LE SECRET DE DIEU
Gn 21, 5-20
(1er juillet 1983)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Saint Nectaire : Fleurs de pierre
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ous le chantions ce matin à Laudes : "Dieu, Tu es un Dieu dont le secret nous est caché!" Et il y a quelque temps, à Lourdes, j'entendais ce chant avec cette question toujours reprise au début de chaque couplet : "Qui donc est Dieu ?"et c'est bien notre question à tous, tout au long de notre vie, la recherche de ce Dieu que nous célébrons comme maintenant et que, pourtant, nous n'avons jamais commencé de vraiment comprendre, commencé de vraiment saisir, dans le secret, dans son secret.
Dans ses mémoires qui viennent de paraître, le Cardinal Wychinski écrit dans son Journal cette phrase merveilleuse : "Dès que j'imagine te comprendre, emporté par mon orgueil, Tu me prouves mon ignorance." En face de Dieu, nous sommes tous des ignorants et pourtant, chaque jour, en Église, Il nous dit sa Parole, Il se révèle à travers sa Parole.
A travers les deux lectures de ce matin, essayons de balbutier quelque peu devant ce secret de notre Dieu qui reste un Dieu caché. Dieu est un Dieu de l'impossible. Dieu est Celui qui fait l'impossible pour l'homme. Voilà que Sara, dans sa vieillesse, devient mère et elle a de quoi rire, car nous dit le livre de la Genèse "tous vont sourire" en voyant qu'un enfant est né à ce couple âgé et stérile qui n'espérait plus. Dieu peut faire l'impossible. Et à l'enfant d'Agar qui crie dans le désert, alors que sa mère croit qu'il va mourir, Dieu vient redonner vie, vient apporter la boisson et la nourriture nécessaire.
"Pour nous les hommes et pour notre Salut" comme le dit le Credo que nous chantons chaque dimanche, Dieu fait l'impossible, Dieu est le maître de l'impossible. Ce que nous n'osons même pas espérer, Lui, il l'accomplit, comme pour Sara, hier, comme pour Agar dans le désert, ainsi pour nous dans nos vieillesses et dans nos stérilités et dans les déserts où, parfois, nous nous égarons.
Et, tout en même temps, si ce Dieu fait l'impossible pour l'homme, il vit Lui-même, en son être même, l'impossible pour lui. Et c'est cette magnifique parabole des vignerons homicides, que tous, ont bien compris. Ils ont compris que Jésus parlait pour eux, Lui le Dieu de la vie, Lui, la pierre d'angle qui fait tout tenir de l'édifice de la création et du Salut a été la pierre qu'on a rejetée, que l'on a mise au rebut. Lui le vivant, l'homme par excellence a été tué par nos propres mains. Dieu accepte pour nous, pour nous les hommes, pour que nous ayons part à ce sourire auquel a eu part Sara et toute la race d'Abraham, Dieu accepte d’être un Dieu qui pleure, accepte d'être un Dieu qui soit mis au rebut de l'humanité, accepte d'être un Dieu que l'on tue alors qu'il est le vivant.
Dieu, maître de l'impossible, c'est vrai, pour la joie des hommes et passant Lui-même par un chemin qui paraît impossible pour Lui : être la pierre que l'on rejette alors qu'il est la pierre qui fait tenir l'édifice : "Tu es un Dieu dont le secret nous est caché !" Quand je commence à te comprendre, emporté par mon orgueil, aussitôt, Tu me fais comprendre que je ne suis rien. Devant le mystère de Dieu, nous ne pouvons que balbutier, nous ne pouvons avancer que par des approches successives qui jamais ne nous donnerons la totale compréhension de ce mystère car il est incompréhensible à nos intelligences et à nos cœurs d'hommes.
Dans cette eucharistie, c'est le sacrifice même de Jésus qui nous est rendu présent, sacrifice de l'impossible, de l'impossible chemin pour Dieu pour que les hommes aient part à cet impossible chemin pour eux de la joie totale. Accueillons cette eucharistie, accueillons ce sacrifice du Seigneur avec foi.
AMEN