LES TROIS TÉMOINS DE L'ESPRIT
Ac 7, 55-60 ; Ap 22, 12-14+16-17+20 ; Jn 17, 20-26
Septième dimanche de Pâques - année C (18 mai 1980)
Homélie du frère Jose FABRE
La seconde lecture tirée de l'Apocalypse nous prépare à la Pentecôte, puisque Jean nous rappelle que le Christ et son Eglise veulent une unité toujours plus grande dans la communion de l'Esprit et Jean souhaite que chacun de ceux qui écoutent ce passage puisse dire à son tour "viens", nous préparant ainsi à notre Pentecôte.
Quant à la prière sacerdotale du Christ, elle est à la fois tournée vers l'Ascension, lorsque le Christ dit : "Père, je veux que ceux que Tu m'as donné soient avec Moi dans la Gloire auprès de Toi et qu'ils contemplent la Gloire que j'ai auprès de Toi.", et à la fois, cette prière est orientée vers la mission d'une Eglise naissante au jour de la Pentecôte, lorsque le Christ demande : "Père, Je ne te prie pas seulement pour ceux-là que j'envoie, mais pour tous ceux qui un jour croiront en moi à cause de leur témoignage". Ainsi l'Église nous propose d'accueillir aujourd'hui ces trois témoins de l'Esprit que sont Etienne, Jean et Jésus-Christ le Fils de Dieu, lui-même, d'accueillir leur testament spirituel, de telle sorte que nous puissions approfondir notre propre mission et nous préparer à la vivre davantage.
Il est remarquable que ce soit justement le témoignage d'Etienne qui nous soit donné en premier lieu, lui qui le premier a donné son sang pour le Christ ressuscité. Etienne, nous disent les Actes des apôtres, était un homme de bonne réputation ; il était estimé dans la communauté chrétienne et les apôtres l'avaient choisi pour lui imposer les mains et lui donner le diaconat. Mais, très vite, son action avait dépassé le service des tables pour lequel il avait été institué. Et, nous disent toujours les Actes des apôtres, nul ne tenait tête à l'Esprit et à la sagesse qui émanaient de ses paroles.
Etienne, c'est le témoin du Christ. Il est tellement imprégné de la personne même de Jésus qu'au moment de donner sa vie, spontanément, il redit des phrases, il refait des gestes du Christ. Comme le Christ Jésus, il remet son esprit dans les mains du Seigneur ; comme le Christ, il pardonne à ses bourreaux au moment de mourir.
Etienne, c'est le témoin du Christ glorieux, c'est parce qu'il affirme qu'il le voit à la droite du Père au moment de mourir, qu'il va être lapidé. Etienne témoigne que le Christ est vainqueur de ses ennemis et est Celui qui a été crucifié est capable de la soutenir et de l'animer. Etienne est témoin du Christ glorieux continué dans chacun de ses disciples. Et il témoigne que l'évangile continue son chemin. Et nous, peuple de Dieu, Eglise rassemblée, comme Etienne nous devons chaque jour témoigner aux yeux du monde que le message du Christ continue sa route, malgré les difficultés apparentes, malgré les embûches parfois désespérantes, malgré les échecs et les difficultés. Car, qui de nous oserait, si l'urgence s'en faisait sentir, si le besoin s'en imposait, qui oserait ne pas transmettre le Christ, ne pas annoncer Jésus-Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou à ceux qui l'attendent encore. C'est pour cela que nous, Eglise, nous devons comme Etienne, être tellement imprégnés du Christ que ce soit pour nous un besoin naturel et spontané que d'annoncer Jésus-Christ ressuscité.
Le témoignage de Jean dans l'Apocalypse est du même ordre. Saint Jean se veut être le témoin du Christ, et, il "jumelle" à ce point son témoignage à celui du Christ que dans certains passages, y compris celui qu'on a entendu tout à l'heure, on ne sait plus trop bien à certains moments, s'il s'agit de Jean ou de Jésus-Christ. Le testament spirituel de l'apôtre bien-aimé ne peut être qu'une parole d'amour. Et cette parole d'amour, Jean la fait dire à l'Époux qu'est le Christ pour l'Épouse qu'est l'Église et qui se prépare à accueillir le Seigneur.
Saint Jean a été le témoin de la vie terrestre du Christ et il se veut le témoin de son retour définitif. Saint Jean nous affirme que l'Esprit viendra avec le Christ à la rencontre de l'Église lavée dans le sang de l'Agneau et qui devient de plus en plus belle et sans rides comme une fiancée parée pour son Epoux. Et nous Eglise, peuple de Dieu nous devons comme Jean, dire à la face du monde que les hommes ont besoin de recevoir l'Esprit, que les hommes ont besoin de s'ouvrir davantage à l'Esprit pour aller jusqu'au bout d'eux-mêmes. Dans la mesure où il fait obstacle à la venue de l'Esprit, le monde se mutine et se rétrécit. Et nous, qui savons que Dieu nous aime, nous devons crier, comme saint Jean, à la face du monde que Dieu souhaite que l'humanité progresse vers lui, toujours plus belle et purifiée. Nous savons que le Christ donne à chacun l'Esprit qui le rend capable d'aimer, de progresser et de marcher. Et si parfois, nous n'aimons pas assez, nous ne marchons pas, nous ne progressons pas, c'est que dans notre liberté nous faisons obstacle à la présence de l'Esprit.
Ainsi préparés par le témoignage d'Etienne qui nous confirme que le Christ est vraiment remonté à la droite du Père, par le témoignage de Jean qui nous redit tout l'amour de Dieu pour l'humanité, alors le témoignage du Christ prend toute sa valeur. Et le Christ, dans l'évangile d'aujourd'hui se veut, lui aussi, le témoin de Dieu. Et au moment où Il va passer de ce monde à son Père Il termine son rôle, sa mission de témoin de Dieu. Et Il fait appel à la gloire que son Père lui donne, à l'unité qui le relie à son Père, pour appuyer justement son témoignage. Mais Jésus sait très bien que son témoignage, comme d'ailleurs celui d'Etienne, ou celui de Jean, sont des témoignages qui n'ont pas de preuves complètes, les témoignages d'ordre spirituel ne sont accueillis que par ceux qui ont soif de l'Absolu de Dieu. Etienne témoigne de la gloire du Christ parce qu'il l'a vue. Jean témoigne de l'Amour de Dieu parce qu'il en a vécu. Et le Christ nous donne, comme consigne ultime, cette consigne d'unité parce qu'Il en vit avec son Père et avec l'Esprit. Seuls, ceux qui vivent de Dieu, dans l'amour et dans l'Unité, peuvent comprendre, et accepter, et accueillir ces témoignages d'ordre spirituel.
C'est pour cela que le Seigneur a prié pour chacun de nous, a prié pour tous ceux oui, un jour, croiront en Lui à cause de la parole de ses témoins. C'est pour cela qu'Il a demandé au Père de nous donner l'intelligence d'accueillir ceux qui viendront témoigner en son Nom. Car l'Église, c'est et ce sera toujours l'Église des martyrs, c'est-à-dire des témoins. Lorsqu'on a reçu la Bonne Nouvelle, on ne peut pas se taire, ou alors c'est qu'on ne l'a pas reçue ou qu'on ne l'a pas comprise. Il doit toujours y avoir au-dedans de nous ce besoin impérieux de transmettre, de donner Jésus-Christ, et d'annoncer son retour qui chaque jour, transforme l'humanité en Epouse fidèle. Les croyants que nous sommes ne pourront être les témoins de l'invisible réel que dans la mesure où ils vivront de la contemplation et de la charité. Et ces exigences d'union à Dieu dans la contemplation, comme Etienne, d'union aux autres dans l'amour, comme Jean, sont les deux soucis que le Christ a épousés dans sa prière sacerdotale que nous venons d'entendre, au moment de passer de ce monde à son Père.
Alors, frères et sœurs, au moment où nous vivons ce temps privilégié entre l'Ascension et la Pentecôte, accueillons le témoignage de ces trois témoins de l'Esprit, de telle sorte que nous puissions approfondir le sens de ce que le Seigneur attend de chacun de nous, pour que nous puissions être, à notre tour, témoins, tout à l'heure, en sortant de cette église, dans notre famille, auprès de nos amis, au travail, auprès de ceux qui doutent de la vie, de ceux qui doutent dans leur foi, et de telle sorte que notre témoignage soit, pour nous, une Pentecôte toujours nouvelle.
AMEN