CET ESPRIT QUI FAIT L'ÉGLISE

Tt 3, 4-7 ; Jn 16,5-11

Jeudi de la septième semaine de Pâques  - B

(8 juin 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, les textes que nous venons d'entendre nous parlent bien entendu de l'Es­prit. Trois thèmes sont présentés dans ces tex­tes : le premier, dans l'évangile : "Parce que je m'en vais, la tristesse est dans vos cœurs, (c'est la tristesse de la séparation, de l'apparente absence du Seigneur), cependant, il est bon pour vous que je m'en aille, car si je m'en vais, je vous enverrai l'Esprit". C'est l'an­nonce de cette venue de l'Esprit comme remplaçant du Christ, comme un autre Paraclet, un autre conso­lateur, un autre avocat, un autre ami, qui ne sera plus parmi les disciples seulement comme l'était Jésus, mais à l'intérieur de leur cœur, qui va ainsi faire d'eux le Corps du Christ, la présence du Christ, l'Église. C'est le premier aspect, cette venue de l'Esprit faisant accéder l'histoire du Salut à une phase nouvelle, meilleure, non plus seulement celle de la Présence de Dieu sur la terre, ce qui est déjà extraordinaire, mais à la présence de Dieu à l'intérieur de nous-mêmes, et c'est cela l'Église.

Dans le prolongement de cet aspect du mys­tère de l'Esprit, saint Paul dans l'épître à Tite nous dit que "l'Esprit nous sauve par le bain de la régénéra­tion et de la rénovation, parce que Jésus a répandu cet Esprit en nous à profusion". Voilà comment s'opère cette venue de l'Esprit qui est meilleure encore que la Présence du Christ incarné, elle s'opère par le baptême, qui répand à profusion l'Esprit dans nos cœurs de telle sorte qu'Il soit en nous renouvellement, régénération, c'est-à-dire renaissance, naissance nou­velle. L'Esprit qu'en retournant auprès du Père, Jésus nous envoie va nous faire renaître, naître à nouveau, naître du Père, comme d'autres fils, comme des fils à la manière du Fils de telle sorte que nous soyons pré­sence de Dieu dans le monde.

Le troisième thème est développé par la finale du passage d'évangile que nous avons lu, et au pre­mier abord cette troisième présentation de l'œuvre de l'Esprit, nous oriente dans une direction un peu diffé­rente : "L'Esprit quand Il viendra dans le monde por­tera un jugement, Il convaincra le monde de péché, parce qu'ils n'ont pas cru, de jugement, parce que le prince de ce monde, le prince du mal, le prince des ténèbres, lui qui marque le monde de cette hostilité, de ce refus de Dieu, le prince de ce monde est déjà jugé. Et il convaincra le monde de justice", dans le vocabulaire biblique, la justice, c'est la sainteté de Dieu, et il convaincra le monde que ce Dieu qu'il n'accepte pas, ce Dieu dont ils ont refusé la venue parmi eux est saint, parce que Jésus retourne auprès du Père et que le monde ne le verra plus parce qu'il n'a pas su ouvrir les yeux de son cœur à cette présence de Dieu. C'est donc en termes de jugement et plus précisément en termes de victoire que nous est pré­sentée ici l'œuvre de l'Esprit. En réalité ceci n'est pas étranger à ce qui précède. Si l'Esprit fait de nous l'Église, si l'Esprit se répand dans nos cœurs, par le baptême, comme une naissance nouvelle, une création nouvelle, c'est précisément parce que l'Esprit est la victoire de la sainteté de Dieu sur le refus, sur le pé­ché. Tout ce qui est péché, tout ce qui est fermeture à la présence de Dieu est vaincu par l'Esprit saint qui fait éclater ce jugement, cette puissance du Christ et qui ainsi renouvelle le monde, nous renouvelle, re­nouvelle toutes choses pour que le prince de ce monde soit écrasé et qu'à sa place se lève un monde nouveau.

Vous le voyez cette oeuvre de l'Esprit est à la fois extrêmement intime au fond de notre cœur par le baptême, elle est répandue dans notre communauté, l'Église, et évidemment elle s'étend jusqu'aux extré­mités du monde, manifestant la présence de Dieu, sa victoire sur le refus de l'homme et sur tout ce qu'il a pu opposer à cette venue sanctifiante de Dieu.

Laissons-nous prendre par l'Esprit de notre baptême, vivons en communauté écclésiale cette pré­sence de l'Esprit, et vivons surtout comme une mis­sion qui nous est confiée cette proclamation au monde de la victoire de Dieu sur tout péché, sur tout refus.

 

 

AMEN