CHANGEMENT DE RÉGIME

Tt 3, 4-7 ; Jn 16, 5-11

Jeudi de la septième semaine après Pâques – C

(27 mai 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'est là que les choses s'affinent : religion du Christ ou religion de l'Esprit ? Religion de quelqu'un qui est venu annoncer le salut, qui a quitté les hommes, qui a parcouru les chemins du cœur de l'homme et qui a semé dans ces chemins les prémices d'une vie invincible pour que tout homme de toute race, de toute nation, de toute époque puisse re­connaître dans sa vie, à travers les paroles de l'évan­gile, de ceux qu'il a rencontré et qui nous l'ont trans­mis, la force d'un amour invincible.

Religion du Christ, du Fils, celui qui est venu, à partir duquel toute chose nouvelle est inaugurée en ce monde, doucement, timidement. Mais il faut une sorte d'activateur, de continuateur. Non pas que le Christ soit impuissant, bien que cette phrase de l'évangile de Jean soit assez difficile à comprendre : "Si je ne pars pas, le Paraclet, l'Esprit Saint en vien­dra pas". Il y a un changement de régime.? On passe d'une religion où les apôtres voyaient, regardaient le Christ, vivaient en sa présence, à une religion où l'Es­prit invisible se niche dans la vie de chaque homme. C'est toujours la présence d'une personne, mais c'est une autre forme de présence. Dieu prend un risque supplémentaire qui est celui de se faire oublier da­vantage, puisque maintenant, il ne s'agira pas simple­ment de voir le Christ ressuscité, mais de vivre selon l'Esprit qui est en nous. Tout porte à croire que nous pourrions imaginer que c'est nous, cet Esprit, et qu'il y avait tout en nous, seulement on n'en connaissait pas la clé ni l'accès. C'est la porte ouverte à la dito-spiri­tualité qui va prôner qu'en tout homme il y a ces for­ces de l'Esprit mais qui sont faites simplement pour que les digues s'ouvrent, ces digues cachées, intérieu­res qui sont en nous.

Le christianisme va le dire d'une façon très différentes : nous sommes habités par un Esprit qui n'est pas le nôtre. Cet Esprit est donné par le baptême, puis à travers les célébrations des sacrements, Il continue son activité intérieure avec notre consente­ment. Pour bien comprendre ce nouveau régime de la vie spirituelle, cette vie selon l'Esprit, il ne s'agit pas uniquement d'ouvrir les barrages, d'ouvrir en soi ce qui est du divin, mais d'essayer de continuer à dire "oui" à celui qui habite en nous et ne veut en aucun cas contraindre notre liberté. Il est un invité, Il est "l'Hôte intérieur", Il est l'invité auquel nous devons en pleine liberté, consenti ou non. Ce n'est pas que nous trouvons en nous les forces qui font que nous allons enfin épanouir à plein régime cette humanité en friche qui nous a été donnée. Nous sommes de nouveau ha­bités par quelqu'un qui connaît le fonctionnement, qui en est la clé, qui en est la raison et auquel nous de­vons dire "oui". Le dialogue que les apôtres avaient inauguré avec le Christ se continue plus secrètement en chaque homme, en chaque femme, entre l'Esprit de Dieu et le cœur de l'homme, et c'est cela la prière. La prière c'est ce temps de retrouvailles, ce jeu de cache-cache comme les amoureux savent le faire, entre l'Es­prit qui anime, inspire, vivifie, purifie, on entend tout cela à travers le Veni Creator qu'on chante cette se­maine, et notre ouverture, notre abandon, quoique ce mot soit difficile, il faut l'affiner, mais, l'abandon à cet Esprit intérieur qui a toute puissance et qui connaît la manière dont nous fonctionnons.

La vie spirituelle, c'est ce consentement à être habité pas quelqu'un qui s'est caché en nous. La prière, c'est ce chemin d'apprentissage de cette ou­verture progressive à cette présence qui jamais ne s'imposera et dont nous pourrons penser à certain moments que tout portait à croire que c'était unique­ment nous, mais nous saurons, et nous le confessons dans la foi qu'en fait, c'était vraiment Dieu, mai de manière si intime, si intimement mêlée à nous qu'on aurait effectivement pu croire que c'était simplement nous.

Dieu ne nous abandonne pas. Le Père, en en­levant le Fils, nous rejoint plus profondément encore pour habiter et vivre pour que chacun de nos pas, chacun de nos gestes, chacune de nos pensées, soient habités, mus, inspirés par l'Esprit de Dieu qu'Il nous a promis

 

 

 

AMEN