C'EST VOTRE INTÉRET QUE JE PARTE !

Tt 3, 4-7 ; Jn 16, 5-11

Jeudi de la septième semaine de Pâques – B

(19 mai 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Q

uand Jésus est parmi nous l'Esprit est de son côté. L'Esprit agit par Jésus, l'Esprit parle par Jésus et tout ce que le Fils révèle, Il le révèle "dans l'Esprit". Au fond le don de Dieu au monde, à travers le Fils, c'est l'Esprit.

Et c'est la raison pour laquelle Jésus peut dire qu'il est bon, pour nous, qu'Il parte. Bien sûr les apô­tres sont surtout fixés sur le fait que Jésus "quitte ce monde et s'en va vers le Père", mais Jésus les ramène immédiatement à la véritable perspective dans la­quelle ils doivent Le voir. Ils doivent Le voir, lui Jé­sus, comme le Donateur de l'Esprit. Ainsi donc, même si Jésus n'est plus là dans sa chair, Il est là dans son Esprit. Il nous donne l'Esprit, l'Esprit de Jésus, comme le dit ailleurs le Nouveau Testament.

Cet Esprit, Paraclet, Défenseur, à partir du moment où Il nous est laissé, va accomplir l'œuvre de révélation, l'œuvre de vérité que le Christ a commencée. Quand le Christ meurt et ressuscite et qu'Il passe auprès du Père, alors Il donne pleins pouvoirs à l'Esprit pour agir au milieu du monde. Parce que le Christ est ce Messie qui est venu au cœur du monde pour y ré-implanter l'Esprit, cet Esprit qui précisément planait sur les eaux et qui, à cause du péché de l'homme, n'avait pas pu prendre véritablement racine dans l'histoire du monde et de l'humanité, voici qu'à partir du moment où Jésus est mort et ressuscité, voici qu'Il donne à l'Esprit la plénitude de son action.

Or cette action de l'Esprit, le Christ nous la décrit sous trois aspects. C'est le fait de confondre le monde. Et cette manifestation du péché du monde va se développer sur un triple registre "en matière de péché, en matière de justice, en matière de jugement".

En "matière de péché", c'est peut-être le plus grave. C'est précisément le péché contre l'Esprit. Le péché dont est marqué le monde, dont l'Esprit confond le monde, ce péché c'est précisément de ne pas accueillir l'Esprit. Et c'est pour cela que Jésus peut ensuite commenter en disant : "de péché parce qu'il ne croit pas en moi". Pourquoi l'Esprit nous est-il donné sinon pour sceller en nous la foi, la reconnais­sance de Jésus Seigneur et Sauveur et ainsi d'entrer dans le mystère du Père ? Lorsque le monde est confondu par l'Esprit en matière de péché, cela veut dire simplement que le monde n'accueille pas l'Esprit. Cela veut dire, a contrario, que ceux qui accueillent l'Esprit, à ce moment-là, croient et entrent dans la véritable connaissance du Fils. L'Esprit révèle ici la première dimension de son action. En étant présent dans les hommes, dans le cœur du monde, Il joue cette fonction de mise à l'épreuve du cœur de l'homme et du cœur du monde. Ou bien le monde croit ou bien il ne croit pas. S'il croit, c'est l'Église, s'il ne croit pas, c'est le monde au sens de saint Jean, celui qui n'ac­cepte pas la révélation que Jésus est venu apporter.

En "matière de justice". La justice pourquoi ? Jésus le résume en une formule assez brève. "Parce que Je vais au Père !" La justice, c'est précisément de rentrer dans l'amitié du Père. Le fait que l'Esprit ac­complisse cette œuvre de justice, cela veut dire qu'Il accomplit, pour nous, l'œuvre que Jésus est venu inaugurer, c'est-à-dire de nous faire entrer, effective­ment, dans la vie trinitaire, dans la connaissance du Père d'entrer réellement dans le Royaume.

En "matière de jugement". A partir du mo­ment où l'Esprit agit dans le monde, Il opère ce dis­cernement de ceux qui croient et qui reconnaissent véritablement la révélation de Jésus de ceux qui vi­vent dans la justice, qui se laissent saisir par l'Esprit pour entrer dans le Royaume. Par conséquent le ju­gement c'est la séparation de l'ivraie et du bon grain. Ceux qui ne croient pas, ceux qui n'entrent pas dans le mystère de la justification divine, en entrant dans le mystère de Dieu, c'est qu'ils sont "du prince de ce monde". Et le prince de ce monde est déjà condamné, il est hors du Royaume.

Ces paroles sont faites non pas pour nous ter­rifier ni non plus pour essayer de nous mettre à la place de l'Esprit et de vouloir faire le discernement a sa place, ce qui est extrêmement dangereux parce qu'on risque fort de se tromper sur les autres et parfois sur nous-mêmes. Mais elles nous sont données parce qu'elles manifestent le rôle de l'Esprit qui est précisé­ment de continuer et d'achever ce que le Christ a commencé, nous délivrer du péché et nous donner la foi, nous faire entrer dans la justice et dans l'amitié de Dieu et nous rassembler pour le Royaume. Enfin d'opérer le jugement, le discernement entre ce qui est véritablement entré dans le Royaume et ce qui n'a pas voulu y entrer.

 

 

AMEN