DIEU ÉCRIT DROIT DANS DES LIGNES COURBES !
Jon 1, 1-3
(25 juin 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, vous aurez remarqué la brièveté de la première lecture : trois versets, le début de la lecture du livre de Jonas. Et pourtant, je crois que tout est dit sur ce livre de Jonas à travers ces trois petits versets.
Il est bien connu que pour nous chrétiens plus particulièrement, le livre de Jonas fait surtout référence à la mort et à la résurrection. C'est un thème pictural que l'on retrouve assez fréquemment dans les catacombes aux côtés des représentations de Noé et de l'arche, et nous pourrions à ce titre, oublier une autre signification de ce livre. Ce livre ce n'est pas uniquement la mort et la résurrection, et nous le voyons très bien à travers les trois versets que nous avons lu, ce livre nous invite à méditer sur le rapport entre le prophète et son Dieu, d'une part, et d'autre part, le rapport entre le prophète hébreu et les nations.
cycle Premier point, Dieu s'adresse à un homme, deuxième point, il lui donne sa mission, et troisième point, l'homme fuit ! Plus exactement, la traduction ne rend pas compte de ce petit détail qui a quand même son importance, il est dit que Jonas fuit non pas le Seigneur, mais la face du Seigneur. Une des caractéristiques du prophète, c'est de se tenir devant la face de Dieu.
Deuxième chose, c'est le rapport entre Israël et les nations. Jonas est un livre très intéressant car il ne nous montre pas Israël en tant que peuple, ou en tant que peuple vivant sur une terre, il nous montre un homme déraciné, parce que c'est lui qui l'a choisi et il a fui sa mission, et le bien d'Israël dans ce livre de Jonas, ce n'est pas le temple, ce n'est pas non plus le peuple, ce n'est pas la terre, mais c'est une parole qui lui est confiée. En quelque sorte, le bien d'Israël dans le livre de Jonas, c'est le prophétisme, c'est la Parole de Dieu qui est donnée à Israël, non pas pour lui seul mais pour les nations.
Vous voyez, et nous savons tous le réflexe de Jonas, il a peur, on peut le comprendre. Si on vous envoyait en mission dans un pays avec lequel on est en guerre, et qu'on vous disait : il faut aller leur dire que je veux les détruire, je pense que nous ferions comme Jonas, nous prendrions nos jambes à notre cou, et nous irions exactement de l'autre côté. Cela aussi c'est une indication qui ne manque pas d'intérêt : Jonas fuit la face de Dieu, il refuse de suivre la mission que Dieu lui donne, et en même temps, Dieu est toujours avec lui. C'est éclairant pour notre vie spirituelle, car cela veut dire que même si nous voulons mettre un abîme entre la Parole de Dieu et notre vie, Dieu est celui qui s'arrange toujours pour être avec nous. Nous pouvons ne pas relayer la Parole de Dieu et cependant, Dieu est toujours là.
Autre point intéressant dans ce petit passage, et là, je dépasse le petit passage des trois versets, car c'est plus une réflexion globale qui touche l'ensemble du livre, il s'agit du plan de Dieu. Dieu n'a pas tout écrit par avance, et nous n'aurions plus qu'à obéir. Non, le plan de Dieu consiste en ce que Dieu épouse les méandres de l'humanité. Je trouve cela très intéressant, car dans le livre de Jonas, le plan de Dieu se réalise toujours, il épouse l'homme qui fuit et qui n'aurait pas dû fuir, il est toujours avec lui, il le sauve de la mort et il l'envoie quand même en mission. Et d'autre part, le plan de Dieu se réalise car il va jusqu'à épouser ce peuple qui était un peuple pécheur, et cela va jusqu'à la conversion de ceux qui ne devaient pas se convertir. Il ne faudrait pas caricaturer l'économie divine en disant comme Jonas à la fin : tu avais promis de les détruire, et maintenant, tu ne les détruis pas, pourquoi ? Tout simplement parce que le plan de Dieu épouse les méandres de l'homme, autant les méandres de l'homme qui fuit la face de Dieu et sa mission pour se retrouver face à Dieu, autant ceux qui au départ sont pécheurs, mais qui se convertissent. Dieu prend toujours en compte toutes les situations.
Frères et sœurs, ce petit livre, je le répète, peut nous donner de précieuses indications quant-à notre place, car nous sommes tous prophètes par notre baptême. Par notre baptême, nous sommes tous appelés à annoncer cette Parole de Dieu qui est notre plus grand bien. Notre plus grand bien n'est pas une appartenance historique ou identitaire avec l'Église ou avec une culture, mais notre plus grand bien, c'est cette grâce que Dieu nous a donné en nous choisissant, en nous disant : tu es prêtre, prophète et roi. En tant que prophète je te donne d'annoncer la conversion. Il peut nous sembler parfois trop difficile de partir en mission, et d'annoncer ce message à nos frères et sœurs, mais là aussi, comme je le disais il y a un instant pour Jonas, même si nous fuyons la face de Dieu, Dieu est celui qui viendra toujours à nos côtés, suivre nos propres méandres pour au finale, nous aider à annoncer ce message, cet évangile qui est véritablement la miséricorde et la conversion.
Frères et sœurs, que Jonas soit pour nous l'occasion dans la suite des célébrations eucharistiques que nous aurons cette semaine, où nous entendrons le récit de ce livre, que Jonas soit pour nous l'occasion de méditer sur notre incapacité ou notre volonté de ne pas suivre ce que Dieu nous demande, et néanmoins de découvrir que Dieu est là à nos côtés pour annoncer la conversion et la miséricorde.
AMEN