LA CONQUÊTE DE LA VRAIE TERRE PROMISE
1 S 14, 24-30
(8 février 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Clermont-Ferrand : Multiplication des pains
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e qui m'a frappé dans ces deux textes, c'est d'une part, l'inhumanité d'un homme, Saül et d'autre part, l'humanité d'un Dieu : Jésus. Ce qui étonne dans le premier texte, c'est le ton péremptoire utilisé par Saül, obligeant toute son armée à jeûner, espérant ainsi gagner la guerre, tandis que dans le texte de la multiplication des pains, c'est ce laisser-aller de Jésus qui ne prévoit absolument rien, Il est parti avec ses disciples, et Il accepte de voir le programme de la journée complètement chamboulé.
Ce qui étonne dans la première lecture, même si on n'a pas fait l'école de guerre, c'est comment un militaire peut-il envoyer son armée pour combattre, le ventre vide. Certes, vous me direz que la guerre à cette époque avait une connotation religieuse, et le jeûne qui était demandé à l'armée avait un but religieux. Mais il y a un homme dans cette première lecture qui découvre la manière véritable dont la conquête de la terre peut se faire. La conquête de cette terre, on l'a vu dans pas mal de livres, comme les Juges, ou le Deutéronome, cette conquête se fait par la guerre, par les armes, par la destruction du peuple qui est en face. Jonathan va ouvrir les yeux sur le véritable sens de cette terre promise et sur la véritable manière dont cette terre promise peut être conquise. Bien sûr, quand on voit Jonathan, manger du miel, et que ses yeux s'ouvrent, on peut penser de manière physiologique qu'il était à deux doigts de tomber dans les pommes, par hypoglycémie, et que le miel lui a redonné force et vigueur pour reprendre le combat. Cependant, je pense que ce ne sont pas uniquement les yeux de son corps qui se sont ouverts, mais ce sont aussi les yeux de son cœur.
Pour mieux saisir l'ampleur de la découverte de Jonathan, revenons au Nouveau Testament à l'évènement de la multiplication des pains. Trois choses sont à considérer : l'humanité de Dieu qui ne prévoit rien, qui propose à ses disciples de se reposer, tout est renversé, on repart, ils sont poursuivis par les foules, et Jésus laisse les choses suivre leur cours, il demande à ses disciples de régler la situation et les problèmes d'intendance, les disciples font ce qu'ils peuvent, récupèrent un peu de poisson et un peu de pain et Jésus procède au miracle du pain. Il y a aussi cette atmosphère proche de l'Exode et du banquet final, atmosphère très "exodiale", parce que les gens marchent, ils ne savent pas où ils vont, ils suivent Jésus comme le peuple hébreux suivait de jour la colonne de nuée et de nuit, la colonne de feu, sans avoir rien à manger ils ont confiance, ils marchent, ils suivent, et Dieu pourvoit aux nécessités de son peuple en lui donnant de quoi subsister.
La troisième image c'est le banquet final, le banquet de l'Agneau : en plein désert, des milliers de gens assis sur de l'herbe verte, partageant un repas tellement extraordinaire que par rapport à la manne, un surplus restera après ce repas. Alors, la découverte de Jonathan et ce que voulait faire comprendre Jésus à cette foule, c'était la véritable signification de cet Exode, qui n'est pas tant pour la conquête d'une terre, ou sur l'autre, mais plutôt un exode qui est une conquête sur soi-même dans le désir de découvrir l'autre. Jésus dans cet évangile accepte de se laisser manger dans tous les sens du terme. Le don qu'Il fait par la multiplication des pains est le don de son Corps, de ce qui deviendra l'Eucharistie, mais aussi dans ses rapports avec les gens qui Le cherchent, il y a cette acceptation de se laisser manger, de donner son temps, d'accepter que les choses ne se passent pas comme c'était prévu.
Jonathan, lui dans sa découverte que la conquête de la terre ne se fait pas d'abord le ventre vide, mais qu'elle ne se fait pas non plus nécessairement contre les autres, découvre comme va le découvrir une partie du peuple d'Israël, que cette terre promise n'est pas uniquement une terre sur cette terre, mais n'est pas non plus quelque chose à reporter indéfiniment dans le futur. L'Exode de Jésus est de nous faire découvrir que cette terre promise est déjà ici, parmi nous, que ce Royaume de Dieu n'est pas un royaume à conquérir par la force ou dans le futur, dans l'au-delà, mais déjà à construire ici même. Cette communion de tous ces gens qui cherchent Jésus et la Vérité, cette communion qui se fait dans un repas, nous fait découvrir que cette terre promise est déjà ici, cette terre c'est l'Église, elle est déjà donnée par le don du Christ de son Corps et de son Sang.
AMEN