JONATHAN, L'AMI FIDÈLE

1 S 17, 55-18, 5

(20 février 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, le passage que nous avons lu est un très beau texte et il nous présente une des figures les plus attachantes de l'Ancien Testament, celle de Jonathan.

Jonathan était le fils de Saül et de ce fait il pouvait prétendre à succéder à son père comme roi d'Israël, en tout cas, c'était une hypothèse assez vraisemblable. Quand David vient au service du roi Saül, non seulement, Jonathan s'éprend d'une grande amitié pour David, mais encore, il va délibérément se mettre à la suite de David. Il ne sait pas encore que Samuel, d'une manière secrète, a oint David comme roi d'Israël pour remplacer Saül, et donc, que David l'évincera. Cependant, d'une manière prophétique, le texte nous dit que Jonathan se dépouille de son manteau et de toutes les armes qu'il portait sur lui, son épée, son arc, et son ceinturon, tous ces signes de son rang, et donc d'une certaine manière ce qui le désignait comme le successeur de son père, il se dépouille de tous ces attributs pour les donner à David. Ainsi, Jonathan annonce prophétiquement qu'il renoncera à la royauté et qu'il reconnaîtra en David le roi d'Israël, celui que Dieu a choisi.

       La suite de l'histoire de l'amitié de David et de Jonathan nous montrera effectivement, que Jonathan défendra inlassablement David contre son père, dont nous avons vu qu'il est atteint par un esprit mauvais, qui l'emplit de jalousie, de suspicion, de délire. Un texte précédent nous a dit que David avait été convoqué pour jouer de la harpe et calmer le roi, mais bientôt devant les succès de David, le roi va être repris par sa jalousie et cherchera à le tuer. Jonathan, sans cesse, s'efforcera de prendre la défense de David, voire même de le faire échapper au risque de sa propre vie et de la colère de son père. Jonathan d'ailleurs mourra avec Saül au cours de la bataille de Gelboé et David pleurera sur son ami, et aussi sur Saül qu'il doit supplanter, et qu'il vénère cependant. Nous avons lu récemment déjà un passage où nous avons vu David pourchassé par Saül, et dans lequel David l'avait épargné alors qu'il était livré entre ses mains.

       C'est donc une sorte de rivalité entre Jonathan et David dans le bien. Non seulement Jonathan renonce délibérément à son avenir glorieux, et d'une certaine manière accepte cette mort qui va laisser la place à son ami pour être roi d'Israël. Jonathan s'offre en sacrifice, pour que s'accomplisse la volonté de Dieu sur David, le roi selon son cœur, mais de même David va lui aussi user de miséricorde et de bonté à l'égard de Saül qui le pourchasse et le persécute.

       Cette amitié de David et de Jonathan est une des lumières dans ces livres de l'Ancien Testament où nous voyons le plus souvent des rivalités, des haines, des meurtres, des usurpations. Je crois que nous devons garder là comme une sorte d'image très pure et très lumineuse de ce que peuvent être des sentiments humains inspirés par l'amour de Dieu, car c'est Dieu qui a inspiré intérieurement Jonathan, comme il a inspiré et choisi David.

       Que ces deux figures soient pour nous comme une prophétie de ce que sera le disciple véritable du Christ, celui à qui Jésus donne comme unique commandement d'aimer son prochain, son proche comme lui-même pour l'amour de Dieu.

       AMEN