L'ESPRIT DES COMMENCEMENTS

Gn 11, 1-9

(18 mai 1986???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

 

Saint Cirgues : Le souffle de l'Esprit 

P

armi les innombrables traits qui nous manifestent l'Esprit Saint, je voudrais en retenir un, Il est l'Esprit des commencements. Toute chose commence toujours par l'initiative de l'Esprit. La création commence par ce verset de la Genèse où il nous est dit : "Alors que tout n'était encore que chaos, un néant, l'Esprit de Dieu planait sur l'abîme", l'Esprit comme cet oiseau qui vient féconder les eaux pour qu'elles deviennent riches de toute la vie, et l'innombrable énumération des différentes espèces.

       Quand Dieu décide que nous sommes parvenus à la plénitude des temps et que toutes choses doivent trouver leur accomplissement, en envoyant son Fils sur la terre, pour récréer le monde déchu et apporter la miséricorde à tous les pécheurs, c'est encore l'Esprit qui vient sur Marie, qui "la couvre de son ombre" et qui vient façonner en sa chair la chair du Fils de Dieu.

       Quand du Christ ressuscité doit naître l'Église, l'Épouse qu'il a unie à Lui aux noces de la croix, du côté du Christ transpercé coule avec le sang de l'eau. Cette eau dont Jésus Lui-même nous avait annoncé qu'elle était ce fleuve d'eau vive, ce fleuve de l'Esprit, qui devait irriguer la création nouvelle. Et l'Église va commencer à la première Pentecôte par ce vent qui balaie tous les miasmes de l'univers et qui vient apporter le feu dans le cœur des disciples, le feu dans le cœur de l'Église, le feu pour embraser la terre entière.

       Et quand chacun de nous a commencé son existence, quand nous avons commencé de vivre vraiment, nous avons été plongés dans les eaux du baptême, nous avons été plongés dans l'Esprit de Dieu, envahis par la présence de l'Esprit, l'Esprit sanctificateur, l'Esprit vivificateur. L'Esprit a pris place au plus profond de nous-mêmes, il a établi sa demeure dans notre cœur et ne cesse jamais d'être là, au plus intime de notre vie pour mêler sa puissance divine à tous nos actes et nos pensées afin que peu à peu notre humanité soit divinisée.

       Et quand viendra le jour de la restauration universelle, quand la Pâque du Christ deviendra la Pâque de l'Église et la Pâque de la terre entière, la Pâque de l'humanité nouvelle, au dernier jour. Il nous est dit que c'est l'Esprit qui viendra ouvrir les tombeaux pour en faire jaillir les morts, selon la prophétie d'Ezéchiel : "Viens, Esprit, des quatre vents! Souffle sur ces morts et qu'ils vivent ! O mon peuple, voici que j'ouvre vos tombeaux pour que vous viviez !" Et l'Esprit nous mettra debout, comme une immense armée pour entrer dans la victoire de Dieu.

       L'Esprit c'est donc l'Esprit de tous les commencements. Toute chose commence par l'Esprit. Et l'Esprit apporte en toute chose cette saveur de nouveauté, cet élan, cette vivacité qui est le signe de sa présence. Si l'Esprit est en nous, nous sommes toujours neufs. Nous sommes toujours jeunes, toujours nouveaux. Si l'Esprit est en nous, Il est comme un jaillissement permanent, comme un surgissement constant. Et notre vie consiste sans cesse à nous mettre debout et à aller de l'avant. Notre vie n'est plus jamais un repos, un attardement, un retour en arrière, un affaissement de nous-mêmes, notre vie est sans cesse projetée plus loin, au-delà de ce que nous sommes, au-delà de ce que nous avons déjà connu et accompli. Et comme le dit saint Paul :"Oubliant le chemin parcouru", nous nous élançons en avant "afin de saisir comme nous avons été saisis nous-mêmes". Oui, l'Esprit se saisit de nous. Il nous emporte. L'Esprit c'est comme le vol de l'aigle qui fond sur sa proie et qui l'emporte dans les hauteurs des cieux. Telle est l'image de l'Esprit, de sa véhémence, de sa violence. N'oubliez pas que l'Esprit c'est ce grand vent qui ouvre toutes les portes, toutes les issues et qui ne laisse rien en repos, mais met toute chose en mouvement. L'Esprit c'est ce feu dévorant qui anime les êtres de l'intérieur, qui les consume pour en faire des torches ardentes.

       Vivre de l'Esprit c'est vivre dans ce mouvement perpétuel qui nous appelle toujours plus loin car Dieu est toujours au-delà. C'est cela la vie de l'Église. C'est cela la vie de chacun d'entre nous, car l'Église c'est le lieu de l'Esprit, et chacun d'entre nous est habité par l'Esprit. Il faut que nous soyons fidèles à l'Esprit, il faut que nous soyons perméables à l'Esprit, il faut que nous nous laissions mettre debout, il faut que nous nous laissions mettre en marche, que nous nous laissions au-delà des limites qui nous enserrent et dans lesquelles nous avons parfois envie de nous attarder, nous reposer.

       Non, il n'y a pas de repos. Il faut toujours se dresser et marcher. Que tout ce qu'il y a en nous d'attardement, d'alanguissement, que tout cela soit balayé par ce vent de l'Esprit et que nous commencions demain une vie nouvelle. Comme il est dit dans le psaume : "Aujourd'hui, je commence !" Chaque jour est un commencement, chaque jour est l'annonce du jour nouveau, du jour définitif, le jour de la Résurrection du Christ, le jour de la résurrection du monde. L'Esprit nous rappelle cela sans cesse. Soyons des vivants.

       AMEN