ENSEMBLE, TOUT À LA FOIS, PÉCHEURS ET SAUVÉS

1 S 14, 36-45

(9 février 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

D

ieu est un peu comme les poupées, il ne sait dire que oui ou que non, c'est pourquoi quand on l'interroge, comme dans le texte de Samuel, puisqu'Il n'a pas répondu à la première demande, il faut Lui faire des signes très simples, comme dans les poupées russes qui pendent aux vitres des voitures, qu'il dise oui ou non, suivant le mouvement. Et de fait, le texte qu'il est présenté a l'air de nous dessiner une sorte de relation presque infantile et archaïque, entre Dieu et Saül et son peuple. Au fond, ce texte de divination Dieu ne veut pas tellement rentrer dans cette dénonciation : qui a péché ? D'autant plus que le péché, vous le savez, Saül avait dit : "personne ne mangera avant qu'on ait attaqué les Philistins", et Jonathan petit gourmand qu'il est, avait touché du miel du bout de son bâton. On sent bien d'ailleurs derrière ce texte, l'humour latent, la signifiance ou le décalage entre le propos, les promesses et la conquête que Saül essaie de donner à sa guerre : à la fin du texte, ils abandonnent l'idée d'attaquer les Philistins. Il y a une sorte d'emboîtement des causes entre elles qui finissent par s'épuiser, faute de combattants, c'est le cas de le dire.

       Mais derrière cela, comme souvent dans l'Ancien Testament, il y a une idée, comme une toile fond. On a vu le premier plan, on voit Jonathan et son bâton trempé de miel, dénoncé par Saül qui invoque le Dieu puissant et vengeur, et qui doit désigner, on le sait par le peuple, on le met à gauche, puis on met Jonathan et Saül à droite, le sort tombe sur Jonathan et Saül, et l'on recommence entre eux deux, et le sort tombe définitivement sur Jonathan. Au fond, le péché, si péché il y a, la faute ne vient pas d'un seul : nous sommes tous responsables. C'est ce que Dieu veut faire comprendre en ne répondant pas à l'injonction de Saül. C'est sûr en apparence que c'est Jonathan qui a péché, mais votre péché m'a contaminé comme le mien aussi vous a contaminé. Il y a une profonde solidarité, c'est épouvantable, mais c'est comme ça.

       Mais c'est la face inverse d'une réalité extrêmement positive, c'est qu'en même temps, je ne serai pas sauvé sans vous, et vous ne serez pas sauvés sans moi. Il y a une profonde solidarité qui nous unit malgré tout, et ce ne sont pas les liens d'humanité qui nous rendent solidaires, c'est le cœur même de Dieu qui nous veut comme peuple, et Il ne sauvera pas l'un sans l'autre, on est embarqués dans la même barque. Nous pouvons ensemble avoir peur, nous pouvons ensemble imaginer que parfois Jésus est trop loin, que Dieu est trop loin et passe sans nous voir. Et nous découvrirons une sorte de vase communiquant entre la relation avec mes frères et la relation avec Dieu. On ne peut pas travailler l'un sans travailler l'autre. Le frère est le laboratoire qui me sert de révélateur à ce que je vis avec Dieu. Quelqu'un qui dirait avoir une relation privilégiée avec Dieu et qui serait un "ours" parmi nous serait menteur. Il y a une communication, non pas que le prochain soit Dieu, mais le prochain est celui qui, souvent à son insu me dit quelque chose de Dieu et de ma relation avec Dieu. Dieu a voulu que ces deux relations communiquent pour nous les rendre plus vivantes, immédiats, proches, pour nous éviter de la rêver, de la transporter comme une espèce d'idéal intérieur. Une relation facile avec Dieu puisqu'Il ne répond pas. On invente tout ce qu'on veut, c'est le partenaire idéal, ce n'est pas comme entre mari et femme, avec Dieu, on est tranquille !

       Pour éviter de tomber dans cette fausse tranquillité, pour continuer à élaborer, à orner notre relation avec Dieu, Dieu nous envoie des frères qui sont sans arrêt des messagers de Dieu qui apportent des bonnes nouvelles, ou des moins bonnes, et ces nouvelles sont ce Jésus qui passe, qui semble passer loin et qui finalement vient et qui dit : "Je suis là, n'ayez pas peur, et le vent tomba".

       Frères et sœurs, aujourd'hui, demain, à tout instant, Dieu va écrire des messages qui ne seront pas des oui ou des non, qui seront des messages de chemin, d'invitation à la vie. Ecoutons-les, recevons-les comme des envoyés de ces messages de Dieu pour que nous puissions continuer à marcher avec confiance sur parfois cette mer tumultueuse qu'est notre vie.

       AMEN