UNE AMITIÉ SANS FAILLE
1 S 17, 55 – 18, 5 ; Mc 8, 11-21
(16 février 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le chantre de Dieu
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rères et sœurs, étrange figure que celle de celui qui est potentiellement le roi David, celui dont nous venons de voir qu'il a tué le géant Goliath. Etrange figure parce qu'en réalité, celui qui était le roi, c'est toujours Saül qui entendait bien exercer son métier de roi et être à la tête des troupes pour combattre et défendre Israël contre le principal ennemi, les Philistins.
Comme tout roi, il a à la fois cette fonction de diriger les opérations, d'organiser l'armée et de la conduire à la victoire pour sauver le peuple. Pour nous aujourd'hui, ces catégories-là ne nous sont pas très familières, mais dans l'Antiquité, l'homme armé est une des métaphores par excellence pour parler du salut. Aujourd'hui quand on parle du salut on parle plutôt de la médecine, de la Sécurité sociale, toutes les données très paisibles et pacifiques qui expliquent le soutien qu'on peut apporter à chaque individu. A cette époque-là, la Sécurité sociale, c'était l'armée. Il s'agissait de défendre le territoire et le peuple. Il faut nous remettre dans ce contexte-là pour comprendre pourquoi il y a tant de récits guerriers dans l'Ancien Testament, ce n'est pas du tout parce qu'on était plus agressif, mais le soldat est la figure de salut.
Or, c'est Saül qui a la responsabilité la figure du salut pour son peuple, non pas un salut qui vient de lui-même, le pauvre Saül connaît suffisamment ses limites pour savoir qu'il n'est pas capable par lui-même de bien diriger. Il a fallu toute une histoire pour qu'il reçoive l'onction, pour qu'il soit reconnu par Israël comme roi. L'accession au trône pour Saül est tout, sauf claire. Il a la responsabilité, et dans le récit on voit apparaître une deuxième figure qui elle est beaucoup plus attrayante, c'est Jonathan, le fils de Saül. Jonathan à la différence de son père est un jeune homme très courageux, très loyal, et sans doute qu'il n'est pas atteint de cette maladie psychique qui va petit à petit empoisonner le cœur et la vie relationnelle de Saül. On a déjà vu un épisode où Saül demande à celui qui est pour lui un inconnu, qu'il considère comme un homme capable de bien jouer de la lyre, de venir pour l'apaiser au moment de ses crises de violence.
Le personnage étonnant c'est bien Jonathan. Il a aussi sûrement l'étoffe d'un chef de guerre, et il a un avantage sur David, c'est qu'il est le fils du roi. Qu'on se comprenne bien, la royauté de l'époque n'était pas encore héréditaire. On choisit un roi, Saül est élu comme David qui sera acclamé plus tard comme roi à Hébron. Le roi n'est pas le fondateur d'une dynastie. A Samarie, dans le royaume du Nord, on n'aura jamais de dynastie, ils se tuent les uns les autres pour prendre le trône. Jonathan est à la fois un prétendant légitime à la succession de son père s'il donne les preuves de sa bravoure et de sa sagesse militaire, mais ce n'est pas évident. Jonathan ne recevra jamais cette fonction royale, puisqu'il mourra en même temps que son père. La mort de Saül sur les montagnes de Gelboé et tout à fait inattendue.
C'est là que commence à se nouer l'intrigue de tous les chapitres que nous allons lire petit à petit, David va jouer sur le registre de la séduction. C'est un côté attachant car quel candidat à la conduite d'un peuple ne joue pas de séduction ? Alors que Jonathan va avoir un rôle très restreint, David va tout faire pour séduire. Il a séduit le roi, pourquoi Saül laisse-t-il aller David au devant de Goliath ? Peut-être pensait-il que c'était un moyen de se débarrasser de lui en le laissant tuer dans l'affrontement avec le Philistin ? Qui le dira ! Saül à la fin du combat, quand David a gagné, il pose à nouveau la question : "De qui est-il le fils" ? comme s'il l'ignorait. Saül va aller de déconvenue en déconvenue parce qu'il va s'apercevoir que celui qu'il feint d'ignorer ou d'utiliser à son service pour lui jouer de la musique, ce David prend petit à petit de l'importance. Surtout, et c'est ce qui est souligné dans le texte de ce jour, Jonathan qui ne s'y trompe pas car il a beaucoup plus de jugement que son père, pressent en David un éventuel successeur à la tête du peuple. Le rôle de Jonathan est courageux et loyal, il sait qu'en étant ami de David, il ne gagnera pas du poids aux côtés de son père, mais il sait que finalement peut-être que David est plus capable que lui de pouvoir remplir le rôle et la mission que Dieu veut confier au roi pour son peuple.
Entre David et Jonathan, il y a un petit quelque chose de ce qui se répercutera plus tard entre Jean-Baptiste et Jésus. Jean-Baptiste au départ a eu plus de succès que Jésus, mais il a su dire que le Messie ce n'était pas lui. Chez Jonathan, il y a un peu la même perspective, à la fois un lien amical très fort, et il sait la valeur de David, il se laisse séduire par David, et en même temps, il reste fidèle et loyal à son père.
C'est toujours le même problème qui se pose au rédacteur de ces récits : comment essayer de légitimer et de comprendre la succession royale ? David pouvait passer pour un usurpateur. Il aura fallu des trésors d'habilité dans le récit pour sélectionner tous les passages qui vont dans le sens de la capacité de David à succéder à Saül, et en fait, le thème de l'amitié de David et de Jonathan en est un d'une importance majeure.
Cela nous montre que la manière dont Dieu gère les choses passe parfois par des attitudes ou des relations humaines extrêmement compliquées. Il ne faut pas s'affoler, de temps en temps, on se demande comment il se fait qu'un tel ou une telle ait ce poste dans l'Église ou en politique, c'est assez inexplicable, ce n'est pas écrit dans le ciel. Ce qui est grand de la part de Dieu, c'est qu'il est capable de se servir de ces canaux parfois très complexes et parfois très obscurs des liens et des relations humaines pour finalement construire et sauver son peuple.
AMEN