RESPIREZ LARGE FORT!
Ac 2, 1-11 ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-26
Fête de Pentecôte – Sacrement de Confirmation - année C (dimanche 5 juin 2022)
Homélie de Monseigneur Jean-Louis BRUGUES
Que l’assistance veuille bien me pardonner si je m’adresse tout particulièrement aux confirmands même si, bien sûr, il n’est pas exclu que tel ou tel propos intéresse le plus grand nombre.
Sept confirmands qui, ce matin, sont venus avec dans leur habillement quelque chose de blanc, parce que si je m’inspire de ce tableau ici qui représente le Christ dans sa résurrection, le blanc est la couleur de la résurrection et donc la couleur du baptême. Au moment du baptême, ils ont revêtu le Christ ressuscité et donc ils portent ce quelque chose de blanc qui rappelle le vêtement blanc qu’ils avaient reçu à ce moment-là. C’est donc un petit signe, rappel du baptême.
Le baptême, le premier sacrement, celui des débuts, des commencements, le sacrement de l’alphabet de la vie chrétienne. Si vous voulez lire, il faut commencer par apprendre l’alphabet. C’est donc le sacrement indispensable de ceux qui veulent entrer dans l’aventure, dans la vie chrétienne. Mais si l’alphabet est nécessaire, il ne suffit pas à nous faire entrer dans la grande littérature, la grande aventure. Nous avons besoin de porter ce sacrement de baptême à sa conclusion, à son achèvement qui lui est indispensable.
C’est bien cela le sacrement de la confirmation. Soit-dit en passant, je regrette que beaucoup, que trop de chrétiens se contentent de l’alphabet. C’est quand même mieux de pouvoir lire les grands auteurs dans le texte. Cet achèvement nous est rendu possible, cette conclusion, grâce à l’Esprit. C’est le sens de la fête d’aujourd’hui, la vie dans l’Esprit, mais cet Esprit par définition invisible, comment en parler ?
J’ai le souvenir du temps où j’étais évêque de ce bon diocèse d’Angers, d’avoir rendu visite à une petite paroisse et j’avais tenu à parler d’abord aux enfants. Je leur avais demandé ce qui dans une église symbolise, manifeste la présence du Christ. Beaucoup de doigts s’étaient levés : l’autel, le tabernacle, la croix, le livre, vous-même Monseigneur (j’avais ajouté : vous aussi, l’assemblée)… Il y a dans une église plusieurs manières de rendre présente cette vie du Christ, du Fils. Mais quand j’ai posé la question de savoir comment dans une église on rend présente la troisième personne de la Trinité, l’Esprit, comment sentir l’Esprit… Silence parmi les enfants jusqu’à ce qu’une petite fille de huit ans lève la main et nous dise : « L’espace ! » Réponse magnifique car quand nous entrons dans une église, ce qui nous surprend d’abord, avant d’examiner tel ou tel objet, la croix, l’autel etc., c’est l’espace et il arrive que nous en ayons le souffle coupé. Je me rappelle être entré dans ces églises immenses de la cathédrale de Séville ou dans celle de Milan : on reste la bouche ouverte ou, plus exactement, on se met à respirer autrement, comme si l’espace devenait le souffle indispensable de la vie chrétienne.
Dans un moment, le cierge pascal va être éteint. Il symbolisait la présence du Christ ressuscité, nous l’avions allumé lors de la vigile pascale, il nous a accompagnés tout ce temps pascal et aujourd’hui, il va s’éteindre, ce qui signifie que nous ne pourrons plus avoir de rapport, de relation physique avec le Christ. Rappelez-vous le jour de la résurrection, même lorsque Marie-Madeleine, celle que les Provençaux vénèrent de manière particulière, se trouve dans le jardin qui rappelle le jardin premier et qu’elle voit quelqu’un qui ressemble à un jardinier, elle s’approche, elle le salue et elle le reconnaît et la réponse de Celui qui est ressuscité est : « Ne me touche pas ! » Désormais, nous ne pouvons plus toucher le Christ. Même dans la ferveur de nos prières, même dans la chaleur de nos assemblées, il n’est plus possible d’avoir ce contact des premiers apôtres, des disciples avec le Christ. C’est ce que nous célébrions lors de l’Ascension. Il est parti et si nous avons de l’amitié pour Lui, nous devons nous réjouir de ce qu’enfin, après avoir accompli sa mission, Il retrouve la place qui était la sienne auprès du Père.
Vous allez me dire que ce que j’annonce là est triste. Pas du tout, parce que nous sommes dans un régime d’amitié. Par amitié, nous sommes heureux que le Christ ait retrouvé sa place et par amitié, le Christ nous envoie ce qui nous est le plus nécessaire, le plus indispensable, ce qu’il y a de plus précieux : l’Esprit. Dans l’évangile qui vient d’être proclamé et chanté, vous avez noté que la première appellation de cet Esprit, c’est l’Esprit de Vérité. Mais vérité de quoi ? D’abord vérité du Christ. Pour entrer dans cette personne du Christ, il n’y a pas de guide plus sûr que Celui qui de toute éternité a vécu dans son intimité, Il le connaît mieux que personne. Par conséquent, si nous voulons déchiffrer et faire l’apprentissage de ce mystère du Christ, nous avons besoin de passer par Lui, son Esprit. Et pour pouvoir L’aimer, il n’y a pas de guide plus sûr que Celui qui est le lien, le rapport, l’amour qui lie entre elles les personnes divines. Celui qui a cette expérience de toute éternité de l’amour de Dieu est le mieux à même de nous communiquer cet amour de Dieu.
Lorsque le Christ nous demande de nous aimer les uns les autres comme Lui-même nous a aimés, il n’y a pas là non plus de guide plus sûr que Celui qui est le spécialiste des amours, le guide des amours divines, et par conséquent le guide des amours terrestres, de toutes les amours terrestres.
Si vous avions simplement célébré le sacrement de la confirmation, j’aurais dit une prière que je trouve magnifique et qui, en quelques mots, rassemblent tout le sens de ce sacrement : « Dieu miséricordieux, envoie vers nous ton Esprit Saint, qu’Il trouve en chacun de nous sa demeure et nous transforme en temple de sa gloire ». Sa demeure, Il l’a déjà trouvée, vous êtes déjà habités par Lui à partir de ce baptême dont vous faites mémoire, il vous reste – et c’est là tout le sel de la vie chrétienne – à vous laisser transformer. Transformer en temple de gloire de telle sorte qu’à votre contact, dans ce que vous direz, dans ce que vous ferez, par le témoignage de votre vie, les autres, les frères, les prochains, puissent toucher quelque chose de la gloire de Dieu.
Alors, bon vent, bon souffle, belle mission, respirez large, respirez fort !