L'APPARENTE ABSENCE DE DIEU
2 S 19, 2+6-9
(7 février 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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uand nous venons à l'eucharistie, le dimanche ou chaque jour, nous venons chercher une présence. La vie nous a dispersés, même si nous avons essayé d'être attentifs, aussi au mystère du Seigneur, mais la vie nous a entraîné, et c'est normal que la vie nous entraîne, c'est fait pour cela, et donc nous avons couru notre journée, nous sommes allés au cours, faire des courses, faire tout ce qu'on avait à faire, et l'on vient ici pour se recentrer, pour se brancher sur l'essentiel. Je comprends qu'on devrait être un peu déçu quand on entend la première lecture, parce qu'on vient se brancher sur l'essentiel, on vient se bancher sur la présence de Dieu, et que nous dit cette lecture ? Elle nous dit que le roi David vient d'apprendre la mort de son fils Absalom, ce fils qui s'était levé contre son père, le fils qui avait levé une armée contre son père, ce fils qui voulait tuer son père, et David avait dit à ses trois généraux qu'il ne fallait pas tuer Absalom, mais le ramener vivant, parce qu'il voulait garder son fils. Joab a désobéi, quand le petit mulet d'Absalom s'est engagé dans une forêt, les cheveux d'Absalom se sont pris dans un grand chêne, et Joab n'a pas respecté la parole du roi, il a mis trois coups de lance dans le cœur d'Absalom.
Là, Joab est tout décontenancé parce qu'il apprend, malgré toutes les précautions qu'il avait prises pour annoncer la nouvelle du mieux possible au roi en dépêchant plusieurs émissaires, un premier qui a dit : on a gagné, un deuxième qui a dit : peut-être qu'Absalom est mort, et le troisième qui lui a dit carrément : Absalom est mort. Malgré toutes ces précautions, le roi pleure. C'est la grandeur de David, le roi selon le cœur de Dieu de pleurer la mort de son fils, même de pleurer la mort du fils qui en voulait à sa vie. Le roi pleure, il est inconsolable, et Joab est décontenancé, parce qu'il avait pensé faire plaisir au roi en tuant le rebelle, le félon. Il vient voir David et lui dit : il n'est pas bon que tu pleures, parce que toute l'armée va être désespérée, et tous ceux qui ont combattu à tes côtés ne vont pas comprendre. David va obéir, il va sortir, simplement pour aller voir l'armée, les yeux rougis de larmes.
Où est Dieu dans un tel récit ? Un général qui désobéit au roi, un fils qui en veut tellement à son père, un pauvre roi qui est désemparé par la mort de son fils. On dirait que Dieu est absent, on dirait que Dieu s'est éloigné de la scène, et pourtant, Il est là justement dans ces pleurs de David. Il est là dans ces pleurs de ce père, dans David qui pardonne à son fils, Dieu est caché comme cela, mystérieusement, comme dans nos vies, où quelquefois comme les apôtres nous sommes à ramer à vent contraire, et l'on se dit que Dieu est absent Il nous rejoint, et l'on a un peu peur. Quelquefois, la présence de Dieu nous fait peur ! Et après cela on voit Jésus qui rend la confiance à ses disciples et Jésus se laisse toucher. Mais il faut quelquefois passer par ces moments où Dieu semble complètement absent, pour goûter à travers des larmes, une présence qui vient nous rejoindre, à travers des malades qui sont soulagés par le Seigneur, de goûter la vraie présence de Dieu.
AMEN