L'ESPRIT DE JÉSUS-CHRIST
Ez 36, 23-28 ; Jn 7, 37-39
Samedi de la septième semaine du temps pascal – B
(29 mai 1982)
Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Rome : don de l'Esprit
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'Esprit Saint, c'est l'Esprit de Jésus-Christ, l'Esprit du Christ, comme le dit saint Paul dans l'épître aux Romains ou encore dans la deuxième aux Corinthiens c'est le Seigneur de l'Esprit. Cette proximité essentielle et permanente entre l'Esprit et Jésus le Christ est manifestée dès le début de la nouvelle Alliance, lorsque l'Esprit couvre de sa force la vierge Marie, dans le sein de laquelle prend chair Jésus le Fils de Dieu. Cet Esprit qui a été manifesté et qui est descendu comme une onction sur la chair du Christ au jour de son baptême. Cet Esprit qu'Il a rendu, qu'Il a donné, qu'Il a offert au Père au jour de sa mort et ce même Esprit qui l'a ressuscité d'entre les morts en le faisant premier-né de toute chair. Cette proximité de Jésus et de l'Esprit est donc affirmée dès le début de son ministère, de son mystère au milieu des hommes et c'est encore cet Esprit qui viendra affirmer, rétablir et manifester le mystère de l'Église au matin de la Résurrection : "Soufflant sur eux, Il leur donna l'Esprit ". C'est ce même Esprit qui viendra signifier et orienter le ministère de l'Église lorsque le Christ dira aux apôtres : "Tout pouvoir m'a été donné. Allez, baptisez au nom du Père, du Fils et de l'Esprit. Les péchés seront pardonnés à ceux à qui vous les pardonnerez."
Il y a donc, frères et sœurs, cette proximité immédiate, essentielle et permanente entre la chair du Christ et l'Esprit qui l'anime. Or Jean nous dit lui-même dans cet évangile que "l'Esprit n'avait pas encore été donné, puisque le Christ n'avait pas encore été glorifié". Cette phrase peut nous paraître quelque peu obscure et difficile à comprendre. Cependant cette chair du Christ qui est notre chair elle-même, notre chair de poussière, notre chair de souffrance, notre chair de péché, notre chair de mort, a été sanctifiée, a été divinisée, a été naturalisée avec la nature même de Dieu par la présence de l'Esprit en elle, depuis la conception de Jésus jusqu'à sa mort humaine, jusqu'à sa glorification dans le ciel au moment de la Résurrection et de l'Ascension.
Les grandes étapes de la vie du Christ que je viens de rappeler nous manifestent que sa chair humaine a été divinisée, a été remplie, a été imprégnée de cet Esprit de Dieu, pour qu'elle manifeste, un jour, justement, l'Esprit même de Dieu. Ce qui n'était pas visible, ce qui n'était pas donné, ce qui n'était pas évident pour ceux qui rencontraient le Christ et qui voyaient cet homme, dans sa chair humaine, cela deviendra visible, cela deviendra évident lorsque, dans sa Pâque, lorsque dans sa mort, lorsque dans sa Résurrection, c'est-à-dire dans sa glorification, cet Esprit sera manifesté comme habitant sa chair et faisant que sa chair passera au-delà des limites de notre temps, de notre espace pour entrer dans la vie du Christ.
C'est pour cela que l'Esprit est donné, est manifesté, est montré dans la glorification du Christ, dans sa Pâque, dans l'œuvre qu'Il fait dans la chair même du Christ, ressuscité, apparaissant aux apôtres puis enlevé dans la gloire du Père. Or, c'est dans sa Pâque, c'est dans cette glorification que nous sommes nous-mêmes entrés en pleine vie, totalement par notre baptême, et par les sacrements de l'Église. Lorsque l'eau vive a jailli du rocher, cette eau vive, c'est le don de l'Esprit. Or cet Esprit nous est donné aussi dans le sang du Christ. Isaïe dit au chapitre quarante deuxième : "Le rocher a été frappé et l'eau a coulé de ce rocher." Ce rocher frappé, c'est la chair du Christ, frappée par la lance, ouverte par la lance, frappée par la passion et par la mort, mais de laquelle, par l'œuvre de l'Esprit, a jailli, dans la résurrection, la vie. Et cette vie nous est donnée à travers l'eau vive du baptême et à travers le sang du Christ. C'est ce sang qui nous purifie de nos péchés. C'est ce sang qui alimente, dans notre chair humaine, la vie même du Christ aujourd'hui, et qui fait que, de notre sein, de notre chair, jaillit la vie éternelle car l'Esprit est à l'œuvre dans notre chair pour la diviniser, pour la transfigurer, pour la naturaliser avec Dieu, jusqu'au jour de notre propre résurrection, de notre propre Pâque où nous entrerons, avec notre âme, notre esprit et notre chair, dans la résurrection du Fils.
C'est cela le don de l'Esprit que le Fils a fait au jour de sa mort et au jour de la Pentecôte à l'Église. Et l'Église vit toujours sous le coup immense, extraordinaire et débordant du don de sa vie. A travers ses sacrements qui nous sont continuellement donnés, qui rejaillissent en nous perpétuellement comme une source d'eau vive pour la vie éternelle. Et à partir de nous cette eau vive doit également jaillir et perpétuellement se répandre aux quatre coins du monde comme elle a été répandue symboliquement aux quatre coins du sanctuaire, lors de la vigile Pascale, lorsque pendant la bénédiction de l'eau, le célébrant a jeté cette eau aux quatre points de l'horizon.
Nous allons entrer dans ce mystère de la Pentecôte, dans ce mystère de l'eau vive, dans ce mystère du sang versé, dans ce mystère de la chair spiritualisée du Christ, spiritualisée, mais profondément réelle, cette chair que nous allons maintenant recevoir dans l'eucharistie. Il n'y a pas de plus grande proximité pour nous que ce don que le Christ nous fait de sa chair et de son sang et c'est dans ce don-là que vit l'Esprit pour nous, pour notre vie d'aujourd'hui qui nous prépare déjà, à l'intérieur de notre cœur, notre résurrection bienheureuse dans la vie divine du Christ.
AMEN