INVITÉS À ENTRER DANS LA VIE TRINITAIRE
Ez 36, 23-28 ; Jn 7, 37-39
Samedi de la septième semaine de Pâques – C
(2 juin 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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vant de remonter vers son Père, Jésus disait à ses disciples"... Cette phrase a scandé de nombreuses lectures depuis quelques semaines, en nous introduisant dans un dialogue entre Jésus et ses disciples où Jésus a révélé qui Il était, dans cette atmosphère d'intimité avec ses disciples, dans de longues phrases, habité par des mots qui nous parlaient de l'amour, de la connaissance, des mots sur l'union, sur l'unité. Et aujourd'hui, la veille de la fête de la Pentecôte, dans un autre passage de saint Jean, au chapitre sept, Jésus crie. Il se met debout, Il n'est plus autour d'une table avec ses disciples, à quelques heures du début de sa passion, Il est debout, devant tous les juifs et Il va crier pour rappeler, pour révéler un désir. Peut-être l'avez-vous remarqué dans tous ces chapitres que nous avons lu ces dernières semaines, dans lesquels Jésus se révèle à ses disciples, il est parfois un peu difficile de comprendre ce que Jésus veut leur révéler, et d'ailleurs, ils ne comprennent pas toujours, comme nous-mêmes. On a l'impression d'arriver dans une impasse, et aujourd'hui, Jésus dans une autre fête, la fête des Tentes, qui a lieu en septembre, octobre, au moment de l'automne, Jésus se met à crier. Les apôtres, comme les juifs, au moment de cette fête ne comprennent pas exactement le désir qui devrait les habiter. En effet, cette fête célébrée au moment de l'automne, parmi toutes ses significations, est aussi un moment où les juifs attendent avec impatience la pluie. C'est simple et concret, peut-être pouvons-nous l'oublier nous, aujourd'hui, alors qu'il pleut si souvent et parfois beaucoup trop, mais sans eau, il est bien difficile de manger. C'est vrai qu'à cette époque de l'année, les agriculteurs n'ont qu'une seule envie, c'est de pouvoir cultiver pour produire une nourriture, et donner à manger. A la base de tout cela, il y a l'eau. Jésus en se levant et en criant : "Que celui qui a soif vienne à Moi" va leur faire prendre conscience de quelque chose de particulier, de plus important, c'est que l'eau n'est pas simplement un élément extérieur qui permet aux plantes de pousser, l'eau n'est pas uniquement un élément extérieur qui nous permet de vivre, mais l'eau est un élément qui est véritablement constitutif de notre nature humaine. Quand nous nous regardons, nous voyons des êtres solides, et nous oublions quelquefois que nous sommes avant tout liquides ! Nous sommes constitués en grande partie de liquide, d'eau.
Jésus en révélant l'importance de l'eau comme constituant la nature humaine, révèle aussi ce qu'est le véritable désir de l'homme qui est d'être comblé par quelque chose qui est dans sa nature, qui est au plus profond de son être et qu'il a quelquefois oublié, qui est cette vie avec Dieu. Alors, là aussi pour conserver cette ambivalence intérieur-extérieur, je crois que le texte d'Ézéchiel que nous avons lu tout à l'heure, nous montre aussi l'importance de ce rapport avec quelque chose qui est extérieur et ce qui nous est intérieur. Comme Jésus nous révèle l'intériorité de l'eau, Ézéchiel nous révèle aussi que la Loi n'est pas uniquement quelque chose qui nous est extérieur, mais qui nous est donnée par Dieu et à laquelle nous obéissons sous une motion intérieure qui est le don de l'Esprit. En fait, que ce soit Jésus vis-à-vis de ses apôtres, ou vis-à-vis des juifs, que ce soit Ézéchiel vis-à-vis de ses contemporains, une chose est fondamentale à comprendre, les gestes que nous posons, les gestes que nous pouvons vivre, les choses que nous pouvons désirer ne sont pas des choses qui nous restent extérieures, mais ce sont plutôt des dons, des désirs que nous avons nous, qui nous habitent et qui nous constituent. Le thème de l'unité dont il était question dans les textes que nous avons lu les semaines précédentes, peut prendre une coloration différente. L'unité ne va pas nécessairement être deux choses qui vont se coller l'une à l'autre, restant complètement étrangères, mais l'unité, l'union va être quelque chose qu'on va vivre de l'intérieur, en communion, et cela va nous permettre de nous introduire dans une autre vie. Ainsi, quand on parle de la vie trinitaire, de Dieu qui est trois, le Père, le Fils et l'Esprit, on a le sentiment que ce sont des choses qui sont bien loin de notre vie. Alors que par la connaissance et par l'amour, ce dont Jésus nous a parlé avant sa Passion, et par le don de l'Esprit Saint, ce qui nous est donné, c'est de rentrer dans la vie trinitaire.
Frères et sœurs, dans cette journée qui précède le don de l'Esprit, dans la fête de la Pentecôte, n'oublions pas que ce don de l'Esprit a pour but de nous faire entrer dans cette vie, dans cette intimité avec Dieu, dans la Trinité, pour vivre ce cœur à cœur avec Dieu.
AMEN