LA TRINITÉ N'EST PAS UN MAILLON FAIBLE

Ex 34, 4b-6 + 8-9 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
Fête de la Sainte Trinité – Année A (22 mai 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Voilà ! Nous étions rentrés dans le temps ordinaire, et puis, patatras ! la fête de la sainte Trinité … Dimanche prochain, la fête du Corps et du Sang du Christ. Peut-être qu'on pouvait se réjouir d'avoir enfin terminé ce long temps de cinquante jours où on a l'impression qu'on vous forçait un peu la main pour être dans la joie en chantant des alléluia sans fin, et vous pensiez retrouver un prêtre avec une chasuble verte, quelques lectures ordinaires, pour un temps tout aussi ordinaire, le temps où l'on commence à penser qu'il est bon de prendre son pastis à l'ombre des platanes.

Et puis, la liturgie nous invite d'un seul coup à nous recentrer sur un mystère fondamental, celui de la sainte Trinité, et d'en faire une véritable fête. Les liturgistes savent bien que c'est une fête liturgiquement qu'ils apprécient moyennement, parce qu'elle est rentrée tardivement dans le calendrier liturgique. Il a fallu attendre le pape Jean XXII au quatorzième siècle pour que l'on fête la Sainte Trinité, sachant, que ses prédécesseurs, Alexandre II et puis Alexandre III avaient dit que ce n'était pas la peine d'avoir une fête de la Trinité. En effet, déjà dans la liturgie des Heures, nous ne cessons de dire : Gloire à Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, donc la Trinité est largement fêtée. Ce qui fait que bon an mal an, cette fête de la Sainte Trinité tombe chaque année après le dimanche de la Pentecôte, et nous-même appelons cela une fête d'idée. C'est-à-dire que c'est l'idée que nous avons que le mystère de la Trinité existe et que cela manquait à la liturgie de célébrer cette fête et donc, on rajoute une fête pour être sûr qu'on n'oublie pas ce mystère de la Trinité. C'est comme ça qu'on en a au moins trois : le Corps et le Sang du Christ, et le Christ Roi de l'univers. Ces fêtes d'idée ont la particularité de ne pas être directement comme dans les autres fêtes liturgiques, une fête du Christ, avec la célébration d'un mystère particulier du Christ, tel que l'Écriture nous le révèle. Vous pouvez prendre toutes les fêtes liturgiques : Noël, c'est la naissance du Christ, pendant le carême, les différents rencontre du Christ avec la samaritaine, l'aveugle-né, etc … ou encore, l'extraordinaire fête de Pâques précédée de la semaine sainte, avec le jeudi-saint, la croix, la passion, et mort et résurrection du Christ. Il y a des fêtes qui sont donc reprises comme celle du Corps et du Sang du Christ, cela a déjà été fêté, c'est le jeudi-saint. Ce qui fait que le prédicateur a de la peine à préparer une réflexion sur la Sainte Trinité.

Alors, que peut-on dire ? On réfléchit, et c'est un sujet tellement vaste qu'on pourrait y passer des heures. Le Père, le Fils et le Saint Esprit, on a donc le choix, on peut parler du Père, puis parler du Fils, parler du Saint Esprit, et il y en a qui s'inquiètent déjà en regardant leur montre, en se disant : on n'a pas fini ! Ou bien on peut aborder par le mystère plus occidental de l'unité, pour arriver à la notion d'un seul Dieu, car à force de parler de Dieu Père, Fils et Esprit, on a peur d'avoir un triple Dieu. C'est vrai qu'on n'est jamais loin de l'hérésie qui sont d'ailleurs un problème avec la divinité d'une des personnes de la Trinité, le Fils est-Il vraiment Dieu ou non, l'Esprit l'est-Il ou pas ? Bref, l'histoire de l'Église et l'histoire dogmatique en sont remplies.

Alors, exit, peut-être un traité de dogmatique aujourd'hui parce que ce serait trop long. Il me semble que la fête de la Trinité, et je serais assez d'accord avec Alexandre II et Alexandre III même si ces papes-là ne vous sont pas familiers, c'est un mystère toujours présent dans la liturgie comme dans notre vie. C'est peut-être bien d'avoir ajouté une fête de la Trinité, mais quand nous y réfléchissons, il n'y aurait pas de liturgie tous les dimanches, s'il n'y avait pas de Trinité. La célébration du mystère central qu'est la Pâque du Christ célébrée tous les dimanches, est un mystère où le Christ n'agit pas tout seul, ce n'est pas un individualiste, il n'est pas très contemporain de nos idées modernes qui prônent l'action individuelle. Il ne dit pas dans la liturgie : c'est moi qui l'ai fait. Le Christ nous renvoie toujours à l'action commune du Père, du Fils et de l'Esprit Saint.

Je vous propose un tout petit parcours, celui simplement de la liturgie eucharistique. J'ai commencé cette célébration en disant : "au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit", c'est le signe de la croix. Dès le départ, nous entrons dans le mystère de la Trinité. Une des salutations, qui est d'ailleurs celle que nous avons entendu dans la deuxième lecture de ce jour, c'est : "la grâce de Jésus Notre Seigneur, (le Fils), l'amour de Dieu le Père (le Père), et la communion d l'Esprit saint soit toujours avec vous". Vous avez répondu : "et avec votre esprit". Lorsque nous avons chanté le "Gloire à Dieu", c'est une longue doxologie qui dit non plus comme on le fait avec le Gloire au Père au Fils et au Saint Esprit d'une manière très courte, mais on y développe "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Jésus-Christ toi qui enlèves le péché du monde prends pitié de nous, et par le saint Esprit". Et tout à l'heure, juste après l'homélie, nous allons proclamer le Credo, ce résumé synthétique de notre foi, où sont réunis les trois articles fondamentaux : "je crois en Dieu le Père tout-puissant, en Jésus son Fils Notre Seigneur, en L'Esprit Saint" qui lui aussi est Seigneur et Dieu. Et lorsque nous allons commencer la prière eucharistique, nous allons prendre la prière eucharistique n° 3 qui montre parfaitement l'œuvre de l'Esprit Saint, du Père comme source, pour que les espèces du pain et du vin deviennent le Fils, c'est-à-dire son Corps et son Sang : "Tu es vraiment saint, Dieu de l'univers, et tout la création proclame ta louange (on s'adresse au Père), car c'est toi qui donne la vie (Il est bien source), c'est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l'Esprit Saint et tu ne cesses de rassembler ton peuple pour qu'il te présente partout dans le monde une offrande pure". Puis vient l'épiclèse, c'est-à-dire l'appel de l'Esprit Saint sur le pain et le vin et l'on dit : "C'est pourquoi nous te supplions (le Père) de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons, sanctifie-les par ton Esprit (le pain et le vin vont être remplis de l'Esprit de Dieu) pour qu'elles deviennent le Corps et le Sang de ton Fils, Jésus-Christ Notre Seigneur". L'oraison dominicale, le Notre Père, est introduite aussi par la mention : "unis dans le même Esprit (appel de cet Esprit Saint qui est en nous, dans l'Église), nous pouvons dire avec confiance la prière que nous avons reçu du Sauveur (celle que nous a donné Jésus)" et nous disons : Notre Père. A la fin de notre célébration eucharistique, le prêtre bénit en disant : "Soyez bénis au nom du Père, du Fils et du saint Esprit".

J'aime à dire que finalement, la Trinité nous la visons naturellement sans nous en rendre compte. C'est peut-être mieux. Avoir une fête de la Sainte Trinité, c'est pour nous rappeler que justement, aucune de ces personnes de la Trinité n'agit seule, et pour qu'il y ait célébration, qu'il y ait liturgie, il faut que chacun y mette du sien, le Père comme le Fils et autant que l'Esprit. Pour prendre une image, je dirais que la Trinité, c'est l'inverse de ce jeu télévisé qui s'appelle le maillon faible. La Trinité, c'est exactement l'inverse : le Père a besoin du Fils, qui a besoin de l'Esprit, qui a besoin du Père. Ils se soutiennent les uns les autres, ils ne font qu'un. Ils sont forts ensemble, et ils sont forts pour notre Salut. C'est parce que la relation est première, et l'amour en eux est premier, et c'est la dispensation du mystère de cet amour à tous les hommes, à toute l'Église qui est premier dans le cœur et dans l'action de Dieu. C'est pour cela que dans la liturgie, nous sommes invités à une danse, à la danse de la Trinité. La Trinité, c'est un peu comme une valse, si vous enlevez un temps à la valse, il manquera un élément aux trois temps. Avec le Père, le Fils et le Saint Esprit vous entrez dans la vraie relation, il n'y a pas de relation individuelle, il n'y a pas de relation pour soi tout seul, il n'y a que la relation partagée, et quand cette relation partagée devient source de vie et d'amour, cela s'appelle l'Esprit Saint. C'est ce qui nous est communiqué, pour que cette relation soit liturgie, pour que notre liturgie soit amour, que cet amour célébré soit un amour infini.

 

 

AMEN