PÈRE D'UNE MULTITUDE
Gn 17, 1-8+15-19
(30 juin 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mambré : l'enfant de la promesse
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ésormais, tu ne porteras plus le nom d'Abram mais d'Abraham, car voici que je te fais père d'une multitude!"
Frères et sœurs, la Bible est riche de ces jeux de mots et de ces changements de nom généralement imposé par Dieu ou par les parents à la naissance comme si dans le nom se gravait la destinée de celui qui vient de naître. Ici, il ne s'agit pas de quelqu'un qui vient de naître. Il s'agit d'un vieillard de 99 ans qui en a vu long sur la vie des hommes dans la cité d'Our en Chaldée et qui, à la suite d'un appel de son Dieu est parti sans savoir ni pourquoi, ni où il allait. Or ce nom signifiait sans doute : "Mon père est élevé, exalté" voulant manifester par là la noblesse du lignage. Et Dieu veut qu'Abraham ne se définisse plus par le lignage, si élevé et si noble soit-il, qui l'a précédé auparavant, mais que, désormais, Abraham soit lui-même le père et la source du lignage, le père et la source de la multitude.
La multitude ! Quelle différence entre la multitude que Dieu promet et la foule ou la masse, comme nous disons parfois aujourd'hui. La foule ou la masse, c'est précisément l'accumulation ou l'amoncellement d'individus juxtaposés les uns à côté des autres. Or, ici, la multitude en Abraham trouve le principe de son unité et de sa communion. Abraham est celui qui fait que le peuple est un seul peuple parce qu'il descend de lui, parce qu'il vient de lui. Et non pas de n'importe quelle manière mais uniquement par la bénédiction de Dieu. L'unité que trouve la multitude c'est la bénédiction de Dieu qui rend fécond le sein stérile de Sara, qui en fait la figure prémonitoire et prophétique de la vierge Marie, par son nom qui est changé lui aussi. Désormais, elle s'appellera Sara, "Princesse" et à travers ce geste et cette promesse de Dieu à Abraham, c'est tout son peuple qui, ainsi trouve son unité. Ainsi l'unité de l'ancienne Alliance, c'est l'unité en Abraham.
Et voici qu'aujourd'hui, en célébrant les premiers martyrs de Rome, nous trouvons un autre principe d'unité : c'est celui du sang des martyrs. Le sang, même jusque dans la mort, devient fécond, par la grâce de Dieu, c'est une surabondance de bénédiction. "Ceux qui, aux yeux des hommes ont paru mourir", voici qu'ils deviennent promesse et richesse de postérité. Ces hommes qui ont versé leur sang à Rome, pour le nom du Christ et dans le nom du Christ, ont été les Pères dans la foi, avec les apôtres et avec Pierre, de cette communauté et de cette Église que nous sommes aujourd'hui.
Quels que soient les moyens, que ce soit la génération, dans le mystère de la race d'Abraham, que ce soit la mort et le sacrifice, dans le mystère des martyrs qui ont donné leur vie pour et dans le nom du Christ, c'est toujours la bénédiction de Dieu qui est le principe de notre unité, qui fait que notre multitude, ce peuple que nul ne pouvait dénombrer, n'est pas simplement une masse anonyme, canalisée par je ne sais quelle puissance de Dieu, mais véritablement cette multitude qui trouve son unité dans l'unique bénédiction de l'amour et de la tendresse de Dieu.
AMEN