ATTENTE ET DÉSIR

Tt 3, 4-7 ; Jn 16, 5-11

Jeudi de la septième semaine de Pâques – A

(4 juin 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e temps entre l'Ascension et la Pentecôte est un temps un peu particulier qui a deux expli­cations. La première est la nécessité que le Christ remonte auprès du Père afin de déployer tota­lement toute sa puissance, toute cette gloire à travers l'Esprit qu'Il a promis et qu'Il donne aux hommes, afin que sa mission, cette présence de Dieu, continue à s'opérer en chaque homme, en tout lieu et en tout temps. La seconde est celle que nous ouvre cet évan­gile et que j'appellerai le temps du consentement de l'homme.

Finalement nous comprenons bien quelqu'un (et je le prends sur un plan psychologique humain avant d'essayer de comprendre ce que veut dire Dieu) nous comprenons finalement très bien quelqu'un lors­qu'il nous quitte. Que ce soit par la mort ou par un départ, quelque chose de lui-même qui a été pour nous comme un trésor, comme un don ou une connaissance, nous apparaît comme se dessinant mieux dans notre vie, lorsqu'il nous quitte. Il est vrai que lorsque quelqu'un que nous aimons est loin ou s'en va, le meilleur de lui-même nous apparaît. C'est souvent l'occasion d'éloges lors des enterrements, éloges qui ne sont pas hypocrisies face à la mort mais prise de conscience d'un sentiment réel que celui ou celle qui nous a quittés était vraiment quelqu'un pour nous et qu'il avait tracé quelque chose d'unique, ir­remplaçable, parce que, dans ce moment-là, nous nous sentons finalement sans obligation sociale, et que face à l'inconnu, face à une absence, face à la mort, notre cœur est plus libre pour éprouver ce que le monde lui cachait.

C'est un peu comme cela pour le Christ Lui-même. S'Il s'en va ce n'est pas pour nous quitter, mais c'est pour nous éveiller au travail que l'Esprit fait en nous et a commencé à faire en nous, alors que Jésus était encore là. Je pense plus spécialement aux apôtres qui l'ont connu, qui l'ont suivi. L'Esprit de Jésus pré­sent parmi eux avait commencé à travailler dans leur cœur, alors même qu'Il était en face d'eux, et Il ne cesse pas de travailler lorsque le Christ remonte aux cieux. Mais son absence permet à l'homme de prendre la juste mesure de ce que l'Esprit de Jésus, alors pré­sent et maintenant absent, a fait dans leur cœur. Ce temps d'attente de l'Esprit, ce temps de désir de l'Es­prit est pour nous aujourd'hui l'occasion de prendre conscience du consentement avec lequel nous voulons adhérer à Dieu. Nous avons à profiter de ce moment d'absence où ayant cessé de lever les yeux au ciel puisque rien ne dit cette trace de l'absence de Dieu, nous essayons de voir en nous là où l'Esprit a déjà travaillé, là où ses traces sont visibles, afin que, vis-à-vis de ce travail déjà fait, vis-à-vis de ce "vestige" de Dieu dans nos cœurs, nous adhérions en toute liberté, totalement, avec un consentement plein, joyeux et victorieux, à Dieu. Alors, quelque part, Dieu achèvera dans ce consentement de nous envoyer son Esprit et toute la plénitude de la vie divine.

Ainsi dans ces jours qui précèdent le don de l'Esprit, dans ces jours qui précèdent la plénitude du don de la vie de Dieu, fait particulièrement en chacun de nous, nous avons à dire à Dieu, du fond de nous-même, notre consentement, notre volonté, notre désir réel d'être animés, d'être vivifiés, d'être transformés, d'être aimés par Lui. Ce temps est donc le moment où l'homme a à s'exprimer, à bien quel bonheur il recher­che. Dieu nous demande aujourd'hui de lui dire: Oui, nous voulons vraiment que Tu viennes parmi nous, car Toi absent, j'ai senti comme une brûlure terrible en mon cœur, de ce que Tu avais déjà fait et dont je ne pourrais plus me séparer.

 

AMEN