LE MIRACLE DES LANGUES
Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3-13 ; Jn 20, 19-23
Pentecôte - (11 juin 2000)
Message germanophone à la paroisse Saint Jean de Malte
Homélie complémentaire en français du Frère Daniel BOURGEOIS
Que signifie la langue aujourd'hui ? Vous êtes bien placés pour le savoir puisque vous écoutez des tas de choses en langue étrangère. La langue signifie deux choses : d'abord la communauté humaine, et l'auteur de la Genèse l'avait bien cerné. Pourquoi, et c'est une sorte de scandale, pourquoi l'humanité qui est nécessairement conçue comme un tout, ne parle pas la même langue ? La langue, c'est la communauté humaine. Et la deuxième chose : c'est le début du pouvoir technique, et c'est exactement ce que font les gens à Babel. Dès qu'ils sont rassemblés et qu'ils peuvent parler ensemble, de quoi parlent-ils ? Ils parlent de bâtir une tour qui touche le ciel, ils expriment leur être ensemble, leur pouvoir parler ensemble, en construisant cette grande tour.
Ces deux caractéristiques de la langue, l'unité de l'humanité, la communion entre les humains se réalisent d'ailleurs encore maintenant, par cultures, par pays, par peuples, puisqu'il y a plusieurs langues. Mais en même temps cette utilisation de la langue comme affirmation, du pouvoir technique touche la fragilité de notre condition humaine. A la fois cette unité n'est pas évidente, puisque nous parlons plusieurs langues, et en même temps l'utilisation de la langue peut être toujours une sorte de manipulation technique du monde qui peut aller jusqu'à s'élever contre Dieu.
A partir de là, on peut comprendre quelque chose de la Pentecôte. La Pentecôte est une nouvelle expérience du langage et de la langue. D'une part, c'est vrai que les nations restent les nations, les peuples restent les peuples et les langues restent différentes, mais si nous pouvons célébrer aujourd'hui, et de fait, nous célébrons aujourd'hui et pourtant, nous parlons des langues différentes, c'est par la puissance même de l'Esprit, et c'est là le miracle de la Pentecôte, c'est que la puissance même de l'Esprit est capable de faire s'entendre les hommes dans la différence des cultures, des langues et des peuples qui les constituent en humanité. Mais à une condition, ce n'est pas nous qui maîtrisons les choses, c'est l'Esprit qui parle et qui saisit les apôtres, et c'est pour cela que la première réaction des spectateurs, c'est de penser que les apôtres sont possédés, ils ne parlent pas d'eux-mêmes, ils sont saisis par autre chose, et Pierre leur explique par quoi ils sont saisis. Ils sont saisis par la puissance de l'Esprit qui les fait parler et les fait célébrer les merveilles de Dieu, c'est la première chose.
La deuxième chose concerne la maîtrise technique du monde. Je crois qu'aujourd'hui on est arrivé à un point qui à certains moments devient inquiétant, je pense surtout au domaine de la génétique. Cela restera toujours notre grande tendance à nous, humains, par le truchement du langage de vouloir maîtriser le monde. Les vieux rêves scientistes ne sont pas morts. Mais qu'est-ce que l'Église ? l'Église est-elle une maîtrise de l'humanité sur elle-même ? Est-elle un pouvoir technique de l'humanité sur elle-même ? l'Église est-elle ce moyen dont un peuple d'hommes, sous prétexte d'inspiration divine, géreraient par eux-mêmes et pour eux-mêmes leur propre destin ? Et bien non, et ce que nous appelons la Pentecôte, et c'est aussi un des aspects de ce Jubilé de l'an deux mille, c'est que lorsque l'Esprit est donné à l'homme, c'est pour que l'homme accepte une certaine gratuité, une certaine ouverture, une certaine disponibilité de son cœur pour accueillir la puissance de Dieu. On comprend alors que ce n'est pas l'humanité qui se fait et se construit elle-même, mais c'est l'humanité qui se laisse façonner par Dieu.
Qu'en cette fête de Pentecôte de l'an deux mille cette expérience de la diversité des langues nous aide à mieux reconnaître ce qui fait véritablement notre unité et notre avenir, la manière dont l'Esprit Saint gratuitement et généreusement nous construit en un seul peuple.
AMEN