effervescence du jour avec ses fatigues, ses labeurs et ses inquiétudes ou ses peurs. La retraite ressemble à une nuit, cette nuit dont le psalmiste nous dit que Dieu "sonde les reins et les cœurs et nous visite." La nuit qui nous transmet sa connaissance, la nuit où nous nous rappelons son Nom pour publier sa fidélité, la nuit pendant laquelle nous élevons les mains vers son sanctuaire, "la nuit qui, comme son jour, nous illumine".
Pendant cette retraite, les anges nous invitent à entrer dans leur louange, dans leur repos et dans leur légèreté. C'est la seule condition pour pénétrer avec eux dans la gloire du Seigneur qui est sa présence, cette présence qui ne nous écrase pas mais qui, au contraire, nous allège de toutes nos lourdeurs.
Mais saint Jean de la Croix nous avertit : "Quiconque refusera de sortir pendant la nuit, à la recherche de son Bien-Aimé, ne parviendra jamais à la rencontre." Prendre quelques heures de retraite, en début de cette année, au cœur de nos activités, dans le repos et le calme extérieur qui apaise, dans le silence et la sérénité intérieure qui libère, c'est tout simplement accepter que s'accomplisse notre désir de rencontrer Dieu, là où Il se fait pour chacun d'entre nous le plus proche.
Et j'aime ce soir à évoquer cette grande figure de contemplatif que fut le prophète Elie, et notre être peut, comme lui, murmurer : "Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens !" et "Je suis rempli d'un zèle jaloux pour mon Seigneur." Alors nos lèvres osent demander, comme l'apôtre : "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit !" Et nos oreilles écoutent attentives et en même temps séduites : "Ton Père est là, dans le secret !" Le Dieu vivant devant qui tu te tiens se tient Lui-même au plus intime de toi-même. Prie ton Père, et ton Père qui te voit, qui te regarde qui t'aime dans le secret de ton cœur, te répondra, et il te réjouira, comme les anges. Il te remplira de bonheur près de sa face, car, nous dit le psaume : "Il ne cache pas sa face aux pauvres qui crient vers Lui" et "Ceux qui le cherchent sont assurés de contempler sa face" et à leur réveil "ils se rassasieront de son visage". Alors, oui, vraiment leur nuit, comme son jour sera illuminée.
Durant ces deux jours, le silence que nous garderons n'a absolument aucune importance. Il est inutile, sauf s'il devient pour chacun d'entre nous, une précaution de l'amour de Dieu et de la prière. Les causeries que vous allez entendre ne sont pas indispensables Elles seront même peut-être inutiles, et tant mieux à moins que vous ne vous en serviez comme quelques balises pour trouver le chemin qui mène vers Dieu. Les lectures que vous pourrez faire ne seront vraiment pas nécessaires à moins que quelques distractions vous conduisent hors du chemin de la rencontre de Dieu, et que quelques mots de ces lectures puissent devenir un signe de Dieu qui vous rappelle à son incessante fidélité. Vous n'êtes pas venus ici pour ne pas parler. Vous n'êtes pas venus ici pour écouter une causerie, fusse-t-elle très intéressante. Vous n'êtes pas venus ici pour apprendre des choses sur Dieu. Vous êtes venus simplement parce que Dieu vous y a conduit par votre désir de venir. Et vous êtes là simplement parce qu'Il veut vous rencontrer, si vous voulez bien sortir à sa recherche et demeurer un instant seul, face à face avec Lui seul.
Alors, cherchez Dieu et vous le trouverez avec douceur. Et lorsque vous l'aurez trouvé, cherchez-le encore avec plus d'ardeur. Ainsi, selon l'invitation des anges, vous tressaillirez d'allégresse en bénissant son Nom, en vous rappelant toutes les merveilles qu'Il fait pour vous. Et son Esprit réveillera en vous la louange, la gloire qu'Il veut vous donner. C'est ainsi que, pendant ces quelques heures, vous adorerez en esprit et en vérité. Alors, de façon certaine, selon la parole de l'apôtre Paul, "le visage découvert, vous réfléchirez, comme en un miroir, la gloire du Seigneur, transformés que vous serez en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l'action du Seigneur qui est Esprit". Faites le lézard dans la calme chaleur de l'amour de Dieu, et faites l'alouette dans la légèreté des anges qui veulent vous entraîner vers la face et la gloire de Dieu. Cela seul suffit, le reste est inutile.
AMEN