POURQUOI L’ESPRIT ?
Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3-13 ; Jn 20, 19-23
Pentecôte - (30 mai 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
Alors, j'ai envie de poser une simple question : pourquoi l'Esprit ? Et je vais tenter d'apporter trois réponses qui me sont inspirées par les trois lectures de ce jour que nous venons de proclamer dans la liturgie de la Parole.
Pourquoi l'Esprit Saint ? On le dit de manière assez courante, peut-être de manière un peu trop convenue, il est nécessaire pour que l'Église continue, l’annonce du message évangélique, que la Parole de Dieu se transmette. Quand des parents d'ailleurs font baptiser leur enfant, ils veulent souvent, même s'ils ne savent pas toujours le dire, transmettre quelque chose de ce qu'ils ont eux-mêmes reçu, de cette Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Ils ont envie certainement que l'évangile continue à exister. Le cœur de l'évangile c'est quand même de confesser un Dieu d'amour, de proclamer : "aimez-vous les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés", à la suite du Christ. Donc il faut annoncer encore cette Bonne Nouvelle. Il est vrai que le don de l'Esprit Saint, c'est un don pour la mission, c'est un don pour l'annonce. C'est un don pour que les hommes d'aujourd'hui puissent encore entendre qu'ils sont sauvés, puissent entendre que leur vie, quelle qu'elle soit d'ailleurs, est une vie aimée par Dieu et que cet amour a été manifesté dans le don lui-même que le Fils a fait de sa vie. Oui, Jésus a donné sa vie, et Il a demandé aux apôtres en leur donnant l'Esprit Saint d’annoncer ce message de l'évangile. Le livre des Actes des apôtres nous présente ainsi le don de l'Esprit Saint, comme un vent violent, un vent qui bouscule tout parce que la Parole de Dieu est capable de bousculer nos vies, comme un feu qui se pose sur la tête de chacun.
Mais Il y a un seul feu et différentes langues, une pour chacun. Ainsi, le livre des Actes des apôtres nous raconte que les apôtres " se mirent à parler en d'autres langues". Cela a un intérêt au moins pratique, c'est que comme il y a différentes personnes de cultures différentes dans la ville de Jérusalem, même si chacun doit bien baragouiner un peu le grec qui était l'anglais de l'époque, il est louable d’entendre parler dans sa langue. Non seulement dans cette langue maternelle qu'ils ont apprise, mais aussi la langue, c'est-à-dire les mots que l'on emploie, les cinq cents mots de notre vocabulaire ou au contraire la langue très élaborée du plus cultivé ; chacun l'entend dans sa langue. Un Esprit qui nous est donné, pour quoi ? J'aimerais dire pour le courage de l'autre. Je cite Olivier Clément qui disait : "Savoir la langue de l'autre, c'est surtout en définitive, parvenir à l'éveil réciproque des cœurs". Très souvent, nous croyons que la nouvelle évangélisation, la mission, c'est simplement apprendre un catéchisme de questions-réponses. Mais cela n'a jamais sauvé personne les questions-réponses d'un catéchisme. Ce qui sauve, c'est d'entendre le témoin nous dire combien Jésus est présent, qu'Il est près de nous, nous dire combien Jésus est là, qu'Il nous aime, et que nous partageons le même don de l'Esprit, et que cette Parole a été donnée à tous. Mais pour cela il me faut aller vers l'autre, avoir le courage de l'autre quel qu'il soit. Il n'y a pas de discrimination dans l'Église. Il n'y a pas de gens moins bons ou moins mauvais dans la communauté des chrétiens. Il y a simplement des personnes qui parlent parfois une langue différente, mais tous, nous pouvons nous entendre, parce que si je fais l'effort d'annoncer, c'est que je fais l'effort de comprendre, si je fais l'effort de parler c'est que j'ai fait l'effort de connaître, et je suis capable de l'autre parce que j'ai le courage de l'autre. Pourquoi l'Esprit Saint ? Pour ce courage-là.
Pourquoi l'Esprit Saint ? Deuxième réponse qui m'est inspirée par la deuxième lecture, celle de saint Paul. Je ne sais pas si vous l'avez bien entendue, c'est un texte bien connu : il y a différents charismes dans l'Église on pourrait dire, différents services ou différents ministères. En somme, tout le monde ne fait pas la même chose, tout le monde peut-être ne peut pas faire la même chose. Et c'est tant mieux ! L'Église n'est pas une armée. La foi chrétienne n'est pas pour rendre uniforme. Nous ne sommes pas formatés de la même manière. Mais, ce qu'il y a, c'est que le don de l'Esprit Saint, nous dit saint Paul, nous est donné pour que l'Église soit un corps, pour que chaque membre différent puisse exister et pour donner réalité au corps, parce que le corps n'est pas fait que d'un membre. Mais la pointe de l’exhortation de Paul est lorsqu’il dit : "Nous avons reçu de Dieu le don de manifester l'Esprit pour le service du bien commun". On croit toujours finalement que l'Esprit Saint est quelque chose d'extérieur qui nous arrive d'en haut. Or, comme nous allons le faire pour les enfants tout à l'heure par le baptême, nous les baptisons dans l'eau et l'Esprit Saint. Ce qui veut dire que l'Esprit est donné à chacun et que ce don doit servir. Ce don est fait pour que l'Esprit Saint soit manifesté par nous, et par le service que nous allons rendre les uns aux autres.
Pourquoi l'Esprit Saint ? Cet Esprit nous est donné pour le service de l'autre. Je vais prendre un exemple tout simple, la personne qui fait la liturgie des enfants (elle ne m'entend pas, donc elle ne le saura pas, sauf si on lui répète), cette personne m'a dit dimanche dernier alors qu'elle faisait l'inscription pour la liturgie des enfants : voilà, j'ai une idée pour votre prédication (c'était bien, j'en manquais), est-ce que vous pouvez dire que la liturgie des enfants ne demande pas beaucoup ni de temps ni de courage, c'est facile à faire, tout le monde a reçu l'Esprit Saint, on peut le faire. Elle a raison, parce que les deux dames qui se sont inscrites pour le dernier trimestre ce sont deux dames qui font cela depuis vingt cinq ans. Autant dire qu'elles n'ont plus d'enfants à elles à la liturgie des enfants. Mais à travers ce simple exemple, et je ne juge personne, je veux simplement dire qu'effectivement le don de l'Esprit Saint ne va pas passer aujourd'hui par des petites flammes de feu qui vont tomber sur nos têtes, mais Il va passer par le fait que nous nous mettons au service les uns des autres. Nous avons reçu le don de l'Esprit pour le service de la communauté, du bien commun, des autres. Autant dire que nous l'aimons et que nous voulons parce que nous l'aimons lui rendre service. Etre chrétiens, finalement, c'est faire partie de la même famille, et l'on ne fait pas partie de sa famille en se servant de sa famille simplement comme d'un hôtel, où l'on vient prendre ses repas et éventuellement de temps en temps participer à quelque chose. Non, faire partie d'une famille, c'est exister en son sein, c'est être les uns avec les autres. Là, il n'y a personne qui soit exclus, ni de ce service, ni donc de l'Église. J'aimerais vous citer ce que saint Ambroise de Milan disait dans les premiers siècles de l'Église : "Celui-là seul participe au Christ qui se tient uni à tous les membres de son Corps. Riche, il ne dit pas au pauvre : tu ne m'es pas nécessaire. Fort, il ne le dit pas au faible, sage, il ne le dit pas à l'homme qui n'a pas de sens. Il fait partie du Corps du Christ qui et l'Église. Oui, celui-là seul participe au Christ qui se tient uni à tous les membres de son Corps". Etre unis à tous les membres du Corps, c'est bien être nécessaires. Nous sommes chacun d'entre nous, nécessaires l'un pour l'autre, pour être cette Église, "nous sommes appelés chacun à manifester l'Esprit pour le bien commun dans le service de l'autre", nous dit saint Paul.
Pourquoi l'Esprit ? Troisième réponse qui m'est inspirée de l'évangile de Jean. Jean n'a pas eu de chance, il nous rapporte deux gestes très importants de Jésus. Le premier du lavement des pieds de ses disciples le jeudi saint. Mais ça n'est même pas devenu un sacrement. Et il y a un autre geste, c'est celui que Jésus fait aujourd'hui, et c'est très étonnant, ce n'est pas non plus devenu un sacrement. Pourtant Jésus vient, c'est la Résurrection, Il a montré ses mains et ses pieds crucifiés, et puis, Il dit : "Paix soit à vous". Et voilà le geste : Il souffle sur ses apôtres. J'imagine Jésus prenant dans ses mains de crucifié, la tête de chacun de ses apôtres, il l'incline légèrement, et Il souffle sur eux. Ce souffle, c'est le terme qui, en hébreu, a donné le mot Esprit. Cela rappelle que dans le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse, Dieu a façonné l'homme avec de l'argile, et quand avec toute cette boue Il a fait un homme, ce n'était pas encore un homme. La Bible nous dit : "Dieu a soufflé dans ses narines". Comme si Dieu avait des lèvres et avait posé ses lèvres sur les narines de l'homme pour lui transmettre son souffle, pour lui dire : tu es spirituel.
Pourquoi l'Esprit Saint ? Je crois que nous recevons l'Esprit Saint pour célébrer le don de l'Autre. A la fois le don du Tout Autre, Dieu et le don de tous les autres. Célébrer, à savoir : rendre grâces, dire merci, avancer en enfants de lumière, être reconnaissants de l'amour que Dieu nous donne. Et toute notre liturgie aujourd'hui veut l'exprimer : être dans la joie parce que le Tout Autre, Dieu, se donne et que parce que tous les autres nous sont aussi donnés comme frères. Dans la fin du livre de saint Jean, l'Apocalypse, il est dit : "L'Esprit et l'Épouse disent : viens". C'est le résumé de toute célébration. C'est le résumé de toute cette action de l'Église qui amène l'homme à se rendre compte qu'il s'est passé quelque chose dans son cœur, il s'est comme "pascalisé" quelque chose dans son cœur. Christ est passé. Oui, n'en restons pas à notre péché : "ceux à qui vous les remettrez, il leur seront remis" dit le Christ après avoir soufflé sur ses apôtres. Nous n'en restons pas à notre mort, nous n'en restons pas à ce qu'il y a de mal, mais nous passons et nous célébrons, c'est-à-dire, nous disons merci pour la vie, pour la grâce, pour le don de Dieu, pour le don de chacun d'entre nous.
Il y a une prière que j'aime beaucoup, qu'on a dite hier, c'est la prière d'ouverture du samedi de la septième semaine après Pâques. C'est donc la dernière prière qu'on dit avant la fin du temps pascal qui a commencé à Pâque et qui se termine aujourd'hui, cinquante jours après. Cette oraison dit ceci : "Au terme de ces fêtes pascales, accorde-nous, Dieu tout puissant, de garder la Pâque de ton Fils présente dans toute notre vie." Autrement dit, - le jour de Pâques, nous avons célébré le Christ ressuscité, et nous avons baptisé des adultes, des enfants en âge de scolarité, jusqu'au jour d'aujourd'hui, la Pentecôte, où nous célébrons le baptême de cinq enfants, où quatre enfants vont recevoir aussi pour la première fois le corps et le sang du Christ -, nous disons au Seigneur : désormais, nous savons que Tu nous aimes parce ce que Tu nous as sauvés. Désormais, nous savons que ce n'est pas simplement aujourd'hui au cours de cette eucharistie, mais dans toute notre vie, dans toutes nos actions, dans tout ce que nous vivons, que nous te rendons gloire pour le salut du monde, pour ta gloire, c'est-à-dire ton amour, manifesté dans nos cœurs. Désormais ton souffle célèbre en moi ta Pâque, désormais l’autre est sacrement.
Pourquoi l'Esprit Saint ? Pour le courage de l'autre, pour le service de l'autre, pour célébrer le don de l'autre. Alors, Église, mon Église, qu'as-tu fait du don de l'Esprit ?
AMEN