LA PROVIDENCE
Gn 21, 1-21 ; Lc 12, 22-32
(19 octobre 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La source cachée de la Providence
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rères et sœurs, il y a entre les deux textes que nous venons d'entendre, un certain air de parenté. En effet, le Christ, quand il parle à ses disciples leur dit que fondamentalement à partir du moment où Dieu a fait d'eux des disciples, où ils sont dans la ligne de ce que Dieu a voulu pour le salut du monde, ils n'ont plus d'inquiétude à avoir. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont plus rien à penser et qu'ils doivent se laisser vivre, mais le sens même de leur vie, de leur existence, est porté par le dessein de Dieu.
Jésus donne ici une vision de la Providence qui n'est pas une sorte de ligne de partage des eaux, tantôt c'est Dieu qui agit, tantôt c'est l'homme qui agit. Il donne une vision beaucoup plus globale, il dit : Dieu a fondamentalement souci de toute sa création, et donc vous êtes vous aussi portés par ce souci, et vous l'êtes même plus, puisque précisément moi-même, votre Seigneur, je vous ai associés à cette tâche d'annoncer la salut à tous les hommes.
C'est donc bien une vision de la Providence extrêmement profonde et belle dans laquelle on n'essaie pas de tirer la couverture à soi, de mettre Dieu dans sa poche, ou je ne sais pas quel autre procédé pour essayer de parvenir à ce qu'on veut, et de mettre Dieu à son service. C'est plutôt une conception ouverte et grande de la Providence, c'est Dieu lui-même qui a le souci de donner à chacune de ses créatures une sollicitude individuelle, et c'est à l'homme de se laisser porter et guider sans vouloir pour autant la maîtriser totalement.
Or, c'est exactement ce que nous voyons dans l'histoire d'Abraham. Vous vous souvenez que lorsque Dieu appelle Abraham, il lui promet deux choses : une terre et une descendance. Abraham trouve que Dieu ne se préoccupe pas assez de la descendance. C'est pourquoi il prend une servante que la tradition appelle l'Égyptienne, Agar, qui donc n'est pas dans l'Alliance, n'est pas objet de la promesse de Dieu. Abraham considère que dans ce cas puisque Dieu ne pourvoit pas exactement à ce qu'il faut faire, c'est lui qui doit s'en occuper. Donc, il donne à Agar un enfant, Ismaël dont on vient d'entendre parler.
Evidemment, Dieu après, lui montre que d'une certaine manière il a manqué de confiance et que cependant, Dieu accomplira sa promesse coûte que coûte, et c'est ce paradoxe de la naissance d'Isaac du sein de Sara qui est déjà stérile. Or on retrouve ici une deuxième chose, c'est par l'excès de prévoyance d'Abraham qui veut se mettre à la place de la Providence de Dieu, nous trouvons ici une sorte d'excès de sollicitude de la part de Sara pour lui donner un enfant. Il faut que cet Isaac à peine sevré, ne fréquente pas le fils d'une païenne. Je vous laisse imaginer les considérants qui sont là derrière, mais c'est comme ça que Sara interprète les choses. Elle dit : Ismaël commence à jouer avec mon fils, et cela ne va pas, ils ne joueront pas dans le même bac à sable ! (c'est le cas de le dire puisque le bac à sable c'est le désert !!!). Sara décide elle-même qu'Ismaël, et donc Agar par la même occasion, doivent disparaître de sa vue. C'est donc de la part de Sara un excès par rapport à ce que Dieu a fait.
Si Dieu a rendu fécond le sein d'Agar par Abraham, Abraham étant le détenteur de la promesse il y a bien quelque chose qui doit se passer. Et c'est précisément ce qui se passe. Dieu dit à Abraham, ce que femme veut, Dieu le veut, c'est exactement le cas, tu laisses partir Agar et je la prends sous ma protection avec l'enfant. C'est l'histoire que nous avons entendu, Agar est obligée de passer par une sorte de phase où elle pense elle aussi, que la Providence de Dieu ne s'occupera plus d'elle, et cependant, Dieu pourvoit et il fait que Agar trouve un puits pour faire boire l'enfant et y boire elle-même.
C'est donc une véritable méditation sur le souci providentiel de Dieu. Contrairement à ce qu'on pense, nous n'avons pas les clés du plan de Dieu, de la Providence. Cela n'exclut pas que nous prenions des initiatives, au contraire je crois qu'il faut en prendre plus que jamais, mais il ne faut quand même pas toujours prendre nos initiatives pour la traduction exacte du plan de Dieu. Ce qui est intéressant dans ces textes, que ce soit la parole de Jésus, que ce soit le comportement d'Abraham et de Sara, c'est que Dieu se charge dans un certain nombre de cas, de faire que sa Providence elle-même devienne une sorte de correctif à la manière dont l'homme peut l'interpréter et parfois la dévier.
D'où quand même un certain encouragement qui nous montre que ce n'est pas nous qui sommes des dieux de providence à la place du vrai Dieu, mais que nous avons essayé humblement, modestement, à travers les signes qui nous sont donnés de retrouver l'orientation fondamentale su plan de Dieu et d'essayer de le servir au lieu sans cesse de la corriger, pensant que si nous étions Dieu, nous ne ferions pas les mêmes choses ce qui est quand même d'une certaine naïveté.
AMEN