L'ESPRIT SAINT MUSIQUE DE DIEU
Ez 36, 23-28 ; Jn 7, 37-39
(21 mai 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pontarlier : Détail des stalles
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landine, Stéphanie, Jean-Patrice et Sébastien, vous êtes rassemblés ce matin au milieu de nous parce que vous désirez recevoir pour la première fois le corps et le sang de Jésus. Vous vous êtes préparés depuis un certain temps, vous êtes allés au catéchisme, vous avez appris à connaître Jésus, vous commencez un peu à l'aimer, à vous rendre compte que ce n'est pas facile tous les jours et vous avez envie de le recevoir. Mais même si vous, vous vous êtes préparés, en réalité, c'est Jésus qui vous a invités.
C'est ce qu'on a lu tout à l'heure dans l'évangile : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi !" C'est Jésus qui le dit, c'est Jésus qui invite. Alors, aujourd'hui, peut-être que vous avez faim de recevoir Jésus, mais sachez bien que vous n'auriez pas faim si Jésus n'avait pas mis dans votre cœur ce désir que vous avez, aujourd'hui, de le recevoir. C'est donc Jésus qui vous invite. Et c'est la même chose pour nous tous aujourd'hui. Souvent on ne s'en rend plus compte, on n'y fait plus toujours attention, mais on devrait y penser chaque fois. Chaque fois que nous allons communier, ce n'est pas nous qui décidons d'y aller, c'est d'abord Jésus qui nous y invite au fond de notre cœur.
La deuxième chose, c'est que quand on pense qu'on va communier, on pense qu'on va manger un petit morceau de pain et boire une gorgée de vin. Et l'on se dit c'est un petit quelque chose que l'on mange, que l'on avale, comme lorsque l'on mange quelque chose on le prend en soi. En réalité, c'est un peu le contraire. Ce n'est pas nous qui prenons Jésus en nous, c'est Jésus qui nous prend en Lui. Ce n'est pas tellement nous qui le mangeons que Lui qui nous enveloppe et nous embrasse.
C'est encore une chose que Jésus a dite et que l'on a entendu dans l'évangile de tout à l'heure : "De son sein", c'est-à-dire du cœur de Jésus, "couleront des fleuves d'eau vive", des flots d'eau vivante. Des flots, ça veut dire des fleuves. On ne boit pas les fleuves, ce serait très fatigant, mais c'est précisément pour nous montrer que la vie de Dieu qu'il y a dans le pain et dans le vin c'est comme un grand fleuve. C'est comme une énorme masse d'eau qui nous envahit. Autrement dit, ce n'est pas nous qui prenons un peu de Jésus, c'est Jésus qui nous prend tout entiers dans le grand flot de son amour.
L'Esprit Saint, la vie de Dieu, l'Esprit de Jésus que nous recevons aussi dans le pain et le vin de l'eucharistie, c'est ce qui nous saisit, c'est ce qui est plus grand que nous, qui nous enveloppe et qui nous fait grandir. Quand on reçoit l'eucharistie, quand on reçoit le baptême, quand on reçoit n'importe quel signe de l'amour de Dieu pour nous, ce n'est pas nous qui prenons un peu de Dieu pour nous, c'est Dieu qui nous prend tout entier, qui vous prend tout entier pour Lui.
Cela veut dire beaucoup de choses pour notre vie. Cela veut dire qu'on ne met pas Dieu dans son cœur comme on cacherait un bijou précieux dans un petit écrin pour le garder. Au contraire, Dieu est trop grand pour nous, et Il nous fait grandir. Le désir de Dieu, le désir de Jésus lorsqu'Il nous donne son corps et son sang, et c'est la même chose pour le Saint Esprit, ce n'est pas de nous laisser vivre avec nos petits soucis, nos petites affaires, nos petits projets, c'est de nous faire vivre et grandir dans l'amour de Dieu. Et c'est cela qui est parfois si difficile dans la vie des chrétiens. Et peut-être que vous sentez déjà que l'amour de Dieu remplit le cœur et que d'une certaine manière, le fait éclater et nous envahit. Et je voudrais l'illustrer par quelque chose qui m'est arrivé tout à l'heure.
On me demande parfois où je prépare mes sermons, et bien, ce matin, je l'ai préparé sur le Cours Mirabeau. Je suis allé faire une course et il y avait un groupe de musiciens extraordinaire qui jouait du Jazz sur un banc, avec d'énormes instruments, des cornets, des trombones à coulisse, des trompettes, des clarinettes, c'était très beau. Vous savez les trompettes ont un son extrêmement beau et fort mais très agréable. Et je me disais : au fond, quand on reçoit l'Esprit Saint, quand on reçoit le corps et le sang du Christ, on est comme tous ces gens rassemblés autour des musiciens. La musique, on ne la voit pas, mais elle nous envahit tout entier, elle est là qui nous enveloppe, qui nous saisit et qui nous met le cœur en fête. C'est étrange, on ne peut pas attraper la musique avec les doigts, avec les mains, on peut tout au plus faire jouer nos doigts sur les pistons de la trompette ou du trombone à coulisse, mais la musique nous envahit, elle nous saisit le cœur, elle saisit notre être tout entier et elle nous rend heureux.
Pour vous comme pour nous, quand nous allons communier, quand nous nous préparons à cette fête de la Pentecôte, nous sommes comme les badauds qui étaient avec moi ce matin sur le Cours Mirabeau en train d'écouter les musiciens. Le Saint Esprit c'est la musique de Dieu, une musique qui nous enveloppe, une musique qui nous saisit le cœur, qui nous saisit les oreilles et qui nous rend profondément heureux.
Alors c'est ce que je vous souhaite aujourd'hui. Vous allez recevoir le corps et le sang du Christ. Et bien, recevez-les avec l'Esprit Saint, recevez-les comme la musique de Dieu. Qu'ils vous mettent le cœur en fête. Le cœur en fête pour aimer, le cœur en fête pour être au service des autres, le cœur en fête pour savoir se donner, pour savoir prier, pour avoir du plaisir à vivre pour Dieu. C'est cela que Dieu veut pour vous. Alors, laissez-vous prendre par le grand souffle de l'Esprit Saint, par la grande musique de Dieu, et en mangeant son corps et en buvant son sang, soyez vous-mêmes des enfants qui dansent dans la musique même de l'Esprit.
AMEN