RENDEZ-VOUS
Ac 7, 55-60 ; Ap 22, 12-14+16-17+20 ; Jn 17, 20-26
Septième dimanche de Pâques - année C (20 mai 2007)
Homélie du frère Bernard MAITTE
Est-ce que Jésus est capricieux? Pourquoi est-ce que je pose cette question? Tout simplement parce que très certainement c'est assez rare dans l'évangile que Jésus dise : "Je veux". D'habitude, nous entendons : "Père, non pas ce que je veux mais ce que tu veux, non pas ma volonté mais la tienne". Or, dans le passage de l'évangile que nous venons d'entendre, le Christ dit : "Je veux". – "Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi". Il s'adresse au Père, à Dieu qui est source de cet amour dont le Christ lui-même est rempli et dont Il veut d'ailleurs remplir ses disciples. Pour que cette action ait lieu, Il dit justement : "Je veux que là où je suis, mes disciples aussi soient avec moi". Nous venons de fêter le mystère de l'Ascension. Il est facile puisque nous sommes de bons chrétiens et que nous avons tous lu au moins le compendium de l'Église catholique, de croire que le Seigneur est auprès du Père, Il est donc remonté auprès de Dieu. Donc, si Jésus est auprès de Dieu, il n'y a qu'une seule chose à voir et à espérer, c'est d'aller directement au ciel. Je suis sûr que c'est la prière que vous faites tous les jours : "Seigneur emporte-moi le plus vite possible au ciel puisque tu y es". Moi, cela m'arrive quelquefois, mais c'est parce que je suis aussi quelquefois désespéré, mais je ne sais pas si c'est la bonne foi chrétienne, car cela pourrait démobiliser tout simplement notre énergie et notre existence.
Lorsque Jésus dit : "Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi", s'agit-il simplement de se dire : oui, un jour, nous irons au ciel. Je ne pose pas cette question parce qu'aujourd'hui nous accueillons les personnes malades qui sont paraît-il plus près du ciel que nous au moins au niveau temporaire. La question n'est pas là, elle est que nous le voulions ou non, le Seigneur a cette volonté d'être avec nous. Cette question, nous devrions la renverser. Si Jésus a la volonté d'être avec nous, est-ce que nous, nous avons la volonté d'être avec lui ? Je crois que c'est cela ce que la prière de Jésus à son Père induit. Comment le ciel, la pleine communion avec Jésus n'est pas simplement dans une éternité sans cesse reculée parfois par nos prières, mais que cette éternité est le "déjà là" de la pleine communion qui doit un jour se réaliser et donc qui n'est pas encore là.
Nous pouvons nous laisser réinterroger par les textes proclamés aujourd'hui. En effet, quand nous y pensons, quand Jésus prie pour l'unité de ses disciples : "Que tous soient un comme moi et toi (Il parle du Père), nous sommes un, que tous soient un et remplis de son amour". Vous le savez, l'Esprit Saint, c'est l'amour. Si donc Jésus nous donne son amour, cela signifie qu'Il nous donne son Esprit Saint et qu'Il est donc là présent. Il est là présent dans l'unité même qui vient de son union avec le Père. Autrement dit, à chaque fois que nous vivons le principe de l'unité, à chaque fois que deux êtres s'aiment, à chaque fois que nous nous mettons au service du prochain, à chaque fois que nous faisons attention au plus petit, à chaque fois que nous faisons que l'autre peut grandir, à chaque fois que nous construisons un monde meilleur et plus fraternel, à chaque fois que l'histoire ordinaire change parce qu'il y a des hommes de bonne volonté qui retroussent leurs manches et qui veulent la justice et la paix, à chaque que n'importe quel homme, quelle que soit sa race, sa religion, ou son pays accepte de construire l'unité, Dieu est présent, l'Église prend un visage d'amour, de respect et de bienveillance. "Là où je suis, je suis avec eux, au milieu d'eux".
Mais également, la présence même du Christ est dans le désir de tous les hommes, l'Esprit, cet Esprit d'amour, l'Esprit et l'Épouse nous dit le livre de l'Apocalypse, l'Esprit et l'Épouse disent "Viens". C'est le cri de toute demande, l'expression de tout désir, les paroles du sentiment intérieur et profond que seul Dieu peut combler, l'ultime vide et l'ultime solitude qui façonne chacun d'entre nous et qui, laissé à nous-mêmes, nous fait dépérir. Seul Dieu peut combler l'immense appel et l'immense désir qui taraudent le cœur de chaque homme, mais l'homme laissé à lui-même dans son désir s'y enferme et enferme l'autre. Dans notre désir nous pouvons tellement enfermer l'autre que nous le privons d'action, de parole, voire d'existence. Dieu sait que ce qui est important, c'est de répondre au désir de l'homme. C'est pourquoi le manque de Dieu sera toujours plus profond que la confession de son absence et le désir de l'homme ne trouvera jamais sa pleine mesure que dans le cri qu'il peut adresser à Dieu, même s'il ne sait plus où il est : "L'Épouse et l'Esprit disent : viens". Et ce "viens", ce cri, cette prière, cette demande, ce désir est présence de Jésus. "Là où je suis, je veux qu'ils soient eux aussi". Et le Seigneur le dit : "Je viens sans tarder".
"Là où je suis, je veux qu'ils soient aussi". Quelle magnifique figure que celui qu'on appelle le protomartyr, c'est-à-dire le premier des martyrs, dans cette première lecture que nous avons entendue. Etienne, voilà un homme au discours vrai, entier et qui dit tout simplement : Dieu n'est plus dans votre temple à Jérusalem, Dieu est dans la confession de foi, d'une fois qui habite l'homme. Et il le paie de sa vie. Etienne, avant d'être lapidé dit : "Je vois les cieux ouverts et la gloire de Dieu". Plus personne ne veut l'entendre, la foule pousse des cris et lui jette des pierres. Et Dieu était là. Dieu est là au cœur même de son martyre, de la vie et de la fin d'une existence d'un homme qui avait simplement la foi. Dieu est dans notre foi, Dieu est dans notre espérance, Dieu est dans notre charité, comme Dieu est dans la confession de foi d'Etienne, dans l'espérance de l'Épouse qui dit : "Viens", dans la charité du don de Dieu d'une Église qui construit l'unité, d'une humanité qui se sait sauvée.
"Là où je suis, je veux Père, qu'ils soient eux aussi". Dieu est dans l'histoire même de nos existences car nous pouvons vivre dans l'unité ou dans le manque, dans le désir ou dans la foi, dans l'espérance, dans la solitude, entourés de gens etc … Il ne restera toujours qu'à vérifier que le "là où je suis" de Jésus, c'est dans le "là où je vis" moi-même, où je rencontre l'autre, où je crois, j'aime et j'espère non seulement en Dieu mais en tous les autres. C'est cela la gloire de Dieu, elle n'est pas un artifice, ce ne sont pas des paillettes. La gloire de Dieu n'est pas un "star-système" mais elle composée de ces multiples visages dont nos formons aujourd'hui le signe dans notre communauté, dune Église qui malgré l'entremêlement, des hauts et des bas, de nos existences belles ou moins bonnes, et pourtant le signe même que la gloire de Dieu est en train de se réaliser, et sa gloire, c'est de passer de la mort à la vie. Sa gloire c'est de passer du monde qui périt, au monde du Dieu éternel, des ténèbres à la lumière, du péché au bien, du mal à la grâce, c'est-à-dire à l'amour.
"Là où je suis, Père, je veux qu'eux aussi y soient". Ne ratons pas le rendez-vous.
AMEN